Relève assurée dans le vignoble du Pic Saint Loup

Publié le 16 août 2022

Benoît Viot, à la tête du Domaine Le Chemin des rêves, a été élu président du syndicat de l’AOP Pic Saint Loup, le 27 juin dernier (© JM Reboul).

L’objectif du nouveau président élu du syndicat des vignerons de l’AOP Pic Saint Loup, Benoît Viot, est d’y faire entrer la nouvelle génération qui émerge, de consolider le prestige de l’appellation et d’explorer de nouvelles pistes.

L’arrivée d’un nouveau président au syndicat des vignerons de l’AOP Pic Saint Loup, à savoir Benoît Viot, à la tête du Domaine Le Chemin des rêves, va-t-elle ouvrir une nouvelle ère pour cette appellation considérée comme l’une des plus prestigieuses du Languedoc, avec ses vins les plus chers de la région?? Une nouvelle ère souffle en tout cas au sein de cette appellation, ne serait-ce que par le nombre de transmissions familiales des exploitations viticoles en cours.

Après avoir travaillé et s’être formés ailleurs et voyagé, nombreux sont les enfants des vignerons de l’exploitation à revenir et à s’installer. Soit ils reprennent l’exploitation familiale, soit ils créent un domaine en parallèle de celui de leurs parents, soit ils reprennent les vignes de leurs grands-parents et créent leur propre entité. Et cela concerne au moins la moitié des domaines de l’appellation. Il s’agit d’un phénomène nouveau, car cela n’existait pas il y a trois à quatre ans”, relève Benoît Viot.

Une réussite économique attractive pour les jeunes

Et un phénomène propre à cette appellation dans le Languedoc, qui s’explique en grande partie par la valorisation des vins et les opportunités économiques que peuvent rencontrer celles et ceux qui s’installent. “La réussite économique de l’appellation depuis 5 à 10 ans, ainsi que sa reconnaissance, tant à l’échelle nationale qu’internationale, confirment aux enfants des vignerons la possibilité de pouvoir bien vivre de leur métier. Les entreprises viticoles ont, par ailleurs, largement fait la preuve de leur solidité financière. C’est aussi la raison pour laquelle elles continuent à investir, d’autant que leurs chefs d’entreprise savent que leurs enfants prendront la relève”, détaille-t-il.

De quoi permettre également de conforter encore plus l’appellation dans la place qu’elle occupe, d’injecter du “sang neuf” et une vision du vin renouvelée et moderne. Pour ce faire, le nouveau président a particulièrement à cœur d’ouvrir les portes du syndicat à cette nouvelle génération, car “c’est elle qui sera aux manettes d’ici 5 ans”, assure-t-il. Ainsi, avec son équipe, il a décidé de confier la commission ‘Communication’ à deux jeunes vigneronnes, Victorine Fraisse du Domaine de Villeneuve et Marie Cavalier du Château Lascaux, qui viennent de reprendre le flambeau familial et “ont des idées à revendre. Grâce à leurs expériences et à leurs connaissances aigües des réseaux sociaux, elles peuvent nous apporter de très bonnes idées”, commente-t-il.

Pour inciter les jeunes à s’impliquer encore plus dans le syndicat, une commission technique va aussi voir le jour, “car ils ont une vraie demande de formation et d’échanges. Il faut donc être en capacité d’y répondre”, ajoute-t-il. Mais le président ne compte pas s’arrêter en si bon chemin pour redynamiser l’appellation.

Proposer de vrais rosés et blancs de terroir

Si la notoriété de l’appellation prend essentiellement appui sur ses vins rouges, cette dernière a aussi une carte à jouer dans la production de vins rosés et blancs, plus plébiscités par les consommateurs aujourd’hui. Aussi le syndicat est-il en train de mettre en place une nouvelle commission, qui planchera sur la qualification des blancs et des rosés à produire pour définir une stratégie gagnante. Bien que cela fasse deux ans déjà que les vignerons et viticulteurs de l’appellation travaillent sur les blancs en AOC, et que certains domaines en produisaient il y a vingt ans, “il nous faut travailler et définir la typicité de nos vins blancs, car, pour l’heure, chacun travaille de son côté. Aussi cela serait-il bien de donner quelques indications et directives pour produire des blancs représentatifs de notre terroir”, considère Benoît Viot.

Si le syndicat ne souhaite pas être trop restrictif dans le choix des cépages à privilégier, il souhaite cependant mettre en avant trois d’entre eux que l’on retrouve dans l’aire géographique, à savoir la roussanne, le vermentino et le grenache blanc. “Ces trois cépages définissent le socle que l’on pourrait établir, sans s’interdire les autres cépages blancs du Languedoc. L’idée est de définir des cépages qui vont révéler notre terroir et contribuer au profil que l’on aura déterminé”, détaille-t-il.

Quant au rosé, déjà en AOC, “si l’on veut avoir un rosé Pic Saint Loup, il faut travailler plus nos propres critères afin de produire un vrai rosé de terroir, ce qui n’est pas facile sur ce marché, qui impose une typicité très marquée avec des vins de couleur pâle et un certain style. En termes d’encépagement, la base de notre AOC est déjà définie, à savoir 30 % de syrah, du grenache, du mourvèdre et du cinsault. Après, on peut le faire évoluer si besoin. L’objectif est de retravailler notamment les techniques de vinification, les maturités et la couleur. Ce que l’on veut, c’est se différencier des rosés de Provence”, argumente-t-il.

L’accès à l’eau : une question cruciale pour le vignoble

Autre sujet de taille : l’irrigation. Avec le dérèglement climatique et la répétition des aléas climatiques, l’appellation, qui était vent debout jusqu’ici sur la question de l’irrigation, est en train de revoir sa copie. Le syndicat vient donc de créer en son sein une commission ‘Eau’. “On a toujours été opposé à l’irrigation. Mais, depuis dix ans, notre position a évolué et, désormais, le sujet, qui était tabou jusqu’ici, ne l’est plus. Il est même en train de devenir un sujet essentiel pour la pérennité de notre culture”, fait remarquer le président du syndicat. Et de souligner, au passage, que même l’Inao est en train d’évoluer sur cette question par rapport aux appellations.

À ce jour, moins de 10 % de l’aire géographique est équipée en irrigation, puisant la ressource dans le canal du Bas-Rhône. Bien que des extensions soient prévues, force est de constater qu’elles sont à la peine. Idem pour la création de retenues collinaires. Et une bonne partie de la difficulté de l’accès à l’eau, outre les restrictions administratives, est liée à une problématique financière. Sans compter le temps nécessaire pour débloquer les verrous administratifs. Aussi le syndicat œuvre-t-il auprès des autorités locales afin de trouver ensemble des solutions rapides et locales d’accès à l’eau pour les vignerons et viticulteurs sur des micro-terroirs ou des micro-zones. “Nous n’avons pas besoin de beaucoup de volumes, mais l’accès à l’eau est désormais une question cruciale pour le vignoble, tant pour sa pérennité que pour la qualité de nos vins”, insiste le président.

La qualité des vins passera aussi par la hiérarchisation de terroirs ou de crus, demandée par les adhérents du syndicat. Une commission planchera donc sur cette question pour définir finement le terroir afin de repérer les plus beaux parcellaires et les meilleurs cépages. Un travail au long cours, dont les résultats ne seront pas à attendre avant 10, voire 20 ans. Et, pour finir de protéger ce “joyau du Languedoc qu’est notre AOP”, le syndicat souhaite développer ses relations avec le négoce, avec lequel il se réunit désormais deux à trois fois par an au sein du CIVL, pour discuter avec lui des budgets communication et des opérations à monter ensemble. Valoriser toujours plus et mieux reste le leitmotiv de l’appellation. 

Florence Guilhem


Hérault