Vent debout contre les éoliennes dans le Cru La Livinière

Publié le 16 février 2021

Le syndicat du Cru La Livinière se place en farouche opposition au projet de ferme éolienne sur le territoire de son appellation. La préservation du patrimoine paysager est primordiale pour les producteurs. © L. Charles

Au sein du Cru La Livinière, la fronde monte vis-à-vis d’un projet d’installation d’éoliennes au beau milieu du territoire de l’appellation. Plus qu’une opposition aux énergies renouvelables, c’est avant tout l’incompatibilité d’un tel projet avec les démarches de préservation du patrimoine engagées sur le territoire de l’appellation qui est dénoncée.

“Nous avons pris connaissance de ce projet en 2019”, relate Guy Sabarthès, président du syndicat du Cru La Livinière. Ce projet, c’est celui qu’a formalisé la société Volkswind France, développeur de parcs éoliens dans le pays, dans le courant de l'année 2019. Une ferme éolienne composée de quatre aérogénérateurs de 120 mètres de haut doit être installée au sein de parcelles de la commune de Siran, au lieu-dit Boutenague. Les propriétaires des parcelles concernées y trouvent leur compte par une contrepartie financière intéressante, mais le syndicat du Cru La Livinière, unique appellation communale du Minervois, considère ce projet totalement incompatible avec les orientations qu’il a prises, ainsi que les entreprises qui le composent, dans le cadre d’une démarche de développement durable.

“Ce projet est en totale contradiction avec les politiques entreprises par l'état et les collectivités. Nous ne nous plaçons pas en opposition aux énergies éoliennes ou photovoltaïques, mais les vignerons demandent de la cohérence, car on ne peut pas chercher, d’un côté, à développer l'œnotourisme et le patrimoine de notre territoire et promouvoir, de l’autre, des projets industriels ! L'économie de notre territoire est portée essentiellement par la viticulture, et ce projet ne peut que porter atteinte à cette économie”, déplore Guy Sabarthès.

Les différentes composantes du Cru La Livinière entendent donc défendre leur terroir et affirmer leur opposition à ce projet, d’autant que la reconnaissance en tant qu’AOC à part entière par enregistrement de l'Union européenne est attendue pour le courant de l’année 2021.

Engagement environnemental

En effet, le syndicat du Cru avise que les caves et domaines de l'appellation ont entrepris, depuis plus de 30 ans, un travail conséquent dans leur vignoble. “Aujourd'hui, 70 % des entreprises de l'appellation sont engagées dans une certification environnementale, dont 56 % en AB, en conversion AB et en biodynamie”, précise Marie Vidal Vigneron, la directrice technique du syndicat.

Cet engagement passe également par le développement, dans les cinq prochaines années, d’un plan d'actions de préservation et de valorisation du patrimoine environnemental de l’appellation. “Car ce patrimoine constitue notre cadre de vie et notre outil de travail. Il y a la volonté, de la part de nos vignerons, de transmettre et de partager un patrimoine sain et préservé”, appuie encore Guy Sabarthès.

Le syndicat du Cru La Livinière explique donc que, dans cette zone de contreforts de la Montagne Noire, en zone de piémont, qui constitue l'identité visuelle du cru, ce projet éolien vient totalement dénaturer l’image qu’ils se sont efforcés de préserver et mettre en valeur jusqu’à présent. Le syndicat a donc mobilisé toutes ses forces vives pour exprimer et appuyer son opposition à un projet qui ne requiert que l’approbation des services préfectoraux pour aboutir.

La Dreal Occitanie (Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement) a ainsi officiellement consulté l'Inao en décembre 2019. Même s’il n’est que consultatif, l’avis rendu en août 2020 a été défavorable, sachant que les services de l’Inao avaient déjà émis un avis négatif sur ce projet dans la phase de préconsultation de mars 2019.

Les responsables montent au créneau

“La reconnaissance imminente en AOC La Livinière, niveau le plus élevé dans la hiérarchie des appellations, constituait en effet pour l’Inao un critère essentiel de mise en avant du patrimoine, ainsi que l'impact négatif d’un tel projet sur l'activité œnotouristique et économique des 40 entreprises de l'appellation installées sur ce secteur”, plaide Guy Sabarthès. 

Le président du syndicat du Cru La Livinière met également en exergue les nombreuses observations signalées dans l’avis rendu en avril 2020 par la MRAE (Mission régionale d’autorité environnementale), ainsi que les faiblesses et manquements de l’étude d’impact, sur la faune volante en particulier, “car le site est attractif avec des stationnements conséquents de passereaux granivores et des espèces patrimoniales et/ou sensibles à l'éolien comme l'Œdicnème criard et la Pie-grièche méridionale”, indique le rapport.

De son côté, le conseil d'administration du syndicat du Cru La Livinière a confirmé, au début du mois de janvier 2021, sa volonté d'ouvrir une procédure pré-contentieuse en adressant une saisine du ministre de l'Agriculture auprès de préfet de l'Hérault, au titre de l'article L. 643-4 du Code rural.

En parallèle, avec l'appui de Miren de Lorgeril, présidente du CIVL, les préfet et sous-préfet de l'Hérault ont été également alertés de manière officielle en janvier 2021 par le Syndicat concernant son opposition à la poursuite de ce projet. “Le syndicat de l’AOC Minervois nous soutient également dans cette démarche”, abonde Guy Sabarthès.

Enfin, le 20 janvier dernier, les maires des six communes de l'aire d'appellation ont pris connaissance des grandes lignes du projet du cru, axé sur la valorisation et la préservation du patrimoine paysager et environnemental. “Tous ont confirmé avoir pris, en fin d'année 2019, des délibérations défavorables à tout type d'équipement à caractère industriel éolien sur leurs communes. D’autant que leur appartenance au périmètre de l'OGS (Opération grand site, ndlr) Cité de Minerve, Gorges de la Cesse et du Brian et leur présence au sein du périmètre du Parc naturel régional renforcent cette position”, renchérit Guy Sabarthès.

Moteur financier du territoire

à présent, la décision est entre les mains de la préfecture et beaucoup d’entreprises viticoles importantes de la région, qui ont investi dans le vignoble de La Livinière, soutiennent le syndicat dans son action.

“à l’horizon 2024, les projections que nous avons réalisées suite à l’enquête exhaustive de notre réalité environnementale indiquent que 95 % du vignoble de l’appellation disposera d’une certification environnementale (HVE 3, AB, Terra Vitis), dont 70 à 75 % en bio ou en biodynamie. Toute notre communication est axée sur cette préservation du patrimoine environnemental, c’est pourquoi nous ne pouvons accepter ce projet éolien”, appuie Guy Sabarthès.  

Pour appuyer encore sa démonstration, le syndicat a évalué à 45 000 € les ressources annuelles générées par le parc éolien, et même si la comparaison n’a pas forcément lieu d’être, Guy Sabarthès appuie encore sa démonstration en arguant “que c’est bien peu comparé aux 20 millions d’euros générés par l’appellation”. Il n’empêche, cet argument financier prend tout de même de l’épaisseur au regard de la position de “moteur économique” du territoire que constitue l’appellation La Livinière.

La balle est à présent dans le camp des autorités préfectorales.

Olivier Bazalge


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