Vendanges 2020 : une récolte qui devrait être supérieure de 10 % par rapport à celle de 2019

Publié le 08 septembre 2020

Yvon Pellet, délégué départemental à la viticulture ; Jacques Witkowski, préfet de l’Hérault ; Jérôme Despey, président de la Chambre d’agriculture 34 ; Patricia Mirallès, députée ; et Bernard Pallisé, directeur de la cave de Montpeyroux. (© FG)

Comme chaque année, la profession agricole organise une visite viticole pour le préfet de l’Hérault. Rendez-vous était donné cette année, le 31 août dernier, dans le secteur de l’appellation Terrasses du Larzac, tout d’abord à la cave coopérative de Montpeyroux, puis à Lagamas, dans une cave particulière.

Décidément, cette année se distinguera définitivement des autres pour le monde viticole dans son ensemble. Difficile, compliquée, complexe, chahutée... Les adjectifs ne manquent pas pour qualifier 2020, avec les inquiétudes suscitées dès 2019 par les effets du Brexit, la taxe Trump, les soubresauts du marché chinois et une consommation de vins structurellement en baisse depuis des années, surtout pour le vin rouge. La pandémie du Covid-19 a fini de précipiter la profession viticole dans le brouillard le plus total quant à son devenir. Chahutée, l’année 2020 l’est également avec des vendanges plus précoces, de huit à dix jours, ajoutant de la pression sur la filière.

Mais dans ce "tableau noir", quelques points de lumière émergent. Et pour cause. "La récolte se passe presque idéalement. Pourvu que ça continue", déclarait Jacques Witkowski, préfet de l’Hérault, devant un parterre d’organisations professionnelles agricoles. Idéal ? Avec un hiver doux, un printemps pluvieux et chaud avec peu de gelées, des épisodes de grêle très localisés, un risque mildiou finalement bien jugulé, tout est incontestablement réuni pour que le millésime 2020 soit de belle facture tant en matière de qualité que de quantité. "On devrait se situer autour de 5,3 Mhl, ce qui représentera une récolte supérieure de 10 % par rapport à celle de 2019. C’est plutôt une bonne nouvelle. Nous sommes actuellement à un quart des vendanges (à la date du 31 août, ndlr). Les conditions actuelles que nous avons avec de belles journées et le retour de la fraîcheur la nuit, puis les pluies de ce week-end, qui ont été un vrai soulagement pour de nombreux territoires, vont finir d’apporter de belles maturités aux raisins", précise le président de la Chambre d’agriculture de l’Hérault, Jérôme Despey.

Un secteur ébranlé par la crise du Covid-19

Pour la cave coopérative Castelbarry, à Montpeyroux, où débutait la visite, en fin de matinée, le Covid-19 a donné un coup d’arrêt à la commercialisation. "Déjà que la commercialisation était très tendue avec la perte de parts de marché des vins en appellation d’origine (+ 50 % des volumes de la cave sont en AOP, ndlr), la crise du Covid-19 a encore plus compliqué la donne. Nous avons dû avoir recours à du chômage partiel. Nous avons, de plus, fermé le caveau de vente, et des marchés se sont arrêtés du jour au lendemain. Si l’activité a repris depuis le déconfinement, elle se développe différemment de ce qu’elle était avant la crise", détaille le président de la cave coopérative, François Boudou. 

Même constat du côté du syndicat des Terrasses du Larzac, avec la fermeture du secteur CHR (cafés, hôtels, restaurants), à l’arrêt pendant trois mois, et l’effondrement de la vente aux particuliers dans les caves. "Pour ceux qui viennent de s’installer, l’année a été particulièrement rude en raison de ce contexte. Mais cela a été aussi compliqué pour les grosses structures qui exportent loin, par exemple en Chine ou aux États-Unis", rappelle le président du syndicat, Sébastien Fillon. Mais si le secteur a été bien ébranlé par cette crise, État et collectivités territoriales ont réagi aussitôt pour lui venir en aide.

Un soutien unanime… mais

Entre les mesures de soutien économique pour les entreprises, le plan national de soutien à la filière d’un montant de 250 M€ – incluant notamment la distillation de crise et le stockage privé – le plan régional d’un montant de 14 millions pour faire la promotion et relancer la vente des vins de la région, le plan de relance de 2,25 M€ du Département (voir encadré), tout le monde a répondu présent et de façon unanime. Mais si les raisons de se réjouir ne manquent donc pas, entre autres sur le fait que la distillation a permis d’assainir le marché, quelques couacs subsistent encore que la profession s’est fait fort de rappeler.

Ainsi en a-t-il été au sujet de la demande de la profession concernant la mise en place d’un fonds de compensation de 250 M€, hors impact Covid-19, pour atténuer l’impact des taxes Trump, qui s’appliquent depuis le 18 octobre sur l’export des vins français. "On nous balade sur le sujet entre la France et l’Europe, mais dois-je encore rappeler que c’est un préjudice qui n’est pas le nôtre", martèle le président de la Chambre d’agriculture. 

Autre sujet de bataille : les exonérations de charges auxquelles la viticulture n’a pas eues droit, puisqu’elle n’a pas été confrontée à des fermetures administratives. Incompréhensible, relevaient le secrétaire général de la FDSEA de l’Hérault, Jean-Pascal Pelagatti, et le président de la MSA Languedoc, Cédric Saur, et injuste. Et, chacun, à tour de rôle, de demander la révision des seuils de perte de chiffre d’affaires et de périodes de référence (actuellement en baisse
de 80 % d’activité entre mars et mai).  Un seuil et des périodes de référence absurdes, renchérissait le président des Vignerons indépendants de l’Hérault, François-Régis Boussagol, rappelant que les viticulteurs étaient payés 60 à 80 jours après la retiraison. Autrement dit, "l’impact sur le chiffre d’affaires n’a commencé à se ressentir qu’à partir de juillet", dit-il. 

Selon les déclarations du ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, lors de sa visite dans le Bordelais, le 29 août dernier, le sujet des exonérations de charges devrait être remis sur la table lors des prochaines lois de Finances, pour la fin de l’année. Il pourrait s’agir d’allègements pour 2021. Autre bataille de la profession : que la filière ne soit pas oubliée dans le plan de relance.

Florence Guilhem


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