Une campagne laborieuse

Publié le 03 septembre 2019

La fraîcheur printanière suivie du début d’été caniculaire ont été lourdement défavorables à l’activité des ruches.

Les conséquences de la météo printanière, très difficile, puis de la canicule de juin, sont importantes pour la production apicole dans la région. Sans un automne pluvieux et un nouvel hiver doux, la facture risque d’être salée pour les professionnels du secteur.

Cette campagne mellifère 2019 restera marquée par les obstacles climatiques pour les apiculteurs, en Occitanie et dans tout le pays. Après un hiver plutôt doux – qui a contribué à rendre plus précoce la sortie d’hivernage des colonies d’abeilles –, le printemps qui a succédé a mis fin à cette dynamique par une fraîcheur inhabituelle. “Le mois de mai le plus froid de toute l’histoire”, souligne ainsi Eric Lelong, président national de l’interprofession InterApi, également président de la commission apicole de la FNSEA.­­

Les conséquences de ce printemps frileux sont doubles pour les colonies d’abeilles : non seulement il a provoqué un coup d’arrêt à la reprise d’activité des colonies, mais il a, en parallèle, compliqué la floraison du colza et de l’acacia, deux cultures permettant la production des premiers miels de printemps. “Les abeilles sont sorties ‘à bloc’ de cet hiver doux pour leur couvain, alors que les températures printanières sont restées fraîches. Elles ont dû dépenser une énergie importante pour réchauffer les couvains. En parallèle, il y avait peu de nectar disponible dans les fleurs pour nourrir les abeilles naissantes, donc les reines ont arrêté de pondre. Le cycle a été cassé, avec une diminution et une fragilisation des populations d’abeilles”, détaille Eric Lelong.

 

Des floraisons chaotiques

La floraison des châtaigniers, qui suit celle des acacias, s’est elle-aussi révélée chaotique dans la plupart des secteurs où les apiculteurs régionaux déplacent leurs ruches : Montagne Noire, Lozère, Ardèche. “A l’exception d’un secteur relativement préservé au sein de la Montagne Noire, les châtaigniers n’ont pas donné. On ajoute à cela que, suite à ce mois de mai froid, nous avons enchaîné avec un mois de juin caniculaire, qui n’a pas favorisé non plus l’activité des ruches”, poursuit l’apiculteur. Ces fortes chaleurs de juin ont raccourci la période de floraison des lavandes, qui permet la production d’une miellée importante, recherchée et valorisée.

Tout cela est d’autant plus inhabituel que, même si nous sommes habitués au fait que la fleur d’acacia soit fragile, la surprise est totale pour les châtaigniers et lavandiers, dont les fleurs sont robustes. Mais là où nous sommes dans le domaine du jamais-vu, c’est sur le tournesol”, se désole Eric Lelong. Pour les apiculteurs, le miel de tournesol permet une production de quantité qui assure la pérennité financière des entreprises.

En début d’été, les apiculteurs placent leurs ruches à proximité des cultures de tournesol en vallée du Rhône ou à plus à l’ouest de Castelnaudary. “Je place mes ruches dans le secteur de Montélimar, et c’est assez catastrophique. Sur les 170 ruches suivies avec des balances connectées, la production a été nulle, avec même une perte de poids au sein des ruches pendant trois semaines”, décrit avec amertume Eric Lelong. Même si du miel de tournesol a été produit dans le secteur plus à l’ouest, la situation n’en restait pas moins préoccupante aux dires d’Eric Lelong : “Avec, dans le secteur de Montauban, des quantités de production par ruche plus proche des sept à huit kilos que des vingt-cinq kilos récoltés au cours d’une année normale. L’activité des abeilles améliore la qualité des graines de tournesol et on en vient même à se demander si elles sont allées sur les tournesols”.

 

L’espoir d’un nouvel hiver doux

Les premiers chiffres ne sont pas encore remontés, mais Eric Lelong table volontiers sur une baisse de production de 30 à 50 % dans la région. “Certains espèrent encore faire de l’arbousier mais là encore, il semble que la floraison soit faible ou tardive. Il ne reste que de la bruyère pour ceux qui peuvent installer des ruches dans les secteurs comme Lacaune en Aveyron”, termine Eric Lelong.

Tous les espoirs se fondent donc à présent sur une pluviosité conséquente en automne, qui enclencherait une reprise des pontes avant l’arrivée de l’hiver, en accompagnement d’une stimulation protéinée apportée par les apiculteurs, normalement fournie par le pollen. L’hivernage serait ainsi abordé de manière un peu plus sereine, à condition que les températures hivernales restent aussi douces que lors de l’exercice précédent. “Si l’on subit un hiver rigoureux derrière ça, le mot catastrophe ne sera pas galvaudé pour les apiculteurs”, prédit Eric Lelong.

 

Olivier Bazalge


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