Un lancement de campagne à haut risque pour les producteurs de fraises

Publié le 07 avril 2020

Les fraises sont cultivées en pleine terre, sous tunnel froid, dans l’exploitation de Laurent Ducurtil.

Producteur de fraises, à Beaucaire, Laurent Ducurtil a débuté la récolte le 12 mars dernier. Le lancement de la campagne a été, comme pour tous les fraisiculteurs, chamboulé par le coronavirus.

Le gros de la récolte des fraises viendra à Pâques, mais la campagne a débuté depuis trois semaines. Installé à Beaucaire, Laurent Ducurtil produit des fraises pleine terre dans 10 ha sous tunnel froid, des cerises sur 2 ha, des abricots sur 10 ha et des pêches et nectarines sur 11 ha. Ce sont cependant les fraises qui requièrent toute son attention puisque la récolte a commencé. En juillet dernier, quand il plantait un tiers de ses plants de fraises froids, puis en décembre, ses tray-plants de fraisiers, il était loin d’imaginer que la récolte à venir allait être perturbée par la pandémie du Covid-19. L’annonce du confinement, le 16 mars, a fini de bouleverser la donne.

“On n’a même pas ramassé 20 % de la récolte”, s’inquiète Laurent Ducurtil, qui a dû revoir, avec la pandémie, l’organisation du travail. Désormais, dans les tunnels, ils ne sont plus que deux ouvriers au lieu de trois pour ramasser les fraises, afin de maintenir une distance de plus d’un mètre entre eux. “On essaie de trouver des masques, mais il est impossible d’en avoir”, ajoute-t-il. Côté main-d’œuvre, l’équipe de femmes (une douzaine), qui vient sur l’exploitation depuis 15 ans pour toute la saison, n’a pas fait défection. 

“Je fais aussi venir des saisonniers du Maroc. Les huit qui devaient venir ne peuvent plus sortir de leur pays. J’ai prévu d’embaucher, du coup, quatre personnes de plus début avril. Certaines personnes m’ont appelé pour travailler. Cela devrait passer, mais c’est la suite qui m’inquiète. Il va notamment me manquer, sous peu, un chauffeur et la personne qui s’occupe de l’irrigation. On vit un peu au jour le jour. Tout va dépendre de la durée du confinement”, confie le producteur, qui alerte aussi sur les débouchés et des prix de vente au plus bas.

Des débouchés incertains

Bien que la production, en quantité et qualité, sera au rendez-vous, le contexte actuel fait que les produits frais, notamment les fraises, sont délaissés. Écoulant sa production (entre 15 et 20 tonnes par an) à la Centrale Grand Frais, au magasin Grand Frais de Nîmes, dans des magasins de proximité, chez un grossiste à Rouen, ainsi qu’en vente directe, “les prix se sont cassés la figure avec le coronavirus. Cela fait plus d’une quinzaine de jours que l’on ne vend pas très bien entre les marchés de plein air à l’arrêt, les magasins qui réduisent leurs commandes, et la concurrence des autres productions de fraises françaises et espagnoles. Il ne manquerait plus que la grande distribution fasse des promotions, et là, ce sera vraiment la galère”, s’alarme Laurent Ducurtil. 

Le magasin Grand Frais de Nîmes, qui lui commande d’ordinaire 20 colis par jour et 40 colis le vendredi et le samedi, a réduit la voilure. “On n’est même pas, aujourd’hui, à 10 colis par jour, et même sur la fin de semaine”, précise-t-il. De nouveaux frais pour les producteurs sont aussi à prévoir en matière d’emballages. “On avait l’habitude de travailler avec des barquettes ouvertes pour Grand Frais. Avec l’épidémie, ils nous demandent une barquette plastique fermée. On a dû, du coup, acheter ces barquettes-là”, s’agace-t-il, en se demandant ce qu’il en sera pour ses autres productions fruitières. 

Et, pour couronner le tout, la gariguette, fraise de pleine terre, est actuellement achetée aux producteurs autour de 4 €/kg, soit au même prix que les fraises hors-sol et alors “que cela nous coûte 7 €/kg à la production”, précise-t-il. Puis d’ajouter : “Avant, il y avait une différence de prix entre les fraises produites hors-sol et les fraises de pleine terre. Maintenant, c’est un prix standard qui est appliqué, quelles que soient les variétés et les modes de production. Ce n’est pas normal”, s’insurge-t-il. Ce démarrage de campagne difficile, économiquement en dessous des seuils de rentabilité, risque définitivement de plomber le bilan économique de la saison. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le 23 mars, FranceAgriMer, via le Réseau des nouvelles des marchés, a déclaré la fraise, comme l’asperge, en situation de crise conjoncturelle.

La seule bonne nouvelle, à ce jour , est le retour du froid, entraînant un mûrissement plus lent des fraises. Laurent Ducurtil n’a donc aucun stock sur les bras, du moins pour le moment. En attendant que le confinement s’achève, il n’espère qu’une chose, “un sursaut patriotique pour que le client achète de la fraise française”. 

Florence Guilhem


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