Tour des dossiers syndicaux pour les Vignerons indépendants de l'Aude

Publié le 01 février 2022

Une dernière réunion de secteurs après une année de pause. © C. Jauffred

La tournée des réunions de secteurs de la Fédération des Vignerons indépendants de l’Aude s’est achevée, jeudi 20 janvier, à Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse. Après la présentation du marché, l’analyse des dossiers syndicaux en cours a permis un tour d’horizon des priorités de la filière.

Le petit marathon annuel s’est fini dans les Corbières pour l’équipe de la Fédération  des Vignerons indépendants de l’Aude après six réunions en dix jours. à Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse, chaque année, le maire, Xavier de Volontat les accueille. “Solidarité vigneronne”, a-t-il répondu aux remerciements, rappelant que la tournée avait été annulée en 2021. 

Le directeur, Jean-Luc Fabry, a évoqué, en préambule, la production mondiale de vin en 2021, qui a atteint 250 millions d’hectolitres. Sans surprise, la production a baissé dans l’Hémisphère Nord, notamment en Italie (– 10 %), en Espagne (– 14 %), et sévèrement en France (– 27 %), du fait de l’épisode de gel d’avril dernier. Cela étant précisé, l’Hémisphère Sud est le grand gagnant en termes de volumes produits, avec une hausse importante, et s’affirme très concurrentiel : plus de 30 % pour le Chili et l’Australie. L’Occitanie accuse une baisse attendue de volume (– 29 %). Après l’Hérault, qui enregistre les plus lourdes pertes (entre 35 et 40 %), l’Aude n’est pas non plus épargnée, avec une chute de production de 28 %.

Outre le gel, la filière a subi aussi les conséquences de la crise Covid, avec notamment une baisse de la consommation, principalement en Chine. À l’échelle de l’Hexagone, si le Covid et le confinement ont eu un effet positif sur les ventes en 2020, avec une nette progression pour la grande distribution, la tendance s’est inversée en 2021. Toutefois,  cette baisse a été compensée par une hausse des prix de vente des vins, autour de 3 %, en moyenne, à l’échelle nationale.

Dans le département de l’Aude, les indices de prix sont encore plus hauts pour les rouges (+ 7,62 %) et pour les rosés (+ 8,2 %), mais les effets demeurent limités. Pour Jean-Luc Fabry, ces hausses restent en effet à la marge. Ainsi, les prix moyens à l’hectolitre entre 2018 et 2021 sont passés de 150 € à 147 € en AOP Corbières, avec un décrochage à 144 € en 2020. En 2021, l’IGP Terres du Midi a vendu 45 000 hectolitres à 65 € l’hectolitre. 

Le marché à l’export a été heureusement relancé de façon significative, avec la reprise des ventes aux états-Unis et en Chine. Sur ces marchés, l’Occitanie est gagnante : 66 % des AOP de la région sont exportées vers les États-Unis et 20 % vers la Chine. 

Pour l’Aude, le directeur relate un mieux, mais avec une réserve. “Il faut retenir une légère augmentation des ventes pour les IGP (+ 15 %) et pour les AOP (+ 7 %), mais ce n’est pas satisfaisant. La distillerie des vins et les indemnités suite au gel ont été, heureusement, salutaires pour les exploitations”. Les stocks audois, fin 2021, s’affichent bien au-dessus des attentes :  entre 17 et 20 mois, alors qu’il faudrait un an pour satisfaire les vignerons. 

PGE : les VI demandent des ajustements

Parmi les dossiers syndicaux importants, il a été question du Prêt garanti par l’état (PGE). Bercy a annoncé, en début d’année, que les TPE qui en avaient contracté un, et qui se trouvent aujourd’hui en grande difficulté, pourront bénéficier d’un étalement du remboursement jusqu’à 10 ans (au lieu de 6 ans), et d’un report de 6 mois du début du remboursement à fin 2022. 

Si cet étalement du rembousement est un soulagement pour les vignerons indépendants, ces derniers demandent toutefois une adaptation sur deux points : la validation automatique de la Médiation du crédit des dossiers présentant le double critère, soit celui d’un PGE consommé et celui d’une perte de de récolte d’au moins 20 % due au gel ; et la mise en place de prêts bonifiés pour les vignerons impactés par la chute de la commercialisation de leurs produits et celle de leur production à la suite de l’épisode du gel.

Pour la restructuration du vignoble, Carole Thiriot, technicienne à la Fédération des Vignerons indépendants de l’Aude, a précisé que 60 dossiers ont été déposés en 2020.

Pour les aides à l’investissement, le montant de l’enveloppe de FranceAgriMer s’élève à 150 millions d’euros. La date butoir de dépôt des dossiers est fixée au 11 février. 

Des critères de priorité ont été définis, notamment pour les investissements réduisant l’impact environnemental, ou encore les projets des nouveaux installés. “Il faudra des points pour obtenir des aides. Cette année, ce sera, à l’évidence, compliqué,” a conclu Alexandre They, président de la Fédération des Vignerons indépendants de l’Aude. Et d’attirer l’attention sur les devis revus à la hausse du fait de l’augmentation des matières premières : “Il faudra bien cadrer le dossier sur les devis, les investissements et la notation”.

Au sujet des exonérations de cotisations décidées par la MSA pour aider les viticulteurs et vignerons impactés par le gel, l’enveloppe retenue s’avère insuffisante. “190 millions d’euros ont été demandés. Or, l’enveloppe n’est que de 170 M€,” indique-t-il encore. 

Le CIVL assigné au tribunal 

En décembre dernier, les metteurs en marché direct ont assigné au tribunal le Conseil interprofessionnel des vins du Languedoc (CIVL) en raison de l’irrégularité de leur dernière assemblée générale. “Jusqu’à l’année dernière, nous étions représentés avec 19 sièges au sein du collège de l’Union du négoce. Cette année, nous n’avons pas été convoqués. De ce fait, nous n’avons pas pu être représentés lors de l’assemblée générale”, retrace Alexandre They. La décision du tribunal est attendue pour février. Le groupe des metteurs en marché direct propose, quant à lui, la création d’un nouveau collège pour être représenté. “Le but est de porter une voix directe auprès de l’interprofession afin que les actions de communication puissent convenir à tous les secteurs.” En attendant la décision du tribunal, la fédération a demandé la nomination d’un administrateur ad hoc. 

Services du syndicat

La fédération a acheté une imprimante offrant aux vignerons une qualité professionnelle pour l’édition d’étiquettes et contre-étiquettes à bas prix, mais avec des grammages qualitatifs. Pour ce qui est de la vente des capsules, 40 % des viticulteurs demandent une personnalisation. La fédération alerte sur le problème de disponibilité, en raison notamment d’un incendie dans une usine. “Il faut donc anticiper au moins de deux mois pour ne pas se retrouver coincé et devoir décaler les mises en bouteille”. Le manque de matières premières commence aussi à peser sur la filière, tel le verre blanc, actuellement en pénurie. 

Enfin la fédération, en matière de services, propose de nouvelles garanties santé et prévoyance aux vignerons. 

Catherine Jauffred


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