Robert Cecchetti, pomiculteur : “On s’inquiète pour nos besoins de main-d’œuvre”

Publié le 31 mars 2020

Robert Cecchetti, pomiculteur à Mudaison.

A la SCEA de la Pommeraie à Mudaison (34), c’est la période de la taille dans les 120 ha de pommiers qu’exploite Robert Cecchetti.

“On prépare aussi l’irrigation, et on va installer les filets anti-grêle. On devra aussi commencer à traiter pour protéger les pommiers des maladies”, détaille-t-il. Les neuf permanents et la douzaine de saisonniers qui s’activent dans les vergers n’ont donc pas une minute à perdre. “Ce que l’on fait aujourd’hui, c’est pour la future récolte. Si on ne parvient pas à le réaliser, on la mettra en péril”, s’inquiète le pomiculteur. Ce sont entre 4 500 et 6 000 tonnes de pommes qui sont récoltées chaque année dans les vergers.

Suite aux mesures de confinement et aux mesures sanitaires obligatoires à mettre en place dans les entreprises, l’exploitant agricole s’est occupé de faire des attestations pour ses ouvriers, précisant les horaires de travail et les communes où se trouvent les parcelles dans lesquelles ils doivent travailler. À charge des ouvriers de faire leur attestation de déplacement dérogatoire tous les jours. 

En matière d’organisation de travail, “on a décidé de mettre une personne par rangée et de faire en sorte que les ouvriers ne se retrouvent pas face à face,” explique Robert Cecchetti. S’il leur a demandé d’éviter au maximum les contacts entre eux, de maintenir la distance réglementaire dans la mesure du possible, il y a des travaux qui ne peuvent se faire tout seul, tels que des travaux de charge, de pose des filets et de mise en place de l’irrigation. Autre difficulté : impossible de trouver des masques et du gel hydro-alcoolique. L’exploitant s’est donc rabattu sur des lingettes désinfectantes.

Pas de cessation d’activité, mais…

Côté fournisseurs, aucune rupture de phytos, d’engrais, de matériels d’irrigation, ni de pièces en cas de panne, n’est à déplorer. Ce qui inquiète, en revanche, l’agriculteur, c’est “la suite. Pour le moment, nous n’avons pas besoin de main-d’œuvre supplémentaire. Mais, à partir de mai et juin, puis début août, nos besoins vont aller crescendo, pour atteindre jusqu’à 70 personnes lors de la cueillette. Or, si l’inquiétude se répand au sein de la population, la main-d’œuvre locale, avec laquelle nous travaillons, acceptera-t-elle encore de venir chez nous ? Quant à la main-d’œuvre du Portugal, à laquelle nous avons recours, avec la fermeture des frontières et l’annulation des transports en commun, elle risque de ne pas pouvoir venir non plus. On est vraiment dans l’expectative. Je pense que l’on part sur des temps difficiles”, craint Robert Cecchetti.

Les saisonniers ont donc vu leur contrat se prolonger alors que, d’ordinaire, quand il y a un ralentissement de l’activité, les contrats sont arrêtés avant une période de renouvellement. 

Pour lui, le gouvernement devrait valoriser les entreprises et les salariés qui continuent à travailler alors que le pays est quasiment à l’arrêt. “Si demain, on veut encore des produits, il faudra un accompagnement. Ainsi, pour la main-d’œuvre, il faudrait déplafonner les heures supplémentaires pour donner à ceux qui sont en poste la possibilité de travailler. Le gouvernement pourrait aussi envisager de leur donner des primes. Ce serait un moteur pour eux et pour pérenniser l’activité des entreprises”, réfléchit le pomiculteur. À bon entendeur... 

Florence Guilhem


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