Vignerons indépendants du Gard : La vigne à l'épreuve

Publié le 11 février 2020

Barbara Martin, directrice de la Fédération gardoise des Vignerons indépendants, avec Benoît Combe, propriétaire du Parc Saint-Charles, lors de la soirée de projection publique des courts-métrages, le 1er février.

La 11e édition des ‘Vignerons indépendants font leur cinéma’ s’est clôturée dimanche 2 février, après trois jours de projections auprès du public dans le Gard. Lors de la soirée de lancement, le jury a visionné dix courts-métrages, consacrés, de près ou de loin, à la vigne et au vin. Avec pour mots d’ordre : liberté de ton, de style et de format. Un documentaire on ne peut plus d’actualité, sur les méfaits du climat et ses effets déjà observés, a remporté le premier prix.

Cette année, le comité de sélection a, au préalable, dû sélectionner une quarantaine de courts-métrages pour n'en garder que dix. Le règlement, qui prévoit certains critères à respecter (durée maximum de 30 minutes, contenu non publicitaire, réalisés depuis janvier 2017), laisse libre court à l'inventivité des réalisateurs et réalisatrices qui concourent. Documentaire, animation, fiction ou expérimentation estudiantine, professionnel ou amateur, tous les styles sont acceptés, pourvu que le spectateur en ait l'ivresse. Du 30 janvier au 2 février, public et professionnels ont découvert le cru 2020, aussi hétéroclite qu'ancré dans une actualité viticole pas toujours rose. 

Succès grandissant de millésime en millésime 

Encore une fois, la directrice de la Fédération gardoise des Vignerons indépendants, Barbara Martin, et le vice-président, Christel Guiraud, ont eu comme lourde tâche de concocter le programme de ce 11e festival. Aidés par une commission réunissant des vignerons, des professionnels de l'image ou de la communication, ils constatent un nombre croissant de films à concourir. "De plus en plus de films sont envoyés auprès des festivals, en écoles de cinéma", note Barbara Martin. "Entre les blogs, les sites et le bouche-à-oreille, cela constitue un solide réseau", permettant de faire son choix entre les films ayant trait au monde du vin. Face à la demande grandissante, les VI du Gard envisagent même des projections en deux temps, à l'avenir, si le nombre de films sélectionnés ne cesse d'augmenter. Pour ce millésime 2020, la projection des dix courts-métrages, bout à bout, durait 1 h 50. 

Entre le geste arty d'une étudiante de Clermont-Ferrand, une courte animation (Rien que la soif et le silence) inspirée de l'œuvre d'une poétesse argentine, les souvenirs d'enfance d'un fils de vigneron, Théo Nodet, lorsqu'il s'inventait des histoires chevaleresques (Dolium Peplum, prix du public), ou la fiction douce-amère consacrée aux dégâts des traitements phytosanitaires sur la santé des vignerons (J'vous préviens, c'est pas gai), de Yacine Sersar, le panel était varié. 

Voyages de l'Île d'Elbe au Gard

Dans Vinum Insulae, tourné sur l'Île d'Elbe, un vigneron téméraire expérimente le retour aux pratiques ancestrales grecques, qui consistaient à plonger l'ansonica (cépage blanc) dans les eaux tyrrhéniennes de Méditerranée. Placées dans des nasses en osier deux jours sous la mer, Antonio Arrighi fait sécher les grappes sur des claies, avant fermentation en amphores, pour "une meilleure résistance à l'oxydation", assure-t-il dans le sujet de Stefano Muti. Pour Un beau vin, une belle vie, les caméras de Benoît Cassegrain et Hélène Legay ont suivi les vendanges sous la douceur angevine, auprès d'Olivier Cousin et de son fils Baptiste, chantres de la biodynamie, dévoués aux vertus d'un "vin vivant de A à Z, sans mécanisation". 

À l'issue de la soirée inaugurale au cinéma le Sémaphore de Nîmes, le jury a choisi de récompenser le documentaire de Christophe Fauchère. Ses Vignes dans le rouge (voir encadré) se sont distinguées, après délibération du président Philippe Liégeois (producteur), de Lydia Vautier (directrice de la Chambre d'agriculture du Gard), de Maryse Giannaccini (conseillère départementale), de Nicole Parich (œnologue), et du journaliste Gilles Lorfèvre (Midi Libre). 

Présenté dans sa version courte (30 mn), le film s'attache à croiser les regards et les expériences récentes de vignerons et de spécialistes du climat et de l'expérimentation de cépages résistants, pour dresser un état des lieux guère enthousiasmant mais ô combien réel pour les travailleurs de la vigne, confrontés à des millésimes instables, entre le mildiou ravageur en 2018 et la sécheresse record de 2019. Le réalisateur primé est en cours de montage de son film, rallongé à 60 minutes, afin d'être prêt pour la saison des festivals, au printemps. Il a déjà été contacté par le Festival international ‘Œnovidéo 2020’, qui se tiendra du 28 au 31 mai, à Cognac.

Philippe Douteau 


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