Vignerons coopérateurs : “Avoir du volume est une opportunité”

Publié le 01 novembre 2022

Valérie Bastoul, directrice générale des services de La Coopération agricole Occitanie et des Vignerons coopérateurs d’Occitanie, et Ludovic Roux, président des Vignerons coopérateurs d’Occitanie. © F. Guilhem

Le 21 octobre, le président des Vignerons coopérateurs d’Occitanie, Ludovic Roux, faisait le point sur la récolte 2022 et la conjoncture économique de la filière, lors d’une conférence de presse, à la Maison des Vignerons, à Narbonne.

Entre le verre à moitié vide ou à moitié plein, le président des Vignerons coopérateurs d’Occitanie fait toujours le même choix : le verre à moitié plein. Certes, entre la flambée des prix sur les matières premières et l’énergie, qui pèse sur les trésoreries des exploitations agricoles (les premières estimations tablent sur une surcharge de coût en cave particulière de 300 à 1 000 €/ha et de l’ordre de 3 à 5 €/hl en cave coopérative), l’inflation qui sévit en France, une consommation toujours à la baisse, ou encore la réforme du label HVE (Haute valeur environnementale), les sujets d’inquiétude pour la filière viticole sont nombreux.

Et d’autant que les difficultés perdurent sur les ventes, avec des volumes contractualisés en retrait sur tous les segments et quasiment toutes les couleurs. “Les rouges continuent à perdre des parts de marché, les AOC affichant une perte de 5 %, les IGP standard de 36 %, et les rouges en Pays d’Oc de 18 % sur les cinq dernières années sur les sorties de chais. À noter toutefois que la perte des rouges en Pays d’Oc a été entièrement compensée par leur transfert en rosé”, détaille le président des Vignerons coopérateurs d’Occitanie.

Sur le marché des rosés, ces derniers sont moins dynamiques sur la campagne 2021-2022. Aussi, “bien que notre région soit devenue en France la plus grande productrice de rosé pour répondre à la demande des marchés, il ne faut produire que ce que l’on est capable de vendre”, fait-il passer comme message. Quant aux blancs, ils gagnent des volumes sur tous les segments, malgré la petite récolte de 2021. “On a failli en manquer, mais on a réussi à faire la jointure”, commente-t-il.

Dans tous les cas, avec une récolte 2022, estimée entre 14 et 15 Mhl en Occitanie, “on doit être heureux d’avoir une récolte normale”, considère-t-il. D’autant qu’avec des stocks au plus bas l’an dernier, en raison de l’épisode de gel d’avril 2021, “on a donc un niveau de disponibilité classique. Aussi avoir du volume est-il une opportunité et non une catastrophe, car si on n’a pas de volume, on ne peut pas répondre aux appels d’offres des marchés”, ajoute-t-il. L’objectif est donc de relancer le marché, “notamment sur les entrées de gamme”. Et le président d’ajouter : “Je suis sûr que l’on s’en sortira et que l’on sera à l’équilibre, car nous ne sommes pas confrontés à un problème structurel.” D’ailleurs, bien que les négociations débutent à peine avec le négoce, en raison d’une récolte qui s’est, cette année, étirée dans le temps, une stabilité des prix sur les blancs semble se profiler. 

Miser sur l’export

L’autre carte à jouer, selon Ludovic Roux, est le marché export. Et pour cause. Les indicateurs sont au vert depuis 2021. Si l’impact de la pandémie du Covid-19 sur les échanges mondiaux de vins en 2020 a été particulièrement sensible tant en volume qu’en valeur, l’année 2021 a permis un rattrapage tant en volume qu’en valeur des exportations de vins français au niveau mondial. Les volumes exportés sont ainsi passés de 13,5 Mhl en 2020 à 14,6 Mhl en 2021, pour un chiffre d’affaires évoluant de 8,7 à 11,7 milliards d’euros, faisant de la France le premier exportateur mondial.

Ce sont les exportations en bouteille qui portent la croissance. Nous avons les volumes, les cépages et la qualité en Occitanie. Nous sommes donc capables de vendre à l’export et de bien valoriser. L’export nous permettra d’écouler nos volumes”, est-il persuadé. Et de citer les Pays d’Oc, dont 48 % des volumes partent à l’export, ou encore Terres du Midi avec ses 53 % vendus à l’étranger, et 25 à 40 % pour les AOP. Le premier marché pour les vins AOP du Languedoc reste les États-Unis, et de nouvelles opportunités sont à saisir au Japon.

“L’objectif est de commercialiser 1 Mhl supplémentaires à l’export”

Certes, la cherté des carburants, le coût des transports, la difficulté à trouver des conteneurs, mais aussi du verre réduisent les bénéfices escomptés. Mais “en même temps, l’inflation en France est moins importante que dans les autres pays d’Europe notamment. De ce fait, nous avons une meilleure compétitivité. Aujourd’hui, 3,9 Mhl produits en Occitanie partent à l’export. L’objectif visé est de commercialiser un million d’hectolitres supplémentaires. Avec la stratégie que nous sommes capables de mettre en place, il n’y a pas de raison que l’on n’y parvienne pas”, soutient-il. 

Une meilleure prise en compte des différents segments de marché

L’autre cheval de bataille des Vignerons coopérateurs d’Occitanie sera le travail à accomplir avec les négociants. Bien qu’il ne soit pas permis de s’entendre sur les prix au cours de leurs rencontres, les questions d’équilibre entre l’offre et la demande sont abordées. L’idée étant que tout le monde s’y retrouve et que les prix soient au rendez-vous. Mais pour sécuriser les revenus des producteurs, les Vignerons coopérateurs militent auprès des négociants pour que des partenariats sur le long terme soient établis, avec la mise en place de contrats pluriannuels.

Et de pointer aussi la nécessaire prise en compte de la segmentation des marchés, comme le pratiquent les caves coopératives avec leurs adhérents. “Aujourd’hui, force est de constater que la segmentation des marchés n’est pas suffisamment prise en compte par les négociants. On ne peut pas payer des volumes en conventionnel au même prix que des volumes sous signes de qualité. Si les négociants appliquent déjà des paiements différenciés, la segmentation des marchés doit être cependant renforcée, notamment par rapport aux labels environnementaux. Il y a une nécessité absolue de valoriser les démarches environnementales”, insiste le président des Vignerons coopérateurs d’Occitanie. Des démarches, notamment celle autour de la HVE, qui font l’objet aujourd’hui d’un croisement de fer avec l’État.

Total désaccord sur l’évolution du label HVE

Le nouveau référentiel HVE fait toujours grincer des dents la filière. La réforme du label a acté la fin de la voie B et des évolutions de la voie A,
reposant sur des indicateurs agroécologiques. À ce sujet, ce sont deux items qui ont été à l’origine de la levée de bouclier de la filière : le référentiel des indices de fréquence de traitement par rapport à ceux de l’AB dans certains bassins de production, avec la prise en compte des traitements de lutte obligatoire, et l’enjeu de la fertilisation avec des seuils que la filière considère trop bas. Cerise sur le gâteau : ces critères devaient être appliqués dès le 1er oc-
tobre pour les nouveaux certifiés ayant amorcé la démarche avant que la réforme ne soit appliquée.

Si la filière a obtenu un délai de son application (report au 1er janvier 2023, ndlr), elle n’a pas été entendue sur les propositions qu’elle a faites. “Nous sommes tout à fait favorables à ce que le label évolue, mais pas dans les termes proposés qui ont été fixés par des personnes ne connaissant rien à la viticulture. Ce texte est totalement contre-productif par rapport à l’écologie, car il va non seulement entraîner une rupture dans l’élan d’engagements des vignerons, mais aussi un désistement de ceux qui sont déjà engagés. Nous nous sentons totalement trahis, alors que nous nous sommes engagés fortement dans la mise en place de ce label, et que nous avons toujours un discours de progrès. La HVE doit être une voie de plus dans la transition agroécologique et non une voie qui mène au bio. On demande donc un moratoire pour reprendre les discussions”, indique Ludovic Roux.

“Ce texte est complètement contre-productif par rapport à l’écologie”

En attendant la reprise des discussions, mais en restant sur leurs positions, les Vignerons coopérateurs d’Occitanie appellent les caves coopératives à envoyer un courrier au ministère de l’Agriculture, détaillant leur travail autour de la mise en place de la HVE et les pertes à attendre si le texte de la réforme est maintenu en l’état. Les Vignerons coopérateurs d’Occitanie se fendront également d’un courrier au ministère, récapitulant la situation à l’échelle régionale. Ces courriers seront aussi adressés au préfet de Région, aux sénateurs et aux députés. La Région devrait, elle, porter le sujet devant l’Assemblée des Régions de France que préside Carole Delga.

Florence Guilhem


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