Vendanges : le climat marque son empreinte sur 2022

Publié le 05 octobre 2022

Les vendanges, commencées depuis début août dans certains secteurs, devraient se terminer la semaine prochaine. © VI 34

Sur le pied de guerre depuis début août, certains n’ont pas encore terminé leurs vendanges. L’essentiel, 80 à 90 % des volumes, est rentré en cave et les vendanges devraient se terminer dans une semaine. Cette année, il aura fallu tenir sur la durée, et jongler dans l’organisation des chantiers de récolte. Points clivants du millésime : les vignes ayant accès à l’eau et les autres, et la charge suite au gel de 2021.

Deux facteurs auront été particulièrement impactants pour ce millésime 2022 : l’accès à l’eau et les parcelles gelées l’an passé, très chargées cette année, ce qui n’a pas facilité la maturité. Autre caractéristique du millésime : les fortes chaleurs qui ont duré tout le mois de juillet. Selon l’âge de la vigne, la charge, et la réserve en eau, les vignes n’ont pas eu le même comportement. Sur le terrain, l’hétérogénéité est visible.

Gard : vendanges, le marathon

Les vinifications se déroulent sans difficulté, les moûts sont assez fermentescibles, avec de l’azote assimilable, facilement à 200-250 mg/l, quand on attend au minimum 150 mg/l. “On a eu très peu d’arrêts de fermentation”. La taille des baies est faible, ce qui impacte forcément les rendements. “Nous devrions être sur une petite récolte. À confirmer avec le retour des enquêtes de terrain que nous avons lancées, mais je pense que nous serons au-dessus de l’an passé, bien qu’en dessous de la moyenne. Peut-être aux alentours de 2,8 millions d’hectolitres.” Les blancs risquent d’être plus frais, moins solaires, et l’on devrait retrouver des écarts de qualité sur les rouges, selon la charge, l’accès à l’eau… Sur les malos, “on s’inquiétait de teneurs en acide malique un peu faibles, mais il n’y a pas de retard”. En blancs et rosés, on va pouvoir rapidement faire les assemblages, car tout est prêt.

Hérault : les pluies ont hâté les dernières vendanges

La fin des vendanges se rapproche aussi pour l’Hérault. Les résultats sont là également très variables selon les secteurs, la charge en raisins, le manque d’eau. “Lorsque l’eau n’a pas manqué, la récolte est belle. Même si la succession de pluies a un peu dégradé l’état sanitaire sur la fin, avec des vers de la grappe, des cryptoblabes...”, explique Laurent Vial, directeur de l’ICV 34. Des conditions sanitaires peu habituelles, qui ont parfois poussé à récolter, pour éviter une forte dégradation de l’état sanitaire, alors que la maturité n’était pas totalement atteinte. “Clairement aujourd’hui, ne se baser que sur la teneur en sucres n’est plus suffisant pour déterminer quand vendanger. Il y a de nouveaux indicateurs, dont on ne peut plus se passer“. Et cette année, avec les fortes chaleurs, maturités technologique et phénolique n’étaient pas à l’unisson. Globalement, la sécheresse a eu plus d’impact que de la pluie. Ainsi, comme partout, les baies sont plus petites. ”Ce critère se détermine avant la véraison. Les pluies tardives ne pouvaient pas impacter ce facteur.“ Les volumes devraient être proches de 2020, avec toutes les réserves, puisque les vendanges ne sont pas terminées. 

Parmi les cépages qui ont pu poser problème : les cinsaults, avec de grosses baies et des pellicules qui ont tendance à éclater, et dont la période de maturité coïncidait avec l’arrivée des pluies. ”Les cépages atlantiques se sont bien comportés – merlots, cabernets, grenaches – et cela a été plus difficile sur la syrah.“

L’une des caractéristiques de cette année,”c’est que la couleur n’est pas très présente.“ Les degrés sont très hétérogènes, avec des maturités tardives, et des degrés moins élevés qu’habituellement, ce qui est plutôt une bonne chose ”pour avoir des vins plus frais, plus faciles à boire“. Dans les caves, il y a eu un peu de pression microbienne durant les pluies, qui peut engendrer une compétition avec les levures et des jus plus fragiles.”Les vendanges sont longues, les vignerons et équipes sont fatigués. Pourtant il n’y a pas eu beaucoup d’erreurs. Tout le monde a su s’adapter à des vendanges qui n’ont pas été faciles.“Cette année, c’est une vraie course de fond.”Les maîtres-mots ont été réactivité et souplesse dans les chantiers de vendanges.“Sur les premiers rosés et blancs, les dégustations sont intéressantes,”lorsqu’ils ont été pressés rapidement et sans excès. On retrouve de belles expressions, de la finesse. C’est très aromatique et pas très coloré, ce qui plaît au marché. L’an passé, dans le département, le rosé représentait 40 % des volumes tout de même“.  

Pour ceux qui ont terminé, attention sur les vignes qui ont gelé l’an passé : ”Il ne faut pas lâcher et favoriser la mise en réserve pour l’an prochain. Tondre ou labourer, pour limiter la concurrence. Il sera bientôt temps, vers fin octobre, de planter les engrais verts pour l’hiver. Certains font même des traitements tardifs pour maintenir le feuillage le plus longtemps possible, et ainsi la photosynthèse et la mise en réserve.“

Aude : la syrah décevante 

Dans l’Aude, il reste encore un peu de raisin à rentrer et certains, comme dans les Corbières, sont encore à moitié vendange. Pour les autres, les vendanges tirent vers la fin et devraient se terminer la semaine prochaine. ”Tout le monde finit tôt“, explique Laurent Joussain, œnologue conseil sur le secteur du Minervois.

”Là où la sécheresse a sévi, le mal est fait. Pour ceux qui ont eu un peu d’eau, 30 mm vers fin juillet-début août, cela a fait du bien. Mais certains n’ont pas eu une goutte depuis fin mai, et 30 jours à 40°C.“ 
La syrah ne sera probablement pas à son optimum cette année. Il aura fallu attendre pour gagner en maturité. ”C’est un cépage de base des assemblages, particulièrement soigné par les viticulteurs. On a déjà eu quelques frayeurs, mais généralement, au final, elle s’en sort toujours assez bien. Avec ce millésime, on va peut-être voir les limites de ce cépage, face au réchauffement climatique“, indique Laurent Joussain, conseiller sur le secteur du Minervois. Les états sanitaires sont variables, avec parfois quelques moûts qui ne sont pas très nets, et globalement moins de concentration.”Les moûts de syrah présentent des profils avec beaucoup de sucrosité, des attaques et des tanins un peu raides.“

Les volumes sont très hétérogènes : ”Sur les trois vagues de pluies, certains ont eu 5-0-7 mm, et d’autres 50-5-10 mm“. Cela change tout. Il y a de jolis carignans, cabernets, des grenaches, parfois un peu trop mûrs. ”Sur les cépages intermédiaires, cela a été un peu compliqué. “Il y a de jolis résultats sur sauvignon et chardonnay. La déception, c’est plutôt la syrah, même chez ceux qui irriguent.

Pour le rosé, il est un peu tôt pour les évaluer, ”mais les vinifications ont été plus simples l’an passé, sur la couleur et l’aromatique. En rouge, il faudra décuver rapidement, car on manque de qualité sur les tanins“.

Le trait marquant de cette année est le fort marquage du millésime. Sans eau, pas de miracle, malgré les multiples outils et technologies de l’œnologie.

Magali Sagnes


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