Transfert de la collection de Vassal à Pech Rouge

Publié le 13 septembre 2022

Sur l’ensemble de la collection, 279 accessions d’Europe de l’Ouest et de l’Est ont été sélectionnées, en fonction de leurs diversités génétiques, et ont été plantées dans une parcelle de l’Inrae, à Pech Rouge, en 2021. © F. Guilhem

Le 31 août, Philippe Mauguin, PDG de l’Inrae, a annoncé le transfert de la collection des vignes du Domaine de Vassal de Marseillan-Plage vers le site de l’unité expérimentale de l’Inrae, à Pech Rouge, dans la commune de Gruissan, dans l’Aude.

Le suspense autour du site devant accueillir la collection de vignes du Domaine de Vassal, implantée à Marseillan-Plage depuis 1876, vient de prendre fin. Face aux risques croissants de salinisation des sols et de submersion marine du site, le projet du déménagement de la collection était à l’étude depuis 2000. Mais entre les oppositions multiples à son transfert et le contentieux judiciaire ayant opposé l’Inrae à l’ancien propriétaire du site, Listel, qui a finalement cédé le Domaine de Vassal au Conservatoire du littoral, les rebondissements n’ont pas manqué, différant d’autant le déménagement.

Pech Rouge : l’écrin idéal pour le ‘Louvre de la vigne’

Une fois les polémiques éteintes, ne restait plus qu’à trouver le site idoine pour accueillir cette “collection unique au monde, rassemblant plus de 8 500 accessions1 provenant de 50 pays. Mettre à l’abri cette collection dans un nouveau site, pour la sauver des risques auxquels elle était exposée, représentait un enjeu pour l’humanité”, rappelait le président du centre Inrae Occitanie-Montpellier, Sylvain Labbé, lors du lancement officiel du transfert de la collection sur le site expérimental de Pech Rouge, le 31 août, devant un parterre composé d’élus, de représentants de l’État et de l’enseignement supérieur, de chercheurs et de professionnels de la filière vitivinicole.

Après avoir imaginé un temps que la collection pourrait être accueillie au Domaine du Chapitre, à Villeneuve-lès-Maguelone, puis sur le site Diascope de l’Inrae, à Mauguio, c’est finalement celui de Pech Rouge qui a remporté tous les suffrages en raison de différents atouts : en plein cœur du site classé du massif de
La Clape, des qualités paysagères indéniables, un terroir qualitatif, une disponibilité en foncier agricole offrant des extensions possibles de plantations (163 hectares détenus par l’Inrae, dont 40 ha de vignes), la présence d’équipes de recherche sur place et d’activités de vinification, permettant de travailler de “la ressource génétique à la vinification”, complète Nicolas Saurin, directeur de l’unité expérimentale de l’Inrae de Pech Rouge. Coût de l’opération du transfert : 5,1 millions d’euros financés pour moitié par la Région Occitanie, le Conseil départemental de l’Aude, la Communauté d’agglomération de Grand Narbonne et la commune de Gruissan. L’implantation de la collection peut donc enfin démarrer sur le massif de La Clape.

Seul hic : le risque incendie. “Non seulement les vignes sont les meilleurs pare-feu contre les incendies, mais aussi entre la façon dont on va complanter et les mesures de précaution que l’on va mettre en place, qui sont, par ailleurs, déjà prises en considération par les pouvoirs publics, tout sera entrepris pour limiter le risque”, défend Philippe Mauguin, PDG de l’Inrae. Reste que le transfert de la collection s’avère une opération particulièrement délicate. 

Transfert de la collection : opération à hauts risques

Cette opération “titanesque, et jamais entreprise jusqu’ici, n’est pas sans risque”, reconnaît Philippe Mauguin. Et le PDG de l’Inrae de savoir déjà qu’elle sera observée de très près par les scientifiques du monde entier. “Mais cela vaut le coup, car elle fera de Pech Rouge un site mondial de la recherche viticole et œnologique”, s’enthousiasme-t-il. Après un travail, entrepris dès cet automne, de préparation de 11 ha de parcelles vierges de cultures depuis plusieurs décennies, qui se traduira par un ripage des sols à 1,20 m, suivi d’un broyage des cailloux, puis d’un nouveau ripage, les terres seront laissées au repos durant deux années. Les premières implantations devraient avoir lieu, quant à elles, en 2024, mais uniquement, à ce moment-là, avec des accessions non virosées, avant de se poursuivre jusqu’en 2032. 

Mais avant cela, “les accessions seront obligatoirement assainies, afin d’éviter le développement des virus, qui étaient en dormance à Marseillan-Plage, du fait des terres sablonneuses évitant toute propagation”, précise-t-il. Les deux tiers de la collection devraient être assainis, selon Patrice This, généticien à l’Inrae de Montpellier. En ligne de mire, entre autres, l’éradication du court-noué, des enroulements et des marbrures. Pour ce faire, deux méthodes pourraient être retenues : le micro-greffage et/ou la cryothérapie. Une troisième existe, à savoir la culture de méristèmes in vitro, “mais l’on cumule, avec cette méthode, les désavantages, car plus on part de plants petits, plus il est difficile de les régénérer, même si cela est possible”, commente Yves Chatelet, chercheur à l’Inrae de Montpellier.

Quelle que soit la méthode retenue, l’institut de recherche ne parviendra pas, dans tous les cas, à mener seul cette opération et devra donc avoir recours à des tiers. Des appels d’offres seront lancés sous peu. L’opération d’assainissement devrait être programmée en quatre phases - 800 plants assainis, puis 1 000, encore 1 000 et, enfin, 1 200 - sur trois ans. La priorité sera donnée aux plants de vignes répondant aux besoins de raisins de cuve. L’assainissement des plants devrait coûter au moins 2 M€, “mais nous ne le savons pas encore précisément, car personne jusqu’ici n’a entrepris une opération de cette ampleur”, relève Sylvain Labbé. 

Et parce que deux précautions valent mieux qu’une, tous les plants transférés à Pech Rouge seront doublés et sauvegardés sous forme de boutures dans des pots en laine de roche, dans une grande serre de 4 000 m2. “Avec deux à trois accessions par mètre carré, il y aura largement la place pour accueillir les 8 500 conservées par le Domaine de Vassal”, indique le président de l’Inrae Occitanie-Montpellier. Ainsi, en cas de matériel virosé, par exemple, par voie aérienne, ce qui pourrait arriver un jour, le matériel au champ pourra être remplacé immédiatement par son doublon en serre. Cette dernière devrait être construite à proximité des équipes de recherche et d’enseignement de l’Institut agro de Montpellier. “L’idéal serait près du Centre de ressources génétiques, Arcad”, suggère-t-il. Coût de cet équipement : 1,2 M€. 

Un processus coûteux et long, mais tel est le prix à payer pour ce trésor génétique exceptionnel à partir duquel peut se réinventer le vignoble soumis à rude épreuve par le dérèglement climatique. 

Florence Guilhem


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