Vinseo : 15 ans et toutes ses grappes

Publié le 21 juin 2022

Dominique Tourneix, président de Vinseo, et Balkis Vicaire, directrice, devant le vignoble du Château Valmy, à Argelès-sur-Mer, où s’est tenue l’assemblée générale de l’association, le 9 juin. © Ph. Douteau

Pour fêter les retrouvailles de l’exercice de l’assemblée générale en présentiel, et célébrer ses 15 ans d’existence par la même occasion, l’association Vinseo a accueilli ses adhérents et invités dans un cadre propice à la célébration, au Château Valmy d’Argelès-sur-Mer (66).

Surplombant les vignes, avec vue imprenable sur la mer en contrebas, le Château Valmy (Pyrénées-Orientales) a servi d'écrin de choix aux retrouvailles, le 9 juin. L'équipe de Vinseo a voulu marquer le coup. Réunis au-dessus du chai du domaine, les 60 invités ont assisté au traditionnel coup de rétroviseur sur les actions menées et les projets envisagés par le réseau de la centaine de membres experts de la filière viti-vinicole qui constitue le champ d'activités de Vinseo. Un rendez-vous par ailleurs ponctué d'interventions de spécialistes sur des thématiques on ne peut plus actuelles, des conséquences de la crise sanitaire et de la guerre en Ukraine sur le transport maritime mondial des vins, au calendrier des débats portés au Parlement européen. Une journée au planning chargé comme une grappe bien gonflée. 

Stratégies repensées

Pour sa quinzième année d'existence, Vinseo, l'association qui se définit comme la "grappe d'experts au service de la vigne et du vin" en Occitanie, et au-delà, n'est pas peu fière de compter désormais 112 membres. Avec une vingtaine d'adhérents lors son lancement en 2007, sous le patronage du Conseil régional, Vinseo fédère aujourd'hui 90 entreprises, 9 start-up, 7 structures de recherche et d'enseignement et 6 organismes professionnels. Avec la reprise d'activités post-Covid et grâce au retour des salons phares comme le Sitevi, les cotisations sont "reparties à la hausse", s'est félicitée la directrice de l'association, Balkis Vicaire. 

Fidèle à ses missions premières de promotion et de développement des savoir-faire et de l'expertise d'un large panel de fournisseurs de biens et services viti-vinicoles, le réseau s'est étoffé, mais a aussi dû composer avec les récentes périodes de turbulences pour toute la filière. Adaptant sa stratégie événementielle selon un format hybride, "phygital", entre réunions physiques et canaux dématérialisés, Vinseo a recentré ses efforts sur la communication interne au réseau, la prospective pour relancer la filière en Occitanie, la valorisation des membres lors d'événements incontournables (62 membres présents au Sitevi) et autres webinaires.  

Anticiper et cibler les besoins de la filière

Engagé auprès de ses membres pour soutenir les démarches de RSE, Vinseo, qui a rejoint le collectif Agro RSE, l'est aussi pour agiter la boîte à idées et à rencontres, entre les journées croisées Inno'Vinseo, avec Provence Rosé, ou Agri Sud Ouest. "On va reconduire le salon Vini-Viti Vici, l'année du Sitevi", annonce la directrice, pour réitérer ce rendez-vous dédié aux innovations, entre entreprises d'Occitanie et du Sud-Ouest. Quant aux commissions de travail thématiques, vu qu'il est "dur de trouver un dénominateur commun à tous, on va changer de mode", prévoit Balkis Vicaire. 

Afin de cibler les tendances de la filière, une étude prospective a été mise en place, appuyée par un comité de pilotage et une cellule d'animation de 15 membres, portée par l'Institut français de la Vigne et du Vin (IFV) et FranceAgriMer, pour "dessiner les scénarios d'avenir". Alors que les urgences climatiques et le contexte géopolitique international pèsent sur les économies de la filière, en raison des difficultés d'approvisionnement énergétiques, notamment, le conflit en Ukraine rebat les cartes, et "nous rappelle que notre économie dépend grandement des énergies fossiles, le pétrole ou le gaz, dont les réserves s'épuisent inéluctablement", déclare Dominique Tourneix. Le président de Vinseo ne serait d'ailleurs "pas surpris que dans les années qui viennent, nous devions ajouter à la RSE, un autre 'S', pour la sobriété". 

Transport, export : blocages en mer

"Aujourd'hui, on va rebattre les cartes au niveau des échanges mondiaux", prévient Thomas Sammarcelli, manager France de VinLog chez Kuehne + Nagel. Pour ce spécialiste des échanges commerciaux internationaux, en particulier de la logistique du fret maritime du vin, "vos activités vont être impactées par la hausse du prix de la bouteille pour le transport". L'axe Chine-Californie représentant 65 % du trafic mondial, la crise sanitaire du Covid n'a pas été sans effets. "Quand le trafic s'arrête en Chine, les ports sont saturés, en France et en Californie", sachant que seuls 10 armateurs gèrent 85 % du trafic mondial. 

Avec le conflit en Ukraine, l'impact sur le fuel rend plus cher l'espace dans les conteneurs (30 000 $ en moyenne pour les bouteilles). Alors que 230 porte-conteneurs sont en attente à Shangaï, le goulet d'étranglement risque de saturer le trafic "quand Shangaï va rouvrir". Or, les états-Unis ne disposent pas d'un réseau ferroviaire suffisant. Premier marché en volume pour la filière vin (33 Mhl consommés) selon l'OIV, les Etats-Unis importent "7,4 Mhl en bouteilles, d'après les statistiques douanières", ajoute Florian Ceschi, directeur de Ciatti Europe. Important 131 millions de litres en bouteilles, soit 1,3 Md€ en valeur, la France, qui pèse, avec l'Italie, 62 % de la valeur importée aux Etats-Unis, va aussi connaître "une pression sur les conteneurs de pire en pire". 

L'incidence forte sur le produit vin se ressent aussi lors d'approvisionnements venant du Chili, premier exportateur (117 Ml), sur une valeur moyenne d'import de 80 $/hl. En deux ans, le coût du conteneur est passé de 3 000 $ pour 240 hl, à 18 000 $... "94 % de la valeur produit correspond au transport." 

Dans cet océan d'incertitudes, le marché européen peut influer sur l'export, car c'est "une grosse zone de consommation", estime Florian Ceschi. "L'opportunité ne sera pas sur le tarif, mais sur l'espace. On a la chance d'être petit pour avoir de la place dans les conteneurs", appuie Thomas Sammarcelli, selon qui la logistique des transports retrouvera sa régularité dans les six mois, "s'il ne survient pas un autre événement".

Philippe Douteau


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