Vigilance sur la vigne

Publié le 19 mai 2020

Depuis l’apparition des symptômes de mildiou, les viticulteurs et conseillers techniques des Chambres d’agriculture surveillent l’évolution des foyers. La crainte d’une année particulière, comme en 2018, est encore dans toutes les mémoires.

Mi-mai, le vignoble régional faisait face aux récents soubresauts climatiques survenus ces dernières semaines. Les intempéries printanières, combinées à la douceur des températures, ont vu les premiers foyers de mildiou apparaître. Ils sont à suivre avec attention.

C'est ce que l'on peut appeler un printemps particulier. À bien des égards. Alors qu'une bonne partie du pays vivait confinée, la vigne, elle, ne s'est pas arrêtée. Entre les gelées nocturnes dans le Gard, fin mars, l'orage de grêle du 27 avril dans les hautes Corbières et la pluie qui s'est encore abattue sur l'Aude et certaines communes de l'Hérault, le week-end du 10 mai, les viticulteurs et les observateurs sont sur le qui-vive, espérant que les pluies, le taux d'humidité et les températures douces, ne conduisent à un millésime à mildiou, comme le vignoble en a connu en 2018. 

Interventions perturbées dans l'Aude

"Je ne suis pas mécontent de la pluviométrie, mais à un rythme aussi régulier, cela rend plus difficile les capacités d'intervention, de traitement ou de relevage des fils." À Fitou, secteur chaud et sec, Jean-Marie Fabre a pu intervenir sur une bonne partie de ses vignes qui avaient séché avant le week-end des 9 et 10 mai, en traitant 11 ha sur les 15 ha du domaine de la Rochelierre. Le vigneron a pu redémarrer une série de traitements après des pluies épisodiques depuis le mois de mars. Le régime hydrométrique important observé sur le secteur de Fitou, qui enregistre entre 380 et 450 mm en moyenne, conduit à des niveaux de précipitations à "plus de 630 mm alors que le cycle n'est pas fini". En quelques jours, 130 mm ont arrosé les sols schisteux et argilo-calcaires, habituellement secs. Le 25 avril, Jean-Marie Fabre n'a pu intervenir dans les vignes qu'armé de bottes et de son pulvérisateur à dos. Avec des conditions d'intervention perturbées, les viticulteurs doivent déployer des moyens humains, ce qui a forcément un coût. "À trois pour traiter 15 ha, c'est jouable, mais c'est du temps en moins pour se consacrer à d'autres tâches", note le président des Vignerons indépendants.  

Depuis fin octobre, le département a connu des séquences pluvieuses régulières. Rien d'alarmant en soi, pour l'instant, mais l'apparition de nombreux symptômes et de foyers primaires de mildiou, essentiellement dans l'Est audois, requiert une attention particulière. Au 4 mai, les données de modélisation faisaient état d'un risque "très fort dans les secteurs du littoral, les hautes Corbières et le Narbonnais (...), fort en Minervois et Corbières occidentales, et encore faible dans l'ouest"*. Les contaminations étaient encore localisées sur feuilles, et des attaques sur inflorescence pas encore confirmées. 

Fin avril, des premiers symptômes d'oïdium, sous forme drapeau sur jeunes pousses, ont été relevés sur carignan, au stade "boutons floraux agglomérés" dans les Corbières. 

Début d'attaque de mildiou importante dans le Gard 

Le catastrophisme n'est pour l'instant pas de mise, mais devant le constat d'une "forte fréquence des symptômes", la vigilance est de mise, confirme Anne Sandré, responsable du pôle viticulture à la Chambre d'agriculture du Gard. Si la pluviométrie n'est pas particulièrement élevée dans le département, le risque est cependant considéré comme important. 

De nombreux foyers primaires sont apparus fin avril et début mai, notamment sur le bassin alésien, l'Uzège, le Sommiérois et au nord de la vallée du Rhône. "Si on entre en période sèche, ça ira, mais si des pluies surviennent toutes les semaines, c'est la pire des configurations", indique Anne Sandré. 

Suite à la pluie du week-end du 10 mai (10 à 40 mm), "juste à la sortie des premières taches sur les foyers primaires", et en prévision de nouveaux épisodes orageux, il va falloir resserrer les cadences de traitements, surtout pour les parcelles bio, où les viticulteurs ont déjà dû retourner traiter. "Quand on dépasse les 25 mm, surtout avec des produits lessivables comme le cuivre, il faut repasser." Les premiers signes sont apparus un peu plus tôt qu'il y a deux ans, mais la perspective d'une année à mildiou n'est pas, pour l'heure, à l'ordre du jour. Les prochaines semaines seront décisives pour évaluer les niveaux de contamination.

Sur les parcelles gardoises marquées par le gel du 25 mars, dont certaines ont été entièrement brûlées, des nouveaux boutons sont apparus, "mais avec des rameaux peu fructifères", note la responsable. Sur ces vignes partiellement touchées, les stades phénologiques sont hétérogènes, variant des stades 2-3 feuilles étalées au stade 6-7 feuilles étalées. 

Hérault : la pression monte constante, risque modéré 

Le même week-end précédant le déconfinement, les pluies se sont abattues à hauteur de 70 mm sur les secteurs les plus concernés, comme à Nissan-
lez-Ensérune, Lespignan et Puisserguier. Ces communes ont d'ailleurs subi les débordements de l'Aude, constate Olivia Georges. "Des traitements en quads ont été effectués, mais avec difficulté, en ne pouvant traiter que moins d’un hectare avec ce type d'appareil", note la nouvelle responsable du service viticulture à la Chambre d'agriculture de l'Hérault. Elle confirme un cumul de pluviométrie "élevé pour la saison, sur les cinq dernières semaines", qui explique des submersions de vignes importantes dans la plaine de l'Aude, côté héraultais. 

Au 27 avril, le niveau de pluie moyen relevé était d'environ 50 mm et de 40 mm enregistré au 4 mai, avec des disparités allant de 11 mm à Frontignan, à 100 mm à Saint-Christol. Le contexte météorologique peut laisser présager une "année compliquée", selon Olivia Georges, considérant que les stades phénologiques sont un peu plus précoces que l'an dernier, et que le risque de mildiou est jugé de "faible à très fort"* au vu de nouveaux foyers primaires sur feuille, et inflorescences, le 5 mai à Montagnac, le 8 mai dans le Montpelliérais (Galargues, Montaud), et le 11 mai dans la basse vallée à Roujan. Des repiquages sont également observés sur feuilles et inflorescences, à Vendres, Sauvian et dans la vallée de l'Orb-Lodévois, notamment. 

Olivia Georges le confirme : "La pression monte de semaine en semaine." La période est potentiellement critique, surtout en raison des cycles "de plus en plus courts, d'où une contamination plus régulière". Les mesures prophylactiques classiques (épamprage, ébourgeonnage des plantiers, maintien du couvert végétal sous les rangs, limitation du travail du sol) ne peuvent qu'être chaudement recommandées. 

À suivre de près pendant les prochaines semaines. 

Philippe Douteau 

* Bulletin de santé du végétal, édition Languedoc-Roussillon, Chambre d'agriculture Occitanie.

 


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