Visite au pas de charge du ministre de l’Agriculture

Publié le 11 février 2020

Jérôme Despey, président de la Chambre d’agriculture de l’Hérault, accueille le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume, à la cave coopérative de Saint-Geniès-des-Mourgues.

Lundi 3 février, Didier Guillaume a fini par répondre à l’invitation des organisations professionnelles agricoles (OPA) de l’Hérault. Au programme : échanges avec la profession agricole, visite d’une cave coopérative, d’une cave particulière et d’une exploitation d’élevage. Bilan.

Il était attendu de pied ferme par la profession agricole au Sitevi, en novembre dernier. Il n’est pas venu. Lors des Assises de l’économie de la mer, en décembre, à Montpellier, il n’avait pas non plus un moment à lui consacrer en raison d’un agenda trop fourni. Son abandon de la course aux municipales, à Biarritz, semble lui avoir libéré du temps. Le voilà redevenu à plein temps ministre de l’Agriculture, et donc en capacité de “labourer” de nouveau le terrain. Le 3 février, Didier Guillaume a, de fait, retrouvé le chemin de l’Hérault et croisé la route de la profession agricole, avec laquelle il a pu échanger sur les questions d’actualité qui inquiètent.

En trois heures, chronomètre en main, une réunion de travail a été improvisée avec les OPA à la cave coopérative de Saint-Geniès-des-Mour-
gues, suivie d’une inauguration des  nouveaux équipements du site (investissement de 4,5 M€), puis cap a été mis sur Assas, au Domaine viticole de La Perrière, avant de rejoindre le Gaec de Cambous, à Viols-en-Laval. En arrière-plan de ces visites, la profession agricole avait l’intention de soulever différentes questions avec le ministre : les aléas climatiques, la gestion des risques, les ZNT, la certification environnementale, la taxe Trump sur le secteur viticole, le point sur les retraites, l’OCM viti-vinicole et le maintien de l’éligibilité des surfaces peu productives. 

Faute de temps, la profession agricole a décidé de se concentrer sur deux sujets : les relations commerciales, plus particulièrement la taxe Trump, et les ZNT. Avec, pour objectif, “de lui faire bien prendre conscience des investissements et du travail réalisés par les agriculteurs pour répondre aux demandes sociétales et environnementales. Le message que nous voulions lui faire passer est que oui, on veut bien faire. Oui, on veut bien travailler, mais aidez-nous”, rappelle Jérôme Despey, président de la Chambre d’agriculture de l’Hérault, au terme de la rencontre.

Taxe américaine sur la filière viticole

À l’unisson, les OPA ont rappelé au ministre qu’elles n’avaient pas à payer les pots cassés du différend commercial qui oppose Airbus et Boeing. “Nous sommes pris en otage sur un dossier qui ne nous concerne pas”, indique Florence Barthès, directrice du syndicat des producteurs Vin Pays d’Oc IGP. “Avec la taxe Trump, c’est une perte de 30 % sur le chiffre d’affaires des viticulteurs que l’on enregistre, tant à l’échelle nationale que régionale. Mais ce qui m’inquiète le plus, c’est le retour des volumes de production sur le marché du vin”, soulève, de son côté, François-Régis Boussagol, président des Vignerons indépendants de l’Hérault. Et toute la filière de demander un dédommagement à l’État au travers d’un fonds de compensation.

“Ces taxes américaines sont inacceptables”, leur a répondu le ministre de l’Agriculture. Avant d’ajouter : “Nous n’aurons de cesse, avec Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie, de travailler pour faire annuler ces taxes et de batailler pour la mise en place d’un fonds de compensation”. Reste que la partie est loin d’être gagnée, notamment au sein de l’Union européenne, où les États membres ne sont pas sur la même longueur d’ondes à ce sujet. “L’OMC devrait se prononcer en juin sur le droit des États-Unis à appliquer des représailles commerciales. Attendre le mois de juin, pour nous, c’est une catastrophe. D’où la nécessité d’un fonds de compensation. Le ministre l’a bien compris et plaide auprès de l’Union européenne, mais l’absence d’unanimité de la part des États membres rend la tâche difficile. Dans tous les cas, l’État doit prendre ses responsabilités”, martèle Jérôme Despey.  

La question est d’autant plus cruciale que ces taxes s’inscrivent dans un contexte international tendu, avec la concurrence chinoise et le Brexit. Sur ce dernier sujet, selon les dires du ministre, les négociations en cours avec le Royaume-Uni pourraient aboutir à l’absence de droits de douane pour le secteur agricole. Affaire à suivre. 

Zones de non-traitement 

“La publication du décret, au Journal officiel, le 29 décembre dernier, imposant des zones de non-traitement (ZNT), ainsi que leur application en urgence au 1er janvier 2010, sidère le monde agricole. D’une part, notre gouvernement impose, dans l’urgence, des ZNT. De l’autre, il laisse toujours entrer sur le marché français des produits alimentaires traités avec des substances interdites en France, au mépris de l’article 44 de la loi Egalim, qui interdit la commercialisation de produits ne respectant pas les standards européens. Nous exigeons un moratoire afin que l’application du décret soit repoussée au moins à la prochaine période culturale de telle sorte à ce que le gouvernement puisse clarifier certaines zones d’ombre et disposer de l’avis de l’Anses. Nous demandons également une compensation financière pour le manque à gagner induit par les ZNT”, expliquait Sophie Noguès, présidente de la FDSEA de l’Hérault, au ministre. 

Là encore, Didier Guillaume a abondé dans le sens de la profession agricole, en précisant que dans les six mois qui viennent, il y aura la possibilité de di-
minuer les distances requises par rapport aux habitations tant que les chartes de bon voisinage ne seront pas validées (retour à la concertation pour celles signées avant le décret, ndlr). Et de rappeler que “les agriculteurs ne sont ni des pollueurs, ni des empoisonneurs. L’agriculture française est engagée dans la transition agroécologique”. De nouveau interpellé sur le sujet par Thierry Sauvaire, viticulteur à Assas, le ministre rappelait le délai de six mois qui sera accordé, lâchant avec impatience : “On va le faire.” Une instruction était donnée en ce sens, dès le lendemain, aux préfets, indiquant qu’il n’y aurait pas de contrôle, et donc pas de sanction, jusqu’en juillet. 

Séquence de “calinothérapie”

Face à l’agribashing, le ministre a dénoncé la cabale contre l’agriculture sur les réseaux sociaux. “Le temps de l’agriculture n’est pas celui des réseaux sociaux. Quand je pense que nombreux sont les Français à avoir des tendinites au pouce à cause de leur pratique des réseaux sociaux, je préfèrerais qu’ils aient des tendinites du cerveau à force de réfléchir sur l’agriculture. L’agriculture française, c’est la plus durable au monde. N’ayons pas peur de dire que l’on fait de beaux produits et de revendiquer la belle place qui revient à l’agriculture française en Europe, comme dans la monde. Il y en a marre de tous ces oiseaux de malheur qui passent leur temps à critiquer l’agriculture. Nous sommes avec vous et vous soutenons, d’autant qu’il n’y a pas une filière en France à qui on a autant demandé d’évoluer, et qui a répondu par l’affirmative. Après, l’État ne peut pas tout faire. À vous de faire aussi votre promotion”, s’enflammait le ministre, après avoir inauguré les investissements réalisés par la cave coopérative de Saint-Geniès-des-Mourgues.

Pour compléter la séquence de “calinothérapie”, le ministre a enchaîné les “oui, vous avez raison, il faut aller dans ce sens” à chaque demande présentée. Ainsi a-t-il fait sur la demande d’application du règlement ‘Omnibus’* formulée par Guilhem Vigroux, président de la Fédération de l’Hérault de Groupama Méditerranée, comme pour le retard des paiements sur la restructuration des vignobles dans le cadre de l’OCM, signalé par Jérôme Despey en tant que président du Conseil spécialisé vin et cidre à FranceAgriMer. À ce sujet, le ministre a promis un paiement d’ici fin mars. “Si vous n’avez pas reçu l’aide, vous m’appelez. Pour les autres aides, ce sera en octobre”, a-t-il ajouté. 

Promesse était également faite de pérenniser le TODE, comme de garder les aides couplées pour l’élevage dans les zones peu productives, autrement dit, le maintien de leur éligibilité dans la nouvelle Pac. Des paroles aux actes, la profession agricole suivra plus qu’attentivement leur concrétisation. Le chèque en blanc est passé de mode depuis très longtemps. 

 Florence Guilhem

* Ce règlement  entérine la révision à mi-parcours de la Politique agricole commune, en attendant la prochaine réforme après 2020. Il prévoit des évolutions techniques aux quatre règlements relatifs à la Pac, à savoir sur les paiements directs, le développement rural, l’organisation commune des marchés et le règlement horizontal qui concerne le financement, la gestion et le suivi de la Pac.


Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture, au Domaine de La Perrière, à Assas, sur l’exploitation viticole de Thierry Sauvaire.

HéraultDidier Guillaume ministre agriculture cave coopérative de Saint-Geniès des Mourgues Jérôme Despey