Volailles et palmipèdes confinés

Publié le 17 novembre 2020

Depuis le 6 novembre, les mesures de prévention ont été rendues obligatoires dans les départements classés en niveau élevé, ainsi que dans les zones à risque particulier (ZRP). © F. Guilhem

Le ministère de l’Agriculture a fait passer de “modéré” à “élevé” le niveau de risque d’introduction du virus influenza aviaire par l’avifaune dans les départements de l’ex-Languedoc-Roussillon. Le strict respect des mesures de biosécurité et la surveillance accrue de la part des acteurs professionnels, des particuliers détenteurs d’oiseaux, et des chasseurs est obligatoire.

Depuis la détection, le 23 octobre, du virus influenza aviaire hautement pathogène H5N8 sur deux cygnes aux Pays-Bas, le nombre de cas dans la faune sauvage ne cesse de croître en Europe. Des foyers domestiques et des cas dans l’avifaune sauvage ont été confirmés non seulement aux Pays-Bas, mais également en Allemagne et au Royaume-Uni.

L’accélération de la dynamique d’infection accentue le risque d’introduction du virus en France, via les couloirs de migration actuellement empruntés par
les oiseaux sauvages.

Face à cette situation, le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, Julien Denormandie, a décidé de faire passer de “modéré” à “élevé” le niveau de risque d’introduction du virus influenza aviaire par l’avifaune, en France métropolitaine, dans les départements traversés par les couloirs de migration de ces oiseaux sauvages, et dans les zones à risque particulier (zones humides fréquentées par les oiseaux migrateurs, dont les communes sont définies par arrêté ministériel).

Dans l’ex-Languedoc-Roussillon, Aude, Gard, Hérault et Pyrénées-Orientales sont concernés par ce passage en risque élevé. “Tout détenteur d’oiseaux, particulier comme professionnel, est potentiellement exposé au risque”, détaille ainsi Élodie Klein, conseillère petits élevages à la Chambre d’agriculture de l’Aude. “Il y a deux types de risques : le plus direct est le passage de migrateurs au contact d’un élevage, l’autre est le contact de migrateurs avec la faune sauvage, qui sera ensuite elle-même au contact d’un élevage.”

La décision ministérielle a été prise après information des professionnels des filières avicoles et de la Fédération nationale des chasseurs, et consultation
de l’Office français de la biodiversité.

Dérogation de parcours extérieur possible

Le strict respect des mesures de biosécurité et une surveillance accrue de la part des acteurs professionnels, des particuliers détenteurs d’oiseaux, et des chasseurs est obligatoire.

“Tous les éleveurs professionnels sont soumis à l’arrêté de biosécurité du 16 mars 2016 qui stipule que, lorsque le risque passe au niveau élevé, tous les éléments de prévention des maladies doivent être présents dans les élevages. Le vétérinaire sanitaire référent passe dans chacun d’eux pour le vérifier. Une dérogation de maintien du parcours extérieur peut être accordée après ce passage si tous les éléments de biosécurité sont en place et que le cahier des charges de production l’exige, comme en bio ou en label rouge”, poursuit Élodie Klein.

Depuis le 6 novembre, les mesures de prévention ont été rendues obligatoires dans l’ensemble des départements classés en niveau élevé ainsi que dans les zones à risque particulier (ZRP). Au premier rang d’entre elles figure la claustration ou la protection des élevages de volailles par un filet avec réduction des parcours extérieurs.

Même si le contexte Covid-19 y oblige par défaut, il est également rappelé l’interdiction de rassemblement d’oiseaux (concours, foires, expositions) ou la participation des oiseaux originaires de ces départements à des rassemblements organisés dans le reste du territoire. Enfin, les transports et lâchers de gibiers à plumes sont interdits, tout comme l’utilisation d'appelant.

La France indemne pour l’heure

Dans ce contexte, d’autres mesures sont, par ailleurs, maintenues de manière obligatoire sur l’ensemble du territoire national. La surveillance clinique quotidienne dans les élevages commerciaux doit être respectée, interdiction des compétitions de pigeons voyageurs au départ ou à l'arrivée d'un département cité, et vaccination obligatoire dans les zoos pour les oiseaux ne pouvant être confinés ou protégés sous filet.

“Comme la grippe saisonnière humaine, il existe un vaccin efficace contre la souche en question, mais il est interdit sur les animaux de rente, donc dans les élevages”, précise Élodie Klein. “Dans ces derniers, il y a cinq points majeurs à respecter concernant la biosécurité : les pieds des éleveurs, qui sont potentiellement vecteurs de parasites, la même chose pour les roues et bas de caisses des véhicules. L’éleveur doit ensuite assurer le contrôle des déjections, des animaux morts et des éventuels contacts avec la faune sauvage, qu’il faut éviter. Une observation clinique poussée est attendue de la part de l’éleveur”, ajoute-t-elle.

Dans chaque département, ce sont les directions départementales de protection des populations qui sont maître d’œuvre dans le contrôle des contaminations de la faune sauvage. Elles travaillent en lien avec l’ONF et la LPO.

À ce jour, la France est indemne d’influenza aviaire, qui se concentre essentiellement en Europe du Nord, mais les éleveurs gardent en mémoire les deux dernières crises sanitaires de grippe aviaire. “La 1re avait concerné l’Ouest audois, et la dernière, en 2016-2017, était restée toute proche du département, avec des abattages importants dans les élevages. On ne peut jamais savoir quand ce genre de crise s’arrête, et on doit maintenir la vigilance. C’est l’observation des niveaux de contamination qui permettra de lever l’alerte”, termine Élodie Klein. 

Olivier Bazalge


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