Vendanges 2021 dans l'Hérault : Bérézina assurée

Publié le 14 septembre 2021

Après avoir débuté la tournée des vendanges à la cave coopérative de L’Ormarine, les représentants de la filière viticole de l’Hérault ont conduit le préfet dans les vignes de Villeveyrac, puis au Domaine de Font-Mars, à Mèze. © F. Guilhem

La traditionnelle tournée des vendanges, à laquelle est toujours invité le préfet de l’Hérault, s’est déroulée, le 6 septembre, dans le secteur de Villeveyrac. L’occasion pour la profession viticole de présenter au nouveau préfet, Hugues Moutouh,la situation de la filière dans le département, marquée cette année par l’épisode de gel en avril dernier.

Il est des vendanges qui ont un goût amer. Celle de 2021 en fera incontestablement partie. "Monsieur le préfet, pour votre première tournée des vendanges, on aurait aimé vous accueillir dans un meilleur moment. Mais, avec les dégâts provoqués par le gel, en avril dernier, la profession est, aujourd’hui, particulièrement meurtrie. Et l’on se demande tous qu’est-ce qui va bien pouvoir nous être épargné en 2021 ?", s’interroge à voix haute le président de la Chambre d’agriculture de l’Hérault, Jérôme Despey. 

Meurtrie, la profession viticole l’est au-delà de ce qu’elle aurait pu imaginer. Entre les vignes complètement gelées en avril sur l’ensemble du territoire héraultais et celles qui avaient l’air d’avoir survécu, mais qui n’ont pas rendu de fruit, des caves particulières aux caves coopératives, le compte n’y sera pas cette année. "Outre les pertes sur les vignes gelées, on comptabilise autour de 30 % de pertes sur les vignes non gelées, principalement sur les merlots. Il y a eu beaucoup de phénomènes de coulure et de millerandage. Enfin, si la pression mildiou a été plutôt bien gérée, la sécheresse tardive a également eu un effet néfaste sur le développement de la vigne", ajoute-t-il. "Il y avait parfois du beau raisin, mais quand on le rentre, il n’y a pas de jus", indique, de son côté, la présidente de la FDSEA, Sophie Nogues. 

Une récolte pratiquement divisée par deux

Les vendanges, débutées il y a un peu moins de trois semaines, laissent désormais présager le pire en termes de récolte, soit 3 millions d’hectolitres (Mhl), "peut-être 2,9 Mhl contre 5,5 Mhl l’an dernier, dans le bassin viticole du Languedoc-Roussillon, et autour de 8,5 Mhl contre 12 Mhl à l’échelle de l’Occitanie", indique le président de la Chambre d’agriculture. L’absence de raisins fait aussi que certaines structures étaient déjà à la moitié de leurs vendanges au 6 septembre. 

À la cave coopérative de L’Ormarine, qui regroupe 580 adhérents pour 3 600 hectares, la récolte de cette année sera divisée quasiment de moitié par rapport à celle de l’an dernier, soit autour de 145 000 hl contre près de 249 000 hl en 2020. "Certains de nos adhérents ont tout perdu avec le gel, ce qui va impacter leur revenu, puisque leurs acomptes vont fondre à compter de janvier 2022. L’autre problème que nous allons rencontrer est notre capacité à honorer nos contrats pluriannuels. En effet, avant les vendanges, nous avions déjà 160 000 hl de pré-vendus. On ne les aura pas", indique Grégory Farras, président de la cave coopérative. Cette dernière pourra cependant compter sur les 130 000 hl mis de côté l’an dernier. 

Une profession en détresse

Un désastre auquel n’échappent pas plus les caves particulières, dont le chiffre d’affaires a déjà fondu de moitié avec la crise sanitaire. "Nombreux sont les vignerons qui ont envie d’envoyer tout péter et de partir à la retraite plus tôt que prévu. Tout comme les caves coopératives, les vignerons indépendants ont des frais fixes dans leur cave. On nous a dit que cela allait être pris en compte. On attend. On nous demande de faire des groupements d’employeurs. On le fait, mais l’exonération des charges n’est pas prise en compte par la MSA. Ce n’est pas normal. Tout cela est vraiment désespérant", s’insurge, pour sa part, François-Régis Boussagol, président des Vignerons indépendants de l’Hérault. 

"Ces vendanges marquent le moment d’un deuxième choc pour notre profession déjà bien en détresse", emboîte le pas Cédric Saur, président de la MSA Languedoc. Et tous de redouter que des suicides ne se produisent dans cette filière d’ordinaire épargnée par ce drame. Aussi "faudra-t-il être très attentif aux questions de santé psychologique, car on avait un peu d’espoir, mais il est tombé", souligne Henri Cabanel, sénateur de l’Hérault, qui a pris le sujet de la prévention du suicide chez les agriculteurs à bras-le-corps. Si des mesures exceptionnelles ont été prises pour venir en aide à la filière viticole (Plan de soutien, Plan de relance, aides régionales et départementales, etc.), "le gros reste à venir. Il y a, à présent, des dossiers à remplir. Dans les mesures prioritaires, il faut que soient appliqués une simplification administrative et le dégrèvement de la taxe sur le foncier non bâti", rappelle-t-il. 

Gestion des risques et changement climatique

Outre les aides, les situations délicates liées notamment au dérèglement climatique se succéderont inévitablement, sait parfaitement la profession. "La question ne se pose plus de savoir si le changement climatique, on y est ou pas. On y est. La profession a décidé de prendre le sujet à bras-le-corps et de travailler à la fois à l’adaptation et à l’atténuation du changement climatique. Notre filière viticole a d’ailleurs présenté, le 26 août dernier, au ministre de l’Agriculture, sa stratégie d’adaptation face au changement climatique", rappelle Jérôme Despey. (cf. notre édition du 3 septembre 2021).

Sept domaines prioritaires ont été retenus, qui visent notamment à favoriser un matériel végétal adapté, agir sur les pratiques œnologiques, suivre les évolutions du marché et garantir la production, ou encore renforcer la recherche, le développement, le transfert et la formation.  Pour ce qui concerne les besoins en eau, la profession attend aussi beaucoup du gouvernement, notamment sur tous les travaux possibles d’extension des réseaux existants. Par ailleurs, un travail en collaboration avec les communes et les intercommunalités a été entrepris sur la réutilisation des eaux usées et les retenues d’eau. 

Enfin, la refonte du système de la gestion des risques, que réclame la profession, s’impose. "Le système est à bout de souffle. On demande que le système s’appuie à la fois sur l’appel à la solidarité nationale, la réassurance et l’application du règlement ‘Omnibus’. Il faut acter une baisse du seuil de déclenchement des pertes de rendement, une augmentation du taux de subvention, et  que soit revue la méthode de calcul de la base assurable fixée sur la moyenne olympique", rappelle le président de la Chambre. Des annonces sur ces sujets devraient être faites lundi.

Florence Guilhem


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