Une conduite irréprochable de la vigne, c'est possible !

Publié le 25 juin 2019

En ces temps incertains, le changement climatique, la pression sanitaire et les attentes sociétales poussent à plus de précautions. Le 13 juin, la Chambre d'agriculture du Gard a proposé un tour d'horizon de l'actualité du vignoble et de ses contraintes intrinsèques, dans les vignes enherbées de la famille Gassier (Château de Nages) à Caissargues. Les communes de Vauvert, Aubord, Bellegarde, Le Cailar, Aimargues, la communauté de communes Terre de Camargue, le syndicat mixte des nappes Vistrenque et Costières, avec l'Agence de l'eau, y ont pris part.

Animateur captage prioritaire à la Chambre d'agriculture du Gard, Yves Nouet a souhaité rappeler que les vignes qui ont accueilli cette réunion au grand air se trouvaient en zone vulnérable, sur la plaine de la Vistrenque. "Territoire sensible aux pollutions par les nitrates", soumis à une "réglementation supplémentaire pour les exploitants agricoles", d'après la directive Nitrates, il comprend 35 communes du Sud nîmois. Les alternatives au désherbage chimique, le choix de l'engrais vert, comme la bonne gestion de la fertilisation azotée sont autant d'orientations encouragées, pour améliorer les pratiques culturales.

Le mythe déconstruit des cépages résistants

Fraîchement arrivée à la Chambre comme responsable du pôle viticulture, depuis début avril, Anne Sandré a tenu à évoquer le sujet qui agite le Landerneau viticole depuis des mois, voire des années. Entre espoir et manque de recul, les cépages résistants sont un "sujet à la mode", mais à relativiser cependant. "Désolée de casser un peu le mythe", a prévenu la conseillère. S'ils sont une marque indéniable de progrès, les cépages résistants aux maladies (oïdium, mildiou) en sont encore aux balbutiements, à l'échelle de l'histoire de la vigne. "Nous ne disposons pas d'assez de recul sur les porte-greffes, les maladies, les ravageurs", a insisté Anne Sandré. "Les cépages non classés (au catalogue officiel, ndlr) peuvent être plantés pour l'expérimentation, mais sans produire de vin avec", a précisé la spécialiste. Croisements entre les variétés Bouquet et des variétés allemandes, les variétés Resdur artaban et vidoc (rouge), et floréal et voltis (blanc) ont été inscrites au catalogue. "Pour l'instant, la résistance au mildiou est excellente, et totale contre le mildiou, même si l'on n'est pas à l'abri d'un détournement", a prévenu Anne Sandré. Si floréal s'avère "peu sensible" au black rot, on manque de recul concernant le comportement face à la flavescence dorée. Du côté des cépages allemands, précoces et peu productifs dans nos contrées, "ils sont tous contournés", a indiqué Cyril Cassarini, conseiller viticole à la Chambre. Quant au soreli (cépage italien classé), malgré sa précocité moyenne et sa bonne productivité, il peut aussi être contourné. Le "zéro traitement" est encore un vœu pieux, mais le passage à deux traitements antifongiques est un début encourageant.

Irrigation : des doses efficientes

Non moins capitales, la stratégie en eau et l'irrigation sont aujourd'hui incontournables, a poursuivi Cyril Cassarini. Du débourrement à la récolte, la vigne a soif à raison de 400 à 600 mm d'eau par an. Dans la zone, le sol en dispose suffisamment à la fin de l'hiver, "dans 99 % des cas", assure le conseiller. En cas de besoin supplémentaire, et d'évapotranspiration (ETP) accrue, il faut prévoir 2,5 mm/jour, ou 1,5 mm/jour en zone irriguée, soit 150 m3/ha. Pour un apport efficient en eau, Cyril Cassarini conseille 200 mm régulièrement, qui peut conduire au même rendement qu'au rythme de 400 mm, en arrosant abondamment tous les 15 jours. "On n’augmente pas le potentiel de production mais le degré. Le rendement photosynthétique est alors plus important." Avec 1,5 mm, "c'est un plus qualitatif", entre 2,5 et 3 mm, "là le volume augmente, d'environ 30 %". Hors appellation, quand l'eau a manqué, sur cépages tardifs, ceux qui ont coupé l'irrigation au 15 septembre, ont eu de mauvaises surprises au moment des récoltes.

Les sondes Watermark sont recommandées pour mesurer l'état hydrique de la plante, sur le mode d'un tensiomètre. "Il faut commencer à irriguer avant que la vigne entre en stress, sinon il est trop difficile à rattraper", avertit le conseiller.

Philippe Douteau


“On compte beaucoup de matière organique sur la plaine de Beaucaire. Dans les analyses de sol, on trouve 3 % de matière organique, c'est énorme. Mais il y a un risque d'engorgement", a expliqué Cyril Cassarini, conseiller viticole (CA 30).

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