Truffe : une année dans la norme

Publié le 01 février 2022

Lors de la matinée du 16 janvier, au marché de la Fête de la truffe pour les particuliers, 85 kg de Tuber melanosporum ont été vendus en trois heures (900 €/kg en moyenne). © CPA d'Uzès

Aménagée en raison des contraintes sanitaires, la 28e ‘Fête de la truffe’ en Pays d’Uzès s’est maintenue, le 16 janvier. Deux mois après le lancement de la saison, les organisateurs ont pu conjuguer l’attrait pour la truffe noire à celui des vins du Duché. Entre quatre et cinq tonnes de Tuber melanosporum sont attendues dans le Gard.

Toujours très prisé, le week-end de la truffe d'Uzès marque le début d'année, et ce, depuis 1994. Mais les conditions sanitaires n'étant pas encore revenues à la normale, les organisateurs de l'événement ont dû limiter les animations habituelles. Pas de soirée vigneronne le vendredi soir, pas de soirée de gala 'La nuit de la truffe' ni de bodega sous le chapiteau sur la place aux Herbes. Finalement, le diamant noir du Gard aura été célébré le dimanche 16 janvier, notamment lors du marché de producteurs de truffe fraîche, à destination des particuliers. 

Des cours stabilisés

En amont de l'événement de mi-janvier, les marchés de gros écoulaient entre 50 et 60 kg de truffe noire tous les vendredis depuis le 17 novembre, selon des cours compris entre 400 et 600 €/kg.
Après le coup d'envoi de la saison à la Cabane à truffes d'Uzès, en décembre, où 5 à 6 kg sont vendus les mercredis et samedis, à des cours variant de 800 à 1 000 €/kg, la journée de la ‘Fête de la truffe’ a vu partir 85 kg en trois heures, à environ 900 €/kg. "On n'en a pas eu assez. À midi, il ne restait plus rien !", annonce Louis Teulle. Malgré des marchés dédiés à la truffe de plus en plus nombreux, le président du Syndicat des producteurs de truffe du Gard constate des cours stabilisés par rapport à l'an dernier, et prévoit une année "normale". Démarrée de manière "irrégulière" en termes de récolte, la faute à la climatologie et aux carences d'irrigation sur certaines zones, la qualité s'est avérée "moyenne jusqu'en décembre, avec beaucoup de déchets et des taux d'immaturité", avant de se stabiliser. La production gardoise se maintient donc, et devrait atteindre 4 à 5 tonnes, soit des volumes et des calibres similaires à la campagne précédente, en dépit d'aides régionales à la plantation "de plus en plus réglementées et peu intéressantes", qui n'incitent pas au développement des truffières, estime Louis Teulle. Sur les quelque 3 000 hectares plantés dans le Gard, on compte une cinquantaine de nouveaux hectares chaque année.

La truffe, coûte que coûte

Si les regroupements en vase clos ont été annulés entre décembre et début janvier, la journée du 16 janvier et son fameux marché aux particuliers a pu contenter les visiteurs, notamment locaux. "Il y a toujours du monde", atteste Luc Reynaud, président du Comité de promotion agricole d'Uzès, malgré quelques ajustements. "En raison du Covid, c'est toujours compliqué d'organiser un repas de 250 personnes avec des tables de dix." Afin d'éviter un malencontreux cluster, le Comité de promotion a néanmoins conservé le marché en plein air, ainsi qu'une démonstration de cavage, avec chiens et cochons truffiers en action. Idem pour les conférences de Marc-André Selosse, professeur au Museum d'Histoire naturelle, et les dégustations de produits truffés, en accord avec les vins AOC Duché d'Uzès, à l'Office de tourisme. Entre la brandade et les escargots truffés, 15 personnes ont pu profiter des trois accords mets et vins proposés. À l'air libre, les balades guidées 'Histoire et saveurs truffées' sont encore prévues le 29 janvier et les 5 et 12 février, au départ de l'Office de tourisme. 

L'AOP Duché d'Uzès toujours à la fête

Sur les stands du marché, huit vignerons de l'appellation étaient présents pour faire découvrir leur cuvée, dans un format réadapté au contexte. "La vente n'a pas pu se faire au verre, mais par bouteille", indique Amandine Dusserre. Si les recettes ont été forcément moindres, leur présence a permis à l'AOP de s'afficher, et aux restaurateurs de profiter de ce "joli week-end", estime la directrice du Syndicat des Vignerons du Duché d'Uzès, qui annonce une récolte 2021 "moins catastrophique que prévu". En raison du gel d'avril, les vins de l'appellation haut-de-gamme, issus de petits volumes et rendements (34 hl/ha), n'ont pas tous été revendiqués en AOP, grâce à des volumes "piochés dans les parcelles non gelées" du vignoble du Duché. Le millésime 2021 restera, selon la directrice, "une année raisonnable", d'après des estimations autour des 9 000 hl, en-deçà des 10 000 hl de l'an dernier. En cave coopérative, si celles de Bourdic et de Durfort ont perdu "entre 40 et 60 %" de la production, elles ont pu cependant "maintenir des niveaux de production en AOP". 

Si le millésime ne présente "pas de grosses surprises pour l'instant", d'après les retours du jury de la commission de dégustation depuis novembre, un étalonnage a eu lieu le 24 janvier, pour évaluer la typicité des vins. "Les rouges se démarquent, malgré les problèmes de mûrissement en Vallée du Rhône." Sur les blancs, dont l'assemblage de base réunit viognier et grenache, les arômes d'abricots du viognier, marqué par l'acidité, ont laissé place à "plus d'élégance et de finesse". Ce qui n'est pas pour déplaire à Amandine Dusserre. 

Philippe Douteau


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