Sus aux friches d’Occitanie

Publié le 09 novembre 2021

Les zones péri-urbaines occupent aujourd’hui une place importante dans les surfaces de friches. La pression foncière y est intense, mais la Safer et la Région Occitanie entendent préserver les ceintures vertes autour des agglomérations. © O. Bazalge

La Safer et la Région Occitanie marchent main dans la main pour s’attaquer frontalement au sujet des friches. Cet enjeu est majeur dans la mesure où ses répercussions se mesurent autant sur le secteur agricole que sur la situation paysagère du territoire et le tourisme. Des solutions locales permettraient de traiter une partie du problème.

Trop de friches... Partout en région Occitanie, le constat est le même et se répète à l’envi entre les départements concernés.

Pour le président de la Safer Occitanie, Dominique Granier, il ne faut plus laisser traîner un tel sujet, “même si par la force de l’habitude nous ne les voyons plus vraiment, mais les gens de l’extérieur se font forts de nous le rappeler à chaque occasion, en demandant ce qui se passe et où sont passés nos agriculteurs ?”.

Des agriculteurs, il en reste pourtant dans la région, et les friches sont une préoccupation majeure pour les acteurs du territoire, “mais leur présence est malheureusement l’expression de la déprise agricole”, souffle le président de la Safer Occitanie, qui liste la spéculation, l’arrachage, l’inadaptation du foncier (petit parcellaire) ou la concurrence immobilière en bordure de commune comme raisons de cette progression des friches.

En Occitanie, la surface agricole utilisée s’étend sur 3 millions d’hectares (Mha), soit 12 % de la SAU métropolitaine française, et les friches sont actuellement estimées à 100 000 ha, dont 30 % sont des terres irrigables. La Région Occitanie s’est donc largement emparée du sujet qui, comme l’indique son vice-président en charge de l’agriculture, Vincent Labarthe, “représente d’abord un enjeu nourricier, pour continuer à nourrir nos villes, mais aussi paysager. Or, l’agriculture et le tourisme sont deux des trois piliers que nous avons érigés dans la politique de la Région”.

Il s’agit donc pour le vice-président de Région de ne pas laisser perdurer cette déperdition d’un bien public aussi précieux et essentiel pour l’économie du territoire, sachant que la problématique des incendies ne tarde pas non plus à s’immiscer dans le débat dès lors qu’on aborde le sujet des friches. “D’autant qu’entre les dégâts d’incendies et de gibiers, cela coûte bien plus cher que l’entretien régulier des zones en friche”, souligne Vincent Labarthe.

Projets alimentaires territoriaux

La Région Occitanie entend donc s’inscrire comme partenaire privilégié de la Safer autour de cet enjeu de la résorption des surfaces en friches. “Cela passe, par exemple, par l’installation de terres, là où les producteurs n’en trouvent pas, comme le maraîchage dans le cadre d’un projet alimentaire territorial (PAT)”, indique le vice-président de Région.

Pour le président de la Safer Occitanie, le travail autour des friches passe, en tout premier lieu, par un travail préalable les répertoriant précisément, afin d’agir sur des données correspondant à la réalité du terrain. “Depuis quelques mois, la Communauté régionale friches agricoles d’Occitanie (CRéFAO), dont les membres gouvernants sont aussi présents au conseil d’administration de la Safer, ont entamé ce travail de répertoire des friches régionales. En parallèle, l’application Vigifriche, lancée en 2019, permet de géolocaliser de manière collaborative les friches identifiées sur le terrain”, dresse Dominique Granier. Il encourage donc à ce qu’un maximum de personnes œuvrant sur le terrain dans leur quotidien téléchargent cette application sur leur téléphone. Quatre niveaux de qualification des friches observées sont disponibles pour fournir des données de terrain précieuses au moment d’envisager les possibilités d’utilisation de ces parcelles. “Le problème a pris une ampleur telle que cela ne peut juste rester l’affaire de la Safer et de la Région. Il faut que les mairies, les coopératives, les exploitants, signalent tout ce qui existe sur leur zone d’activité, car c’est l’affaire de tout le monde”, renchérit le président de la Safer Occitanie.

Exemples à suivre

Et pour joindre les actes à la parole, Dominique Granier cite les exemples de travaux à l’échelle locale ayant porté leurs fruits dans la région.

Ainsi, à Uzès, une convention opérationnelle entre la Safer Occitanie, la Chambre d’agriculture du Gard et la Communauté de communes d’Uzès a permis de répertorier 270 hectares de friches dans le cadre d’une opération de repérage de celles-ci et de faisabilité foncière en faveur de la politique alimentaire locale. “600 propriétaires contactés ont permis d’identifier 150 parcelles mobilisables dans le cadre de ce projet d’alimentation locale pour les cantines et collectivités,  qui va permettre la remise en culture de parcelles pour du maraîchage, de l’arboriculture ou des plantes aromatiques et médicinales dans des secteurs irrigables. Sans compter les effets sur le maintien d’un paysage de qualité et ses effets positifs sur le tourisme”, décrit Dominique Granier. Avec ce type de projets, c’est tout l’enjeu du maintien de “ceintures vertes” autour des agglomérations régionales qui prend sens.

Autre exemple, en Lozère, où les terres déclarées incultes du domaine de Chapieu étaient en friches depuis une quarantaine d’années. Grâce à des baux Safer et la mobilisation de toutes les collectivités concernées, 11 agriculteurs occupent à présent ces parcelles.

Plus à l’ouest encore, à Mirepoix, en Ariège, un autre exemple de reconquête de friches peut être mis en lumière. 38 ha de terres occupant 108 parcelles ont pu être stockés dans le but de créer un agrosite, au sein duquel une entreprise d’insertion par l’économie maraîchère et horticole sera installée, ainsi qu’un espace test agricole et l’accueil de porteurs de projets à l’installation. “Là encore, tous les acteurs de terrain se sont impliqués et font en sorte que le projet aboutisse. Ces exemples sont là pour montrer qu’il existe des solutions. Pour tous ceux qui réfléchissent à une problématique locale, ils peuvent copier ce qui fonctionne ailleurs”, plaide Dominique Granier.

Olivier Bazalge


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