Un mildiou plutôt bien contenu

Publié le 23 juillet 2020

Si des pertes complètes liées au mildiou ont pu être à déplorer, la vigilance, le maintien d’une protection appropriée, ainsi que des conditions climatiques plus sèches, ont permis de contenir les dégâts sur grappes. © OB

Au cours des mois de mai et juin, le vignoble régional a fait face à des conditions très inquiétantes de développement du mildiou. Malgré des frayeurs qui ont rappelé aux mauvais souvenirs de 2018, les conséquences sont, pour l’heure, limitées. Côté récolte, précocité et générosité devraient caractériser ce millésime en région.

Alors que le stade fermeture de la grappe est à présent atteint sur les cépages et zones les plus tardives de la région, les risques liés à la pression du mildiou se sont largement atténués. Si des symptômes restent toutefois présents sur feuilles et grap-pes, la progression de la maladie tend à se stabiliser à l’échelle régionale.

Dans l’Aude et l’ouest de l’Hérault, où les fortes pluies ont empêché des interventions indispensables, des pertes de récolte ont tout de même été à déplorer sur des parcelles très exposées de l’est audois. Mais dans l’ensemble, les proportions ne semblent pas aussi importantes que ce qui pouvait être craint. “Il y a en effet quelques parcelles avec perte totale, parce qu’il est fort probable que l’oïdium a terminé le travail du mildiou. Quand les dégâts du mildiou ont été trop importants, le vigneron a pu arrêter d’intervenir, et l’oïdium a ainsi fait le reste. Il y a des variations entre l’ouest et l’est du département, qui a été le plus fortement soumis à la pression du mildiou à une période charnière pour la plante”, dévoile Augustin Jeoffre, technicien viticole de la Chambre d’agriculture de l’Aude.

Dans l’Hérault, Laurent Gourdon, référent ‘Innovation recherche et développement’ de la Chambre d’agriculture explique ainsi que “c’est essentiellement à l’ouest du département, dans le Biterrois, que les problèmes liés au mildiou se sont concentrés dans des parcelles au sein desquelles il était difficile, voire impossible, d’intervenir à cause des quantités d’eau accumulées. Les durées de rémanence des matières actives ont globalement permis d’assurer une couverture convenable, sauf quand l’intervention a été compromise. Cela reste donc difficile d’estimer d’éventuelles pertes liées au mildiou, alors que les volumes à récolter s’annoncent plutôt bons”. Augustin Jeoffre abonde également sur la difficulté d’établir une estimation précise des pertes liées au champignon.

Stagnation et stabilité des symptômes

Dans le Gard, Cyril Cassarini, conseiller viticole de la Chambre d’agriculture départementale, estime que l’épisode mildiou n’a finalement laissé que peu de traces à l’échelle du département. “Lors de la période fin mai-début juin, nous avions pu avoir l’exemple de ce qui se passait dans l’Aude et l’Hérault, ce qui a permis de redoubler de vigilance. Les exploitants ont bien suivi les recommandations, et cela s’est plutôt bien passé. S’il y a bien quelques pertes à déplorer dans quelques endroits, c’est davantage dû à des problèmes de pulvérisateur ou des doses de cuivre mal ajustées”, avance-t-il, estimant qu’il ne fallait pas hésiter à monter à 600 g/ha lors de cette période de forte pression, en particulier dans les zones où il y a eu le plus de précipitations, comme les Costières ou le Sommiérois. “Globalement, les dégâts de mildiou les plus importants sont sur grenache”, constate-t-il encore.
Dans les parcelles très touchées, la progression de rot brun sur grappes se poursuit, et une possible sortie de symptômes est à envisager suite aux pluies de fin juin, là encore dans les Costières et le Sommiérois.

Dans l’Aude, les conditions particulièrement défavorables au champignon se sont cumulées en juillet, n’occasionnant aucune évolution de la maladie. Sur grappes, le développement du rot gris et celui du rot brun sont en stagnation, comme les symptômes de mildiou mosaïque secs. Attention cependant, car de nombreux symptômes de rot brun sur grappes sont observés dans les Pyrénées-Orientales voisines, occasionnant des pertes de récolte significatives sur les cépages comme grenache, carignan ou macabeu.

Même stabilisés, les symptômes liés au mildiou se réactivent à la moindre humidité, avec un risque qui diminue nettement sur baies à partir de fermeture de la grappe. Mais la vigne peut subir des dégâts jusqu’au début de la véraison.

L’oïdium tapi dans l’ombre du mildiou

Partout, la vigilance a pourtant basculé début juillet vers celui qui trouve actuellement des conditions favorables à son développement : l’oïdium. “Les conditions sont parfaites pour lui”, estime Laurent Gourdon. Une forte recrudescence des symptômes est observée depuis le début du mois de juillet dans l’ensemble des secteurs viticoles audois, héraultais et dans les parcelles de cépages sensibles gardoises. Les symptômes se concentrent sur grappes avec des fréquences élevées, la sensibilité de la vigne restant importante jusqu’à la fermeture de la grappe. “En début de campagne, l’IFV avait émis une alerte qualifiant cette année comme favorable à l’oïdium, mais celui-ci s’est fait voler la vedette par le mildiou. Sauf qu’en intervenant de manière plus renforcée contre le mildiou, les viticulteurs ont également exercé une protection soutenue contre l’oïdium, en combinant les interventions contre les deux champignons lors de leurs passages. C’est certainement pour cela que l’oïdium refait son apparition à présent que les interventions sont moins rapprochées”, estime Augustin Jeoffre, qui insiste sur la nécessité de ne pas baisser la garde contre l’oïdium jusqu’à la véraison.

“C’est tout de même assez particulier dans le Gard”, explique de son côté Cyril Cassarini, “des chardonnays et des carignans des zones d’Aigues-Vives, Codognan ou Vergèze sont touchés, alors qu’il y a très peu d’oïdium dans les sables, qui sont habituellement une zone privilégiée pour le champignon”. Le technicien semble remarquer une corrélation entre le développement de l’oïdium et les parcelles qui ont connu le gel en 2019, puis subi l’important épisode d’échaudage de fin juin de cette même année. “Dans ces endroits, le gel a retardé les premiers traitements au cuivre, puis les brûlures subies à cause du coup de chaud de fin juin 2019 ont provoqué un arrêt prématuré de ces mêmes traitements. Or, le cuivre agit contre les cléistothèces, organes reproducteurs de l’oïdium, qui se forment et se conservent durant l’hiver sur l’écorce des ceps et sur les feuilles mortes”, analyse encore le technicien.

Une semaine d’avance pour la récolte

Laurent Gourdon veut justement mettre en garde contre les risques d’échaudage ou de sécheresse, “qui peuvent faire des dégâts plus graves sur la récolte que le mildiou”, estime-t-il. Les techniciens des Chambres régionales s’accordent donc sur la nécessité d’être particulièrement précautionneux quant aux risques de brûlures au soufre, dans les traitements contre l’oïdium en période de fortes chaleurs.

La chaleur et la sécheresse restent donc les facteurs pouvant influer sur l’avancement de la maturation des raisins et la quantité de récolte. “S’il n’y a pas de coups de chaleur qui bloquent la physiologie de la plante, la récolte démarrera certainement avec une bonne semaine d’avance”, note Laurent Gourdon. Même son de cloche chez Cyril Cassarini, qui note un “tassement” dans la précocité du cycle de la vigne. “On pouvait avoir jusqu’à une dizaine de jours d’avance selon les secteurs. Mais il semblerait que nous nous orientions plus vers une petite semaine”, dévoile-t-il. Cette constatation est commune à tous les départements, avec des vendanges des premiers chardonnays à envisager pour la mi-août.

Olivier Bazalge


Les symptômes du mildiou sur feuilles restent présents, mais les conditions climatiques ont permis de stabiliser la situation. © BASF

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