Virgile Joly, un pionnier du bio dans le Languedoc

Publié le 15 novembre 2022

Virgile Joly dans son domaine à Saint-Saturnin-de-Lucian. © Serge Chapuis/Domaine Virgile Joly

Le Domaine Virgile Joly a décroché le Green wine initiative award de l’ISWC, le concours international annuel des vins et spiritueux. Une récompense qui met à l’honneur l’engagement du vigneron depuis plus de 20 ans dans l’agriculture biologique et ses actions pour un vignoble durable.

Il est des engagements qui résistent au temps et finissent par faire des émules. Tel en est-il aujourd’hui pour la production de vins bio dans le Languedoc. Mais, il y a 20 ans, peu s’y risquaient. Virgile Joly, lui, dès son installation en 2000, à Saint-Saturnin-de-Lucian, n’a pas hésité. “Nous sommes les premiers exposés aux produits chimiques. Or, je n’avais aucune envie de faire courir de risques à ma famille. Puis, avec ma femme, Magdalena, nous sommes partis sur l’idée de faire des vins sincères pour le plaisir des consommateurs, ce qui impliquait d’être respectueux de la nature. Être certifié en AB permettait, de surcroît, d’apporter un gage de qualité tant dans notre manière de produire que pour les consommateurs”, détaille-t-il.

C’est dès le plus jeune âge que Virgile Joly, petit-fils de vignerons dans le Ventoux, développe son goût pour la nature et sa préservation, bien qu’il ait grandi en ville. Aussi, après son Bac, il s’oriente vers des études de biologie, la science du vivant par excellence. Après son DEUG, il passe un diplôme d’œnologie à la faculté de pharmacie de Montpellier, puis enchaîne avec un DESS de management à Aix-en-Provence, “car j’avais l’idée de créer mon propre domaine”. Mais avant d’accomplir son rêve, il travaille en tant qu’oenologue dans la Vallée du Rhône Sud, puis dirige une cave coopérative à Saint-Tropez, et apporte ses compétences dans d’autres domaines viticoles. Au changement de millénaire, l’obtention de 80 ares de vieilles vignes en fermage, à Saint-Saturnin-de-Lucian, va lui mettre le pied à l’étrier. L’année suivante, il parvient à récupérer une dizaine d’hectares en fermage, qu’il convertit en AB.

Favoriser la biodiversité

Mais le faible retour d’expériences en production de vins en bio en 2000 complique sa mise en œuvre, particulièrement face à la pression maladie et à la maîtrise de l’herbe. “Entre des outils qui n’étaient pas aussi performants qu’ils le sont aujourd’hui et la difficulté à ajuster les bonnes doses au bon moment, il m’a bien fallu 10 ans pour bien maîtriser le tout. Une fois cela fait, j’ai voulu aller plus loin dans le développement de la biodiversité dans mon domaine”, raconte-t-il. Pour ce faire, il crée une mare et plante des arbres (cognassiers, chênes blanc et vert, grenadiers, pistachiers…) en bordure de parcelles. “On a également rouvert des anciennes parcelles de vignes qui avaient été gagnées par la garrigue, en refaisant des prairies méditerranéennes. Et nous avons le projet de créer une nouvelle mare, en collaboration avec un autre agriculteur”, détaille le vigneron.

Il pratique, par ailleurs, l’enherbement un rang sur deux, ce qui permet de limiter le nombre de passages du tracteur et de favoriser la circulation des animaux et des insectes. “Il s’agit d’un enherbement naturel. Cela demande beaucoup de travail, car on a des plantes envahissantes et exogènes qu’il faut arracher à la main. Mais cet enherbement naturel, c’est un peu ma fierté”, relève-t-il. Le retour de la faune et de la flore dans ses parcelles, “avec des fleurs que l’on ne voit pas ailleurs et des animaux et insectes qui jouent le rôle d’auxiliaire dans la lutte contre les maladies de la vigne, c’est juste bluffant”, s’enthousiasme-t-il. Autre bénéfice : la faune et la flore libérant des micro-éléments et des minéraux dans le sol, le raisin est ainsi mieux nourri, “ce qui apporte plus de complexité dans les vins”, ajoute-t-il.

Des vins “sincères”

Tous les rouges sont vendangés à la main, avec un tri à la cave, puis élevés en cuves béton ou en barriques. “On laisse les levures indigènes faire la fermentation. Les plus beaux rouges sont mis dans de très belles barriques en chêne français pour apporter une complexité supplémentaire. Leur élevage peut aller de 8 à plus de 30 mois. Notre objectif est de faire partie des plus grands vins de la région”, dit Virgile Joly. Les blancs et rosés sont, eux, vinifiés dans des cuves inox. Toutes les cuves sont thermorégulées. “On peut, de la sorte, piloter comme on veut”.

C’est ainsi qu’ont été créées cinq cuvées en rouge, trois en blanc et une en rosé, certaines en AOP Languedoc, d’autres en Terrasses du Larzac ou en cru Saint-Saturnin. “‘Saturne’ et ‘Virgile’, à base de syrah, grenache et carignan, sont les classiques du domaine, au style bien éprouvé. Avec ‘Promesse’, nous avons cherché à faire un vin très haut de gamme avec des raisins de vieilles vignes de mourvèdre et de syrah (50 % de chaque). Quant à notre dernier né, ‘Cybèle rouge’, signé par ma femme, il est composé à 60 % de mourvèdre”, détaille Virgile Joly. Autant de vins “sincères, c’est-à-dire, selon la vieille définition, honnêtes, composés uniquement de raisins, avec le respect de ce produit et de l’environnement autour”, complète-t-il.

Un respect de l’environnement qui s’est aussi traduit par la construction, en 2018, d’un nouveau chai semi-enterré, permettant d’atteindre une véritable inertie thermique, ainsi qu’une hygrométrie naturelle par le sol. “Depuis 2021, 75 % de l’énergie est produite par des panneaux solaires. La consommation d’eau a été réduite de moitié par l’utilisation de jets d’eau contrôlés”, dit-il. Le domaine a aussi su réduire ses émissions de gaz à effet de serre, en optimisant notamment les cartons et en utilisant des bouteilles plus légères. De la vigne à la mise en bouteille, toutes ces actions engagées au fil du temps ont fait mouche auprès du jury du concours ISWC, qui a décerné au domaine le prix du vignoble le plus durable.

Florence Guilhem  


Au caveau, sont vendues les 9 cuvées du domaine : ‘Le Joly rouge’, ‘Virgile rouge’, ‘Saturne rouge’, ‘Cybèle rouge’, ‘Promesse’, ‘Le Joly blanc’, ‘Virgile blanc’, ‘Saturne blanc’ et ‘Saturne rosé’. © Serge Chapuis/Domaine Virgile Joly

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