Viticulture : les vendanges démarrent en juillet

Publié le 07 août 2020

Au château Champ des Sœurs, à Fitou (11), le premier muscat a été récolté le 23 juillet. Même si le domaine est un habitué de la récolte précoce, vendanger en juillet reste très exceptionnel.

Ça y est, le coup d’envoi des vendanges a été donné fin juillet, sur des muscats très frais dans les secteurs les plus précoces de la région. Un peu partout, quelques blancs démarrent en cette première semaine d’août, une avance d’une semaine étant globalement constatée sur l’ensemble des secteurs régionaux.

"L'objectif est de faire un muscat sec frais et presque thiolé, qui ne déborde pas trop sur le côté muscaté, que l’on retrouve plus dès qu’on va au-delà des 12-13 % vol. Cela fait plusieurs années que je me suis lancé sur ce type de profil pour mon muscat sec récolté tôt, et ça marche bien, alors je continue !”, se plaît à raconter Laurent Maynadier, propriétaire du château Champ des Sœurs à Fitou (11). L’an dernier, il avait même décidé de commencer encore plus tôt que d’habitude en s’essayant à une récolte autour de 11-11,5 % vol pour son muscat, ramassé dès les premiers jours du mois d’août 2019.

“L’idée était vraiment d’expérimenter pour voir avec quel niveau de précocité on pouvait encore avoir un résultat intéressant. Nous avons pu en sortir une cuvée avec plus de tension et de fraîcheur, qui a plu à nos clients. Nous avons donc décidé de renouveler l’opération cette année”, reprend Laurent Maynadier. Sauf que, dans toute la région, la récolte 2020 se profile avec une semaine d’avance. C’est donc le 27 juillet que Laurent Maynadier a envoyé ses vendangeurs dans la vigne de muscat plantée dans cette parcelle de 1,5 ha, située dans un secteur particulièrement précoce, en plaine au bord des étangs. “Même si nous commençons très tôt, nous ne sommes pas un cas isolé. Nos voisins ont des parcelles dont les pointes avoisinent déjà les 13% vol. Ils ont démarré donc leur récolte dès le 2-3 août”, ajoute le propriétaire du château Champ des Sœurs.


Héraclès se met en route

Dans le Gard, Frédéric Saccoman, directeur de la cave coopérative des vignobles d’Héraclès, à Codognan, a poursuivi le même objectif que Laurent Maynadier, en démarrant la récolte de 70 tonnes de muscat vendredi 31 juillet. “Les vignes ont reçu de l’eau régulièrement et au bon moment, avec une végétation qui a démarré plus tôt cette année. C’est logique d’avoir cette avance, car nous bénéficions de l’irrigation, qui nous permet de ne jamais avoir de blocage lié à l’eau dans les moments charnières. Nous récoltons donc ces quatre premiers hectares de muscat pour faire des blancs secs avec une belle acidité sans être trop muscatés”, explique Frédéric Saccoman.

Les apporteurs de muscat des vignobles d’Héraclès représentent 35 hectares, qui ont été  récoltés avant le 4 août. Les premiers sauvignons blancs de la cave ont commencé à rentrer en suivant dès le 4 août, et les chardonnays, qui titraient déjà plus de 10 % vol le 1er août, ne devraient pas tarder à suivre avant le 10 août. “Normalement, nous rentrerons les pinots noirs un peu avant ou autour du 15 août.
Tout va s’enchaîner assez rapidement ensuite. Vu l’avance, c’est assez logique que tout le monde démarre les premiers blancs en ce début de mois d’août pour cette année“,
reprend Frédéric Saccoman.


Poids des baies 30 % supérieur à 2019

Si le millésime s’avère précoce, il ne faut pas oublier de considérer le niveau de charge des parcelles récoltées. “Nous faisons rentrer des chardonnays entre le 8 et le 10 août dans le secteur de Montpellier, mais ce sont des parcelles peu chargées qui ne vont pas donner plus de 30 à 40 hl/ha pour des profils de vins qui se situeront entre 12,5 et 13 % vol”, prévient Nicolas Dutour, œnologue conseil chez les laboratoires Dubernet.

Il indique ainsi que la floraison s’est montrée très homogène, avec peu de différences entre les secteurs. Même les variations entre cépages semblent moins marquées qu’à l’accoutumée. Les niveaux de charge des parcelles sont donc à considérer comme un des facteurs les plus déterminants dans l’avancement de la maturité des raisins. “Les carignans sont dans l’ensemble peu chargés cette année et apparaissent bien avancés”, avance encore Nicolas Dutour.

Jacques Rousseau, responsable des services viticoles de l’ICV, indique d’ailleurs que le millésime se caractérise par un poids des baies plus de 30 %
supérieur à celui de l’an dernier. Ce constat est opéré sur les cépages les plus avancés tels chardonnay, sauvignon, grenache ou syrah. “Ce poids des baies, comme beaucoup d’autres paramètres, est comparable à celui de 2018. Or, cette année-là, nous avions atteint le plus important poids de baies des dix dernières années”, situe Jacques Rousseau.


Une vendange peu étalée en perspective

En l’état, la quantité de jus devrait donc être au rendez-vous, sous réserve que les conditions climatiques ne s’invitent pas trop dans la partie dans le courant du mois d’août. “Nous venons d’avoir un petit coup de chaleur sur deux jours début août, suivi de beau temps et vent du nord, mais des températures importantes sont à nouveau annoncées à partir des 7-8 août. Si elles durent et qu’il n’y a pas de pluie, nous pouvons nous retrouver face à des problèmes de rationnement hydrique”, poursuit le responsable des services viticoles de l’ICV. Comme pour les baies, Jacques Rousseau note, par ailleurs, un niveau de feuillage “deux fois plus important que l’an dernier”, facilitant l’activité physiologique de maturation. “Mais cela provoque en contrepartie des niveaux de transpiration élevés et une sensibilité plus importante au phénomène caniculaire”, reprend-il.

Les acidités sont pour l’heure bien présentes, même si un éventuel épisode de forte chaleur pourrait accélérer la consommation d’acide malique par la plante. Jacques Rousseau observe un phénomène de groupage des maturités pour les cépages précoces, qui semble ainsi dessiner une récolte assez resserrée dans le temps, comme le confirme Nicolas Dutour, “c’est une tendance observée au-delà de la région, à l’échelle nationale. Bordeaux n’est pas très loin de nous en maturité cette année”.

Malgré les actions extérieures qui peuvent ou ont pu affecter l’état des baies, les conditions actuelles ne se prêtent pas à un éventuel développement de botrytis.

Olivier Bazalge


Les acidités sont pour l’heure bien présentes, même si un éventuel épisode de forte chaleur pourrait accélérer la consommation d’acide malique par la plante.

ViticultureVendanges viticulture Héraclès