Syrah, une histoire de dépérissement

Publié le 04 février 2020

Depuis 2007, le marqueur génétique 5g7 est identifié dans le génome des clones de syrah. Sa présence permet de caractériser les clones présentant un profil très sensible, ayant une tendance forte à induire le dépérissement.

En intervenant lors des entretiens vigne vin, le 16 janvier, à Montpellier, Nathalie Fortin, de la Chambre d’agriculture de l’Hérault, a effectué une revue de l’historique du dépérissement de la syrah, dont les premiers symptômes ont été relevés dans la région au début des années 90.

Nathalie Fortin, chargée de mission du pôle ressources de la Chambre d’agriculture de l’Hérault, se souvient des premières sollicitations concernant des pieds de syrah problématiques. “Nous étions en 1993, et c’est à ce moment que l’on nous a fait remonter, dans l’Hérault et le Gard d’abord, des niveaux de mortalité non acceptables et, qui plus est, non explicables, sur la syrah”, présente-t-elle en préambule.

Puis, en 1995, le groupe ‘cépages’, en charge de la marque Entav-Inra® (marque commune des centres de sélection des cépages de l’IFV et l’Inra), lance une enquête d’ampleur qui confirme que le département de l’Aude est également touché. En parallèle, l’enquête rapporte d’autres éléments. “Les résultats montrent que les cannelures sont toujours limitées au niveau du point de greffe, et se rencontrent sur l’ensemble des clones et des porte-greffes. Ce qui exclut donc une prépondérance de sensibilité à ce niveau-là. L’enquête laisse donc ouvert le champ microbien des possibles entre bactéries, champignons ou virus, sans non plus exclure un rôle du greffage, du sol, du climat ou de l’environnement”, ajoute Nathalie Fortin.

Pourtant, entre 1995 et 2001, les recherches menées permettent d’exclure une origine microbienne de ce dépérissement de la syrah. Aucun virus, bactérie ou champignon particulier ne permet de faire le lien avec l’apparition des symptômes. 

Remise à plat du matériel végétal

Mais, en 2001, les signalements se multiplient ailleurs en France et à l’étranger. “Les observations nous sont rapportées d’Argentine, de Californie, du nord de la vallée du Rhône, d’Ardèche, mais toujours sur du matériel végétal d’origine française”, poursuit Nathalie Fortin. En réponse à ce phénomène, qui s’étend irrémédiablement autour du dénominateur commun du matériel végétal français, l’IFV décide alors de déployer des moyens humains plus importants, sous la houlette d’Anne-Sophie Spilmont. Une remise à plat est décidée pour repartir complètement à zéro au niveau du matériel végétal.

Cette stratégie paye car, dès 2002-2003, le groupe de travail dédié à cette étude observe que si tous les porte-greffes sont touchés, il existe bien des différences de sensibilité au dépérissement entre porte-greffes. “C’est à partir de ce moment que les 99R et 110R ont été déconseillés pour la syrah lorsque c’était possible. Des réunions d’information sont menées auprès des vignerons dès 2001, et après les porte-greffes, des sensibilités liées au clone utilisé sont mises en évidence”, reprend Nathalie Fortin. À partir de 2005, une hiérarchisation entre clones peu atteints, intermédiaires et très sensibles, est établie, permettant de déconseiller ces derniers. Une incertitude persiste toutefois concernant l’opportunité d’associer un clone peu atteint avec les porte-greffes déconseillés 99R ou 110R.

De même, l’évolution du mécanisme de dépérissement est mieux cernée. Il est marqué par deux étapes : un facteur déclenchant, telle une blessure ou une mauvaise réorganisation cellulaire après le greffage, est nécessaire. Ce déclenchement est fortement modulé par le porte-greffe et le type de greffe. Ensuite, c’est l’apparition de facteurs aggravants qui va être décisive dans l’évolution vers la mort de la souche concernée. “Ces facteurs-là sont liés à la remise en cause de la capacité de mise en réserve de la plante, avec une aggravation des crevasses ou de fortes charges. On s’interroge alors également sur les liens pouvant être établis avec la mauvaise alimentation hydrique ou la carence azotée pour la plante”, développe encore Nathalie Fortin.

La génétique fait franchir un cap décisif

Pourtant, en 2007, une nouvelle étape de compréhension est franchie, quand le marqueur génétique 5g7 est identifié dans le génome des clones de syrah. Sa présence permet de caractériser les clones présentant un profil très sensible, ayant une tendance forte à induire le dépérissement. “À ce moment-là, une nouvelle perspective prend forme, et ce marqueur nous permet de fixer des objectifs concrets d’amélioration, en éliminant les clones très sensibles, et si possible augmenter l’offre de ceux qui sont peu sensibles. Et pourquoi pas également trouver des clones non sensibles ? Toujours est-il que ce marqueur génétique devient le marqueur référent pour la sélection, dans l’optique de retourner dans les collections françaises de matériel végétal pour sélectionner de nouveaux clones”, détaille Nathalie Fortin.

Ce travail va porter ses fruits avec la radiation, en 2012, de sept clones très dépérissants et l’arrêt du conseil de six clones ayant une sensibilité intermédiaire. Des seize clones disponibles, il n’en reste plus que trois. Trois nouveaux clones intègrent alors le classement, mais sont très peu productifs. Le choix pour les producteurs est alors très limité.

Elargir l’offre de matériel végétal

Depuis 2012, un long travail d’essais sur une présélection de 28 clones a été mis en œuvre sur les parcelles d’expérimentation, avec un objectif clair : proposer une offre élargie de matériel végétal avec des clones plus productifs. Cinq des six clones jugés de sensibilité intermédiaire en 2012 sont totalement radiés du classement depuis 2018. “Après six années d’observation, ces expérimentations ont déjà livré de précieuses informations avec une hiérarchisation des nouveaux clones selon leur niveau de production et leur sensibilité au dépérissement”, ajoute Nathalie Fortin. 

Au-delà des facteurs déclenchants et aggravants mis en évidence dès 2005 dans le mécanisme d’apparition du dépérissement de la syrah, les travaux menés par la suite y ont adjoint le concept de facteur prédisposant, propre à la sensibilité clonale de la syrah. Ainsi le bilan de ces 27 années de travail sur cette problématique dévoile un puzzle de causalité multifactorielle dans l’évolution du dépérissement. Il combine la prédisposition, les facteurs déclenchants et les facteurs aggravants : origine génétique, effet clone, aucune transmission observée ni agent pathogène identifié, induction par les blessures et modulation par le type de greffe. Sur quasiment trois décennies, cette aventure aura mobilisé les forces vives d’organismes aussi divers que les Chambres d’agriculture, l’Inra, l’IFV, SupAgro Montpellier, le Cirad, l’IVIA (Instituto valenciano de investigaciones agrarias) espagnol ou les universités de Dijon et Nancy.

À présent, les travaux engagés depuis 2018 prennent en compte les préoccupations liées aux intrants, en orientant la création variétale vers la résistance vis-à-vis du mildiou ou de l’oïdium. Avec succès, le bilan de 27 années de mobilisation aura con-duit à identifier la cause du problème en apportant des solutions concrètes pour les viticulteurs. 

Olivier Bazalge

 


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