Un séminaire pour l’agropastoralisme

Publié le 21 octobre 2020

Au Gaec du Roc, dans la Haute Vallée de l’Aude, les conférenciers sont passés outre des conditions météo difficiles pour mesurer la réalité du parcours suivi par les élevages de la famille Moreno. © DR

à l’heure du débat public sur l’agriculture et de la convention citoyenne pour le climat, l’association des Chambres d’agriculture pyrénéennes a organisé un séminaire pour apporter un éclairage sur la plus-value que représentent, pour les territoires concernés, les espaces pastoraux et les systèmes de production qui en découlent. Le débat sur l’avenir des exploitations et des territoires de montagne et pastoraux s’est doublé de visites sur le terrain illustrant les problématiques et solutions concrètes des exploitations.

Les 1er et 2 octobre, l’association des Chambres d’agriculture des Pyrénées (ACAP) a accueilli à Ax-les-Thermes, en Ariège, un séminaire transversal sur le pastoralisme, dans le but de mettre en avant les surfaces pastorales comme vecteur de valeurs économiques, environnementales et sociales.

Au cours de cette conférence, un portrait des pratiques pastorales françaises et leurs bienfaits a pu être dressé dans toute leur diversité, à travers une description d’exploitations pyrénéennes, alpines, mais aussi du Jura, du Massif central ou de Haute-Corse. Avec près de 10 millions d’hectares de surfaces toujours en herbe et 1,5 million index d’UGB (unité de gros bétail), les plus de 40 000 exploitations agropastorales françaises valorisent près du tiers de la surface agricole du pays. En France, le pastoralisme se caractérise notamment par la diversité des types d’élevage concernés (lait, ovins, bovins, caprins, porcins, équins) ainsi que l’étendue et la diversité des milieux naturels pâturés : estives de haute montagne, prairies de moyenne montagne, parcours méditerranéens, milieux humides de Camargue ou des marais de l’Atlantique.

Productions diversifiées de qualité, valorisation de la ressource naturelle par le pâturage des animaux, entretien des paysages, lutte contre les risques naturels, puits de carbone et atténuation du changement climatique : les arguments déployés par les défenseurs de l’agropastoralisme ne manquent pas face aux enjeux climatiques et sociétaux actuels, et auxquels l’agriculture et les territoires sont confrontés.

Enfin, cette pratique est issue d’un savoir-faire ancestral, qui prend pour support les surfaces pastorales, sur lesquelles aucune autre production que l’élevage extensif n’est possible.

L’exemple méditerranéen

Dès 2010, puis en 2015, en affinant les règles d’éligibilité aux aides de la Pac, l’Union européenne et la France ont reconnu les valeurs économiques, environnementales et sociales de ces surfaces. Les professionnels du réseau montagne et du pastoralisme français sont à présent farouchement déterminés à sécuriser ces avancées dans les politiques agricoles.

Planifié sur deux jours, ce séminaire a tenu à mettre l’accent sur les réalités du terrain d’exploitations pratiquant le pastoralisme.  La deuxième journée a ainsi été consacrée à des visites de terrain, dans l’Ariège, puis dans l’Aude.

“Si les exploitations ariégeoises présentées avaient vocation à mettre en avant l’aspect collectif et montagnard avec la montée des troupeaux en estives, l’exploitation audoise a, quant à elle, été choisie pour illustrer un fonctionnement individuel plus caractéristique de l’arc méditerranéen, où l’ensemble du parcours est pratiqué au sein de l’exploitation même, sans estives”, indique Raphaële Charmetant, chargée de mission pastoralisme à la Chambre régionale d’agriculture d’Occitanie.

Présentant en outre l’intérêt d’être située en zone Natura 2000, c’est une exploitation historique de la Haute Vallée qui a été choisie dans l’Aude. Exploité par la famille Moreno, le Gaec du Roc, situé à Brenac, pratique l’élevage d’ovins et a diversifié son activité avec des bovins Aubrac, des chevaux comtois.

Agropastoralisme et diversification

Plus original, et correspondant à l’arrivée sur l’exploitation de la dernière génération incarnée par Amandine et Olivier, frère et sœur, le Gaec du Roc a également choisi d’ajouter une corde à son arc, en se lançant depuis quelques années dans la viticulture, mais avec des cépages gewurztraminer, pinot gris et pinot blanc, plus usuels dans d’autres régions viticoles plus septentrionales.

“A travers cet exemple, nous avons souhaité montrer que la pratique de l’estive en altitude n’est pas la règle générale de l’agropastoralisme. Les landes méditerranéennes, avec leurs genévriers, glands, genets scorpions et autres, sont des ressources fourragères intéressantes dans l’objectif d’une production valorisée. C’est un exemple représentatif de ce qui se pratique en contexte méditerranéen”, souligne également Claudine Vibert, cheffe du pôle territoires de la Chambre d’agriculture de l’Aude.

De plus, au sein de cette exploitation, le pastoralisme se place au service de l’idée de diversification, avec des équins, qui même s’ils sont en effectifs moins importants, passent à la suite des ovins ou des bovins sur le parcours, car n’ayant pas une nécessité de valorisation en viande ou en production laitière fromagère. “Malheureusement, c’est une race d’ovins à poils longs qui est élevée au Gaec du Roc, ce qui est difficilement compatible avec le viti-pastoralisme pour l’entretien des interrangs en hiver. Leur toison se prend dans les palissages. En revanche, la famille Moreno y trouve un intérêt certain pour l’entretien de l’enherbement sous ses cultures d’amandiers”, ajoute Claudine Vibert.

Olivier Bazalge


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