Vendanges : une gestion de la maturité délicate cette année

Publié le 20 septembre 2022

Avec des conditions sanitaires plus à risque à présent, et des raisins dont la maturité ne progressera plus beaucoup, les caves coopératives et particulières donnent un coup d’accélérateur aux vendanges. © M. Carossio/Le Cellier du Pic

C’est la dernière ligne droite pour nombre de caves coopératives et particulières. Les trois quarts des récoltes ont été rentrés. Point d’étape avant le clap de fin.

Du Gard à l’Aude, en passant par l’Hérault, la diversité en termes de rendement est ce qui revient dans les observations de tous. “S’il est encore difficile de dire précisément ce que sera le volume global récolté, on observe des situations disparates d’un secteur à l’autre, voire d’une parcelle à l’autre, et d’un cépage à l’autre. Certains feront de belles récoltes tandis que d’autres seront sur des volumes faibles. Mais ce que l’on peut dire, sans risque de se tromper beaucoup, c’est que la récolte en quantité sera”moyenne“, soit un peu moins de 12 millions d’hectolitres”, suppute Denis Verdier, président de l’Institut coopératif du vin (ICV). Côté caves, au vu de l’évolution de la maturité des raisins, avec des degrés potentiels moindres que d’habitude et des acidités plutôt basses, “les œnologues devront rééquilibrer les vins”, explique-t-il.

Hérault : hétérogénéité intraparcellaire

Après avoir démarré avec dix jours d’avance, soit le 12 août, la cave coopérative d’Assas, Le Cellier du Pic, a demandé à ses adhérents de temporiser. La météo étant de nouveau capricieuse, entre orages et pluies, la cave a donc anticipé les situations qui pouvaient devenir critiques, particulièrement sur les parcelles en AOC Languedoc et AOP Pic Saint Loup. “Entre des foyers de pourriture qui apparaissent, notamment sur les syrahs à certains endroits, et des maturités qui ont du mal à aller jusqu’au bout, on a fait le choix de vendanger, mais au cas par cas, bien que l’on n’ait pas des degrés aussi hauts que d’habitude, puisque nous avons 13° au lieu des 14,5 à 15° d’ordinaire, mais on s’en contente”, indique le directeur général de la cave, Thomas Bondu.

Le 16 septembre, les deux tiers de la récolte devaient être rentrés. Pinot, chardonnay, sauvignon, viognier, grenache blanc, vermentino et merlot ont tous été déjà récoltés. “Pour les blancs, la récolte a été intéressante tant sur le plan qualitatif que quantitatif. Les degrés sont conformes pour les sauvignons, autour de 12°, et avec des acidités malgré tout présentes contrairement aux chardonnays, dont les degrés ont pu atteindre 14°, et qui présentent des acidités très faibles”, commente-t-il. Pour les pinots, la récolte a été belle et bonne. “Cette année, nous avons des équilibres très intéressants, avec des pinots à 12,5° et qui ont un peu de couleur. C’est à marquer d’une pierre blanche, car c’est rarement le cas”, ajoute-t-il. Le merlot, qui est le deuxième cépage le plus planté à la cave après la syrah, a offert, en moyenne, une récolte globalement généreuse, mais avec des situations très disparates d’une parcelle à l’autre. Les degrés ont grimpé à plus de 14° et les acidités sont basses, du moins pour les parcelles irriguées. Enfin, pour les syrahs et grenaches en appellation, “on a du bien et du moins bien, car les parcelles grêlées en avril dernier ont eu du mal à se refaire. On arrive donc péniblement à 12,5°”, souligne-t-il. Traduction : tout le travail sera à faire à la cave. “Le travail d’élevage s’annonce primordial”, conclut-il.

Hors du secteur du Pic Saint Loup et des Terrasses du Larzac, tous les blancs ont été terminés depuis plus d’une dizaine de jours dans la vallée de l’Hérault, le Biterrois, le Minervois, les Côtes de Thongue et l’est montpelliérain. “Dans le Biterrois, sur les blancs, on relève une belle récolte avec des tonnages parfois importants, notamment sur les sauvignons et les viogniers”, indique Paul Hublart, chef du service viticulture à la Chambre d’agriculture de l’Hérault. Quant aux syrahs, la fin de la récolte est prévue pour ce vendredi. Le merlot, lui, a été vendangé intégralement. Reste, dans ce secteur, les cabernets et carignans.

Sur le littoral, autour de Lespignan, Sérignan, Cruzy, Puisserguier et Capestang, le top départ a été donné le 12 septembre. Dans la vallée de l’Hérault, les merlots sont rentrés aux deux tiers, ainsi que certains cabernets et syrahs. En Côtes de Thongue, les syrahs et merlots sont terminés, et les mourvèdres et clairettes devraient être attaqués en début de semaine prochaine. “En termes de quantité et qualité, globalement, on est sur une année très hétérogène au sein même des parcelles, d’une part, en raison du gel de 2021 et de la sécheresse de cette année. De fait, ceux qui ont eu le gel et ceux qui ont des parcelles irriguées feront de très belles récoltes. En revanche, dans les coteaux, les situations sont moins favorables, car il y a eu des blocages de maturité et de fortes charges en grappes”, détaille Paul Hublart.

Sur le plan sanitaire, la vendange est saine, “même si l’oïdium a donné cependant du fil à retordre à pas mal de vignerons. Son développement est dû au fait que beaucoup d’entre eux n’ont pas ou très peu traité à la suite du gel de 2021. On s’est donc retrouvé avec un inoculum très élevé”, relève Paul Hublart. Si les fortes chaleurs qui ont suivi auraient dû le freiner, tel n’a pas été le cas dans la partie sud du département et le long de la bande littorale en raison de nuits plutôt fraîches et humides. “Heureusement, la sécheresse à partir du 15 juillet a stoppé l’épidémie”, ajoute-t-il. Le black rot, quant à lui, a été vite maîtrisé, et l’eudemis n’a pas présenté trop de soucis. En revanche, la présence de cryptoblabes et d’ephestia a été relevée. “Sur les parcelles tardives, la vigilance est donc de mise, car beaucoup de vols ont été observés, ainsi que des larves”, conclut-il.

Gard : un millésime compliqué pour tous

Si à la cave coopérative de Roquemaure, Rocca Maura, on s’attend à des rendements faibles, “sur le plan qualitatif, il n’y aura pas de problème. La vendange est très saine, et nous n’avons eu aucun souci sanitaire sur les 400 ha que nous couvrons”, assure son président, Jacques Hilaire. Les vendanges ont débuté le 16 août pour les cépages blancs (chardonnay et grenache blanc), qui étaient alors à bonne maturité. “On a récolté de toutes petites baies, avec peu de jus et des peaux relativement épaisses. L’acidité est plutôt basse et les pH corrects. Mais on a réussi à avoir une bonne extractibilité des couleurs, ça ne dénote pas”, détaille le directeur de la cave, Olivier Mantovani.

La vendange des syrahs a débuté, elle, le 6 septembre, sur l’ensemble des secteurs couverts par la cave. La maturité était alors assez avancée, autour de 14,5°, et homogène d’une parcelle à l’autre. Mais, là encore, la cave s’attend à de très faibles rendements, de l’ordre de 30 à 50 % de moins, dus à la taille des baies et au manque de jus. Contrairement aux syrahs, les grenaches, dont la récolte a débuté le 12 septembre, présentent d’ores et déjà un profil hétérogène en matière de maturité. Aussi la cave fait-elle des contrôles de maturité réguliers avant de les rentrer (les degrés doivent être supérieurs à 14°). “On a des vendanges plus étirées que d’ordinaire, car si les blancs et les rosés ont été rentrés tôt, on attend pour les rouges”, précise-t-il. 

À l’échelle du département, l’avancée des vendanges diffère selon les secteurs. “Certains ont déjà terminé depuis la semaine dernière, d’autres n’ont commencé que depuis ce mardi dans la partie nord des Côtes du Rhône gardoises, en raison d’un manque de maturité des raisins. Si la pluie ne s’en mêle pas trop, dans la zone centrale du département et dans le sud, cette semaine, les cabernets et marselans devraient être finis, mais certains plutôt en milieu de la semaine prochaine”, indique Gérard Sanchez, directeur du secteur Gard du groupe ICV. Sur la partie Costières, une grosse partie est rentrée, et en zone Vin de Pays, au centre, piémont cévenol et frange ouest du département, il reste les cépages tardifs. Sur la zone Côtes du Rhône, la situation est là aussi contrastée : au sud, on observe des précocités en termes de maturité que l’on ne retrouve pas au nord mais, globalement, il y a de l’avance sur ce millésime. 

Au niveau des volumes, sur certains cépages, les quantités sont à la baisse (chardonnay, merlot, syrah, roussanne, viognier) en raison de la sécheresse et des températures très élevées durant une longue période. Si les cabernets sont peu rentrés, “on risque d’être dans des rendements bas comme pour les merlots”, précise-t-il. En revanche, les grenaches se sont bien comportés en zones de Vin de Pays, avec des rendements très corrects de 80 à 90 hl/ha. En zones d’appellation, à mi-récolte encore, en dépit du peu de recul, le rendement devrait être correct, hormis quelques secteurs en coteaux.

Sur le plan de la maturation, “c’est assez chaotique. Si les cépages précoces étaient très avancés, pour le reste, la maturité n’est pas allée assez vite. De ce fait, sa gestion sera délicate cette année, car on n’a pas atteint les niveaux habituels”, complète-t-il. Ainsi, en cave, les niveaux d’acidité étant bas sur les blancs et les rosés, il a fallu beaucoup acidifier. Sur les rouges, c’est moins gênant, “car les exigences en acidité sont moindres. En revanche, il faudra sans doute aller chercher de la matière, de la concentration et de l’épaisseur”, prévoit-il.


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