Viticulture : 12,156 Mhl pour le bassin L-R en 2020 ?

Publié le 16 mars 2021

La récolte 2020 en Languedoc-Roussillon, plutôt faible, a été estimée à 13,18 millions d’hectolitres (Mhl) en novembre, pour finalement être réajustée à 12,156 Mhl, soit à peine plus qu’en 2019. © O. Bazalge

Si les chiffres attendent encore une confirmation définitive, la prévision de récolte de ce millésime 2020 a été marquée par une grande différence entre estimations et chiffres finaux. Dans le contexte sanitaire et commercial difficile, l’équilibre du marché est lié à la précision de ces chiffres.

Les premiers bourgeons débourrent et le flou demeure concernant les chiffres de récolte 2020 pour le bassin languedocien. Si les douanes nationales ont communiqué, via leur service de presse, des chiffres basés sur les déclarations de récolte 2020 atteignant 12,156 millions d’hectolitres (Mhl) pour le bassin Languedoc-Roussillon, et “n’ayant pas vocation à varier de manière significative et pouvant être considérés comme quasi-définitifs”, les douanes régionales n’ont toujours pas publié de chiffres définitifs consolidés.

Même si des chiffres intermédiaires leur sont respectivement transmis, les interprofessions régionales attendent donc de savoir exactement sur quel pied danser, tant l’écart avec le chiffre de 13,18 Mhl annoncé en novembre par les prévisions du ministère de l’Agriculture, paraît aussi important qu’inhabituel.

“C’est la première fois que je vois ça en 20 ans d’activité. Il y a une telle variation dans les chiffres que l’enjeu pour la gestion des marchés en est devenu énorme. On parle d’un écart de 800 000 à plus d’un million d’hectolitres pour notre bassin. C’est tout l’équilibre des stocks, de l’offre et de la demande qui est en jeu”, annonce, remontée, Florence Barthès, directrice générale du Syndicat des producteurs de vin pays d’Oc.

L’agacement des interprofessions face à cette inertie est tel qu’ils ont décidé, sous la bannière de leur fédération InterSud, d’interpeller par courrier officiel le service des douanes pour enfin pouvoir disposer d’une base de travail certaine, alors que la campagne avance à grands pas.

Comprendre ce qui a cloché

Même son de cloche de la part de Jérôme Despey, président du conseil spécialisé vin de FranceAgriMer (FAM), pour lequel la situation relève à présent de “l’incompréhensible. D’autant que depuis que les prévisions de récolte sont à présent annoncées à la fin du mois d’octobre, cela reflète plus la réalité que lorsque cela est fait en juillet. Lorsque le chiffre prévisionnel de 13,18 Mhl a été annoncé le 1er novembre, la profession a trouvé cela conforme à la réalité remontée du terrain. Là, si on passe à présent à 12,156 Mhl, il y a forcément eu une erreur considérable quelque part. On peut se tromper de 200-300 000 hl, pas de l’ordre du million !” Il estime donc que l’erreur vient soit du service statistique de prévision, soit d’un problème dans l’enregistrement douanier. Jérôme Despey a donc demandé une enquête auprès du service des douanes pour connaître l’origine d’un tel différentiel. “Il y a eu à un moment l’hypothèse, abandonnée depuis, que les douanes avaient pu communiquer des chiffres dans lesquels la partie rhodanienne du Gard avait été écartée. Des éclaircissements sont dans tous les indispensables d’ici le prochain conseil spécialisé vin de FAM le 24 mars. S’il le faut, je m’adresserai au cabinet du ministre pour avoir les réponses nécessaires”, reprend Jérôme Despey.

Certains, comme Ludovic Roux, président des vignerons coopérateurs de la coopération agricole d’Occitanie et membre du bureau du CIVL, estiment néanmoins que le chiffre de 12,156 Mhl ne devrait plus bouger. “C’est impossible qu’il y ait un nouveau revirement de situation. L’erreur d’estimation peut aussi être due en partie au grand décalage entre les maturités technologiques précoces liés aux chaleurs et les maturités phénoliques qui ont tardé, et fait baisser les volumes, même si cela n’explique pas tout. Il n’empêche que nous avons encore une récolte plutôt faible, à peine plus élevée que l’an dernier”, avance-t-il.

Récolte faible, marché stable ?

Pour Ludovic Roux, cette faible récolte affectera le revenu des producteurs, avec des cours en légère baisse, mais offrira, en revanche, un effet positif pour conserver des niveaux de stocks normaux et garder un marché stable si la menace Covid s’estompe. Compte tenu du contexte, la question de la distillation reste ouverte, “mais c’est encore trop tôt, nous verrons à partir de mi-avril si la situation Covid se détend comme le laisse penser notre président. On a bien vu l’effet de la réouverture sur la consommation des vins entre mai et août”, précise Ludovic Roux.

Selon les chiffres communiqués par les douanes, les vins de pays d’Oc atteindraient 7,2 Mhl, dans les clous de ce qu’envisageait l’interprofession, “alors que nous avons déjà, début mars, agréé 4,5 Mhl de ce millésime 2020, et 732 000 hl de 2019 qui ont basculé sur cette campagne à cause des retards dus au Covid”, ajoute Florence Barthès.

Côté CIVL, une baisse de 10 % des volumes d’AOC (hors Minervois, Muscat de Frontignan et Muscat de Saint-Jean de Minervois) à 1,076 Mhl. Les volumes de rouges sont en baisse (640 000 hl), de même que les blancs, alors que les rosés progressent et dépassent les 210 000 hl. La tendance est similaire sur les IGP Sud de France, mais la part plus importante des rosés permet de maintenir une augmentation globale des volumes de 3 %.

Olivier Bazalge


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