Une seconde vie pour les déchets de la conchyliculture et de la pêche

Publié le 10 mars 2020

Des coquilles d’huîtres recyclées sont utilisées dans les engrais agricoles, l’alimentation animale, l’agroalimentaire, mais aussi le médical, le BTP, les cosmétiques…

Le pôle de compétitivité Agri Sud-Ouest Innovation organisait, le 27 février, en partenariat avec la Chambre d’agriculture et la Chambre de commerce et de l’industrie de l’Hérault, une réunion sur la valorisation des coproduits de la pêche et de la conchyliculture, au lycée de la Mer, à Sète.

Saviez-vous que lorsque vous avez arpenté le Parc naturel de Camargue et avez foulé le sable de vos pas, celui-ci contenait du sable coquillier d’huîtres ? Cosmétiques, montures de lunettes, engrais, amende-ments, alimentation pour les volailles... Fini le tas qui sèche au soleil ou les coquilles brisées épandues sur les chemins en guise de remblais. Coquilles d’huîtres et de moules, mais aussi déchets de poissons ont une seconde vie, entrant de plain-pied dans l’économie circulaire, au cœur des politiques environnementales voulues par les pouvoirs publics. Et c’est d’autant plus une manne que la ressource est là, et ne demande qu’à être exploitée.

C’est la raison pour laquelle le pôle de compétitivité Agri Sud-Ouest Innovation en a fait une de ses orientations de recherche, soit la valorisation intégrale de la biomasse, en exploitant notamment le potentiel des coproduits. “Il était naturel que le pôle Agri Sud-Ouest Innovation, situé sur les deux façades maritimes de l’Occitanie et de Nouvelle Aquitaine, s’intéresse à cette nouvelle voie de valorisation des produits de la pêche et de la conchyliculture pour l’agriculture, l’agroalimentaire, mais aussi le médical, le BTP...”, explique, en préambule, Catherine Sciberras, déléguée territoriale Occitanie du pôle Agro Sud-Ouest Innovation, lors de la réunion d’information au lycée de la Mer, le 27 février, à Sète. 

Des expériences de laboratoire…

Des voies de valorisation pertinentes et innovantes sont d’ailleurs explorées par le laboratoire CRITT CATAR de l’Ensiacet, qui travaille, entre autres, sur la valorisation des produits et des coproduits par voie chimique. “Parmi les thèmes de la R&D, nous explorons le fractionnement éco-raisonnée de la biomasse, les agro-matériaux, la transformation chimique de la biomasse, la caractérisation et les propriétés physico-chimiques, les biomolécules...”, énumère Gérard Vilarem, directeur du laboratoire. En ce qui concerne les projets en aquaculture et pêche, le laboratoire planche sur les fractions organo-minérales issues des huîtres et des moules, le collagène issu des mollusques bivalves, ainsi que des ateliers de découpe saumon/truite, ou encore sur les fertilisants. 

“Sur les huîtres, on a cherché à valoriser la nacre à des fins cosmétiques et pour des revêtements”, commente le chercheur. Le laboratoire travaille aussi sur les protéines récupérées des coquilles pour des fins nutraceutiques, et sur le carbonate de calcium pour obtenir des piments. Pour la société Providentiel coquillages, le CRITT CATAR a élaboré des process pour que les coquilles d’huîtres puissent être recyclées en amendements, pour l’alimentation avicole, le paillage et le jardinage. Sur les moules, les recherches sont orientées dans la même direction, “sauf que par rapport à l’huître, ce n’est pas même le même processus de structuration”, souligne-t-il. Mais s’il y a bien un sujet qui retient l’attention du laboratoire, c’est le byssus de la moule, ce faisceau de filaments qui lui permet de se fixer sur un support, et à partir duquel il est possible de faire du collagène. De la colle aux matériaux, en passant par les cosmétiques, la chirurgie esthétique, l’alimentation humaine et animale, les engrais, les amendements, etc., les coproduits d’huîtres et de moules ont, à l’évidence, une seconde vie.

… aux réalisations sur le terrain

Entre les ports de pêche et les ports conchylicoles de l’Hérault et de Méditerranée, il y a en effet de quoi faire.
Si la valorisation des coproduits d’huî-tres et de moules est la spécialité de la Coved, usine spécialisée dans la collecte et le recyclage des déchets à Mèze (lire ci-dessous), l’entreprise Veolia a choisi, elle, de jouer la carte de la valorisation des coproduits de la pêche. Ces derniers sont des têtes de poissons, d’arêtes, de filets et un peu de crustacés, considérés comme des déchets pour les industries.

Avec son programme ‘Recyfish’, Veolia collecte tous les déchets provenant des criées, de la grande distribution, des grands opérateurs qui font de la préparation de poissons, des casses de frigos et des saisies douanières en Occitanie et en Paca. Tous ces coproduits sont conditionnés dans des caisses palettes en plastique, transportés à l’usine de production d’engrais organiques de Béziers, géré par la société Angibaud. 

Tous les engrais qui sortent de l’usine, et partent dans le monde entier, sont sans intrants chimiques, et peuvent être utilisés en agriculture biologique. “C’est un véritable exemple d’économie circulaire, et qui permet d’avoir des engrais organiques de qualité pour la viticulture, le maraîchage, l’arboriculture, mais aussi les grandes cultures, l’horticulture ou encore les espaces verts. La difficulté que nous avons est l’accès à la ressource. L’usine de Béziers travaille 1 000 tonnes de coproduits par an alors qu’elle peut en traiter jusqu’à 5 000 t”, soulève Christophe Mateu, directeur de développement de la partie déchets Occitanie chez Veolia. À bon entendeur...

Chez Authentic Material, start-up toulousaine créée en 2016, on recycle les matières naturelles d’exception : cuir, corne, bois, coquillage, plume ou autre. Chaque coproduit issu de ces matières offre d’infinies possibilités. “Toutes la matières premières sont récupérées, puis transformées en matériaux recomposés ou en composites”, explique Kevin Pruvost, d’Authentic Material. Ses matériaux sont vendus à des marques de luxe, qui valorisent l’économie et l’histoire du produit. Des couteliers de Laguiole et de Thiers font des manches en cuir recomposé. Dakomotto fabrique, elle, des lunettes avec un composite de coquillages et de cuir. D’autres composites naturels servent à produire des flacons de parfum et de cosmétique… Comme le dit le dicton, “rien ne se perd, tout se transforme”. 

Florence Guilhem

 


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