Surfaces éligibles : la proratisation de nouveau sur la sellette

Publié le 30 octobre 2020

Brigitte Singla : “Le préalable, c’est la reconnaissance des surfaces éligibles. C’est même une question d’équité.” © F. Guilhem

La Chambre d’agriculture de l’Hérault a organisé, le 19 octobre, une rencontre avec les éleveurs, dans le cadre de son Groupe d’actions territoriales (GAT) élevage. Rendez-vous était donné à Saint-Mathieu-de-Tréviers. Au programme : la future Pac et l’éligibilité des surfaces pastorales.

Si le renouvellement des générations est une problématique préoccupante pour nombre de filières, dont l’élevage, tel n’est pas vraiment le cas dans l’Hérault. “C’est une filière, chez nous, dans laquelle des jeunes s’installent, car ils croient au métier, et ils sont parfaitement dans la ligne de l’agroécologie que les pouvoirs publics souhaitent voir se développer. Aussi est-il encore plus important de défendre cette filière bec et ongles pour qu’elle continue à bénéficier des aides de l’Europe”, insiste Brigitte Singla, l’élue référente élevage de la Chambre d’agriculture de l’Hérault, qui était aux manettes de cette rencontre, le 19 octobre, à la Communauté de communes du Grand Pic Saint-Loup, à Saint-Mathieu-de-Tréviers.

Si ce n’est pas la première fois que l’élue fait état de sa volonté d’en découdre, “c’est parce que, chaque fois qu’il y a une nouvelle Pac, on est sur la sellette”, s’agace-t-elle. Et encore plus, aujourd’hui, avec la baisse du budget agricole actée, de l’ordre de 3 %, qui laisse présager des coupes de toutes parts. Parmi ces coupes, le système de prorata à 0,35 et 0,6 pourrait en faire les frais, car il est jugé trop favorable aux éleveurs pour des surfaces considérées à faible valeur agronomique. “Certes, ces surfaces en termes de production et de rendement ne correspondent pas aux standards des surfaces à haute valeur agronomique, mais elles représentent une source alimentaire importante pour nos troupeaux, ce qui est tout sauf négligeable. Il faut donc faire comprendre que ces territoires permettent de fournir de l’alimentation au troupeau”, martèle l’élue référente.

L’interprétation faite des surfaces proratisées ayant un caractère trop subjectif, selon la Direction générale de la performance économique et environnementale des entreprises (DGPE) du ministère de l’Agriculture, une nouvelle méthode de contrôle est donc à la réflexion. Il s’agit de la méthode Lidar (Light detection and ranging), une méthode de télédétection par laser, déjà appliquée en Espagne. 

Hic de la méthode : quid de la ressource fruitière et des feuilles des arbustes pour les troupeaux ? “Une expérimentation a été menée dans ce sens en Paca, mais nous n’avons toujours pas connaissance des résultats obtenus. Il est donc difficile d’argumenter précisément sur ce sujet, mais ce qui est sûr, c’est qu’il ne faut pas tout jeter du système de proratisation mis en place en 2015. Il faut peut-être le combiner avec la télédétection. Dans tous les cas, le système qui sera choisi doit tenir compte de la réalité des milieux”, souligne Brigitte Singla. La bonne nouvelle ? Toutes les régions d’élevage, quel que soit leur système, sont désormais à l’unisson pour défendre le maintien des surfaces proratisées, ce qui n’était pas forcément le cas l’an dernier. 

Aides couplées : péril en la demeure ?

Autre combat de taille pour les filières d’élevage : les aides couplées. Selon une étude commanditée par le ministère de l’Agriculture, les aides couplées (aide à la vache allaitante, aides ovine et caprine) seraient inefficaces. Si l’effet des aides sur les revenus agricoles est en effet difficile à mesurer, “nous, on en a besoin. Si elles n’existaient pas, nombre d’éleveurs auraient déjà disparu. Les aides couplées, c’est donc non négociable pour nous”, commente Brigitte Singla. Et de promettre de ne pas céder d’un pouce sur le sujet. 

La proposition faite, pour la filière ovine, par exemple, est un agneau vendu par brebis au lieu de 0,5 avec une majoration pour les 500 premières brebis. “On a fait le choix d’une demande d’aide pour les éleveurs qui satisfont aux critères de productivité. De la sorte, aucun éleveur ne sera exclu”, explique Brigitte Singla.

En ce qui concerne l’ICHN (Indemnité compensatoire des handicaps naturels), “on demande qu’elle soit reconnue au titre de l’environnement”, ajoute l’élue. Avant d’ajouter : “On va vers une Pac qui va exiger des comptes au niveau de la productivité et des grandes surfaces qui sont les nôtres en Méditerranée. Les grandes surfaces sont une des spécificités du pastoralisme de notre région, mais les décideurs ont les grandes surfaces dans le collimateur. Il va donc falloir prouver que nous avons de véritables exploitations agricoles, que l’on ne fait pas que promener nos bêtes, et que nous avons de la productivité, si on veut légitimer nos aides”, conclut-elle. 

Florence Guilhem


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