SVG : une assemblée pour rassembler

Publié le 15 février 2019

Après la projection du Midi viticole de Yannick Séguier, la parole était aux vignerons engagés, toutes générations confondues. La table ronde a réuni Jean Huillet, Stephan Picas, Jojo Fabre, Philippe Vergnes et Jacques Serre.

Loin des habituels rapports d'activité et autres présentations rébarbatives de comptes, le Syndicat des vignerons gardois est allé droit au but pour son assemblée générale : rendre hommage au passé viticole du Midi, et repenser l'action syndicale d'aujourd'hui et de demain, dans le Gard, mais aussi dans toute la région.

L'assistance dans la salle de la Maison des associations de Remoulins n'avait pas des airs d'AG syndicale traditionnelle. Audois et Héraultais avaient répondu à l'appel des Gardois du SVG, à l'occasion de l'assemblée générale du jeune syndicat, le 1er février. Le syndicalisme régional n'a pas manqué le rendez-vous, d'autant que la démarche s'articulait autour d'une thématique on ne peut plus fédératrice. Des soulèvements du début du XXe siècle à nos jours, que reste-t-il de l'engagement des vignerons du Sud de la France ? Autre temps, autres combats ? Pas forcément, même si le contexte et les pratiques viticoles ont considérablement changé, les enjeux restent sensiblement les mêmes. Et les revendications semblent se répéter. Il n'en fallait pas moins pour réunir le président de la FDSEA de l'Hérault Guilhem Vigroux, les présidents des Chambres d'agriculture du Gard (Dominique Granier) et de l'Aude (Philippe Vergnes), le président de Coop de France Occitanie, Boris Calmette, et le président du Syndicat des vignerons de l'Aude, Frédéric Rouanet.

Suite à la projection d'un film retraçant un siècle de luttes politiques et économiques, le SVG avait convié d'anciens syndicalistes, présents notamment, lors des affrontements dramatiques de 1976 à Montredon, mais aussi la relève, désireuse de faire perdurer cette tradition viticole, entre actions coup de poing et solidarité confraternelle.

Montredon : le dénouement tragique

Dans les années 60, le vin est à nouveau en concurrence déloyale avec celui provenant d'Algérie, en raison d'une clause passée alors inaperçue lors des Accords d'Evian de 1962. En 1967, André Castéra, l'un des fondateurs du Comité d'action viticole, est le leader de la grande manifestation de Narbonne. D'autres voix s'élèvent alors lors des rassemblements, comme celle de l'Héraultais Emmanuel Maffre-Baugé ou d'André Cases (CAV de l'Aude). Des affrontements musclés avec les CRS se répètent au début des années 70. Sous l'ère agricole Chirac, de 1972 à 1974, le temps est à la restructuration du vignoble. Le paradigme languedocien, basé sur la monoculture de la vigne, doit faire place à l'émergence du qualitatif. Or, le Midi était encore trop dépendant du marché des vins de table, et les événements de mai 68 sont encore récents. Au port de Sète, en décembre 1975, ils étaient 5 000 à vider les cuves des citernes livrant du vin italien. Le vin de la péninsule pèse alors 7 Mhl sur le marché français, soit un quart de la production méridionale. Les actifs contre les symboles administratifs se multiplient, sans réelle réponse de l'Etat. A nouveau, le CAV vide des camions en provenance d'Italie, le chassé-croisé entre juilletistes et aoûtiens devient un enfer sur les routes après que les panneaux de direction ont été peints ou arrachés. Le climat de cette tension grandissante prendra une tournure tragique. Le 4 mars 1976, pour protester contre l'arrestation de deux vignerons par le SRPJ de Montpellier, l'appel à mobiliser réunit une foule de manifestants sur le pont de Montredon, près de Narbonne. Face aux CRS, certains viticulteurs sont armés. Sous l'ordre du ministre de l'Intérieur de faire dégager les lieux, la situation s'envenime et un commandant, Joël Le Goff, reçoit un tir de fusil. Quelques instants après, c'est un vigneron, Emile Pouytès, qui est touché par une balle. Deux morts, une trentaine de blessés, le bilan est lourd, et marquera durablement le monde syndical viticole.

Philippe Douteau


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