Reconquête collective des friches à Leucate

Publié le 20 juillet 2022

Le coût du chantier était de 10 000 euros par hectare, soit dix fois plus que des travaux en plaine. © M. Lecrocq

La cave coopérative des Vignerons de Cap Leucate a mené une action collective de reconquête des friches sur son plateau littoral. Près de dix hectares ont ainsi pu être remis en culture sur ce terroir considéré comme l’un des plus qualitatifs de la coopérative.

Près de 10 hectares ont été replantés en vigne sur le plateau remarquable de Leucate. Ainsi, lors des prochaines vendanges, la cave coopérative des Vignerons de Cap Leucate va pouvoir profiter des premiers raisins produits sur des terres arrachées à la friche sur le plateau. Un projet dont se réjouit Christophe Jaulent, président de la coopérative audoise. “Ce projet date de 2014. Nous l’avons d’abord confié à l’Institut coopératif du vin (ICV), qui a mené une enquête sur le potentiel qualitatif de nos terroirs”, explique-t-il. Cet audit a révélé que le plateau de Leucate était l’un des meilleurs terroirs de l’Aude. Mais, précise le président de la cave coopérative, “une bonne partie des terres de ce secteur était en friche, et le coût de la remise en culture était beaucoup trop élevé pour nos adhérents”.

Un projet sur candidature

Cette défriche collective n’aurait pas pu voir le jour sans l’aide de la Chambre d’agriculture de l’Aude, qui a accompagné la cave coopérative dans son dossier de candidature, afin de bénéficier de la mesure du Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader), qui accorde des aides à la reconquête du foncier agricole. Et la coopérative n’était pas la seule en lice afin de bénéficier de ce fonds. “Mais nous avons eu un projet solide, qui intègre la préservation de l’identité culturelle de ce site, des enjeux liés à la biodiversité et à la préservation de l’environnement. Il permettra également de redynamiser la ville de Leucate côté tourisme, tout en valorisant la production viticole du territoire”, raconte Margaux Lecroq, animatrice territoriale ‘Narbonnais Littoral Audois’ à la Chambre d’agriculture. Un projet qui a fait mouche, puisque la candidature a été retenue. Cette victoire a permis à la cave coopérative de bénéficier d’une aide de 80 % du coût total du chantier, financée par l’Union européenne, la Région Occitanie et le Département de l’Aude pour les travaux de décaillassage, indispensables avant la plantation des vignes. Les 20 % restants sont à la charge des 26 agriculteurs qui ont souhaité se joindre à ce projet. Au total, 6 exploitations de la commune de Leucate ont été retenues pour 14 parcelles et un potentiel de culture de 10,9 hectares. 

Des travaux coûteux et complexes

Le site est remarquable, au point de rendre compliqués les nombreux travaux à réaliser : défricher, briser la dalle calcaire, faire remonter à la surface des morceaux de dalles, extraire les plus grandes roches et concasser les pierres restantes, impliquant des difficultés d’accès, ce qui nécessite des engins spécifiques. “Il faut compter 10 000 euros par hectare. C’est dix fois plus cher que des travaux à réaliser en plaine”, souligne Margaux Lecroq. De plus, le désistement d’un exploitant et l’absence d’un candidat à la reprise des parcelles en propriété du Conservatoire du littoral ont engendré l’annulation des travaux sur quatre parcelles et la perte de subventions. “Et nous n’avons pas pu réattribuer le financement des travaux pour les parcelles exclues du projet”, déplore Margaux Lecroq. “C’est dommage, car ce lourd travail d’ingénierie aurait pu être mutualisé sur une plus grande surface.”

Le tableau n’est pas tout noir, puisque le bilan de l’action a permis la réimplantation de 8,3 ha de vignes sur des terres en friches, pour lutter contre la déprise du plateau, tout en permettant aux viticulteurs de restructurer leur parcellaire, malgré des coûts et des préparations de terrain, a priori rédhibitoires. “Sans l’aide européenne, les propriétaires de ces fonciers n’auraient jamais pu les remettre en culture”, insiste Christophe Jaulent. 

Les cuvées les mieux valorisées du terroir

Menés par l’entreprise locale GTR, basée à Fitou, les travaux ont commencé en 2019 pour la remise en culture de 8,3 ha au profit de six adhérents-coopérateurs et 2 autres ha seront replantés en vigne au printemps 2023. Une action collective très intéressante pour Christophe Jaulent. “Nos plus belles cuvées sont les mieux valorisées sur ces terres argilo-calcaires. Cependant, elles sont difficiles d’accès et demandent plus de travail, ce qui refroidit certains viticulteurs. Mais le jeu en vaut la chandelle.” Sachant que la coopérative des Vignerons de Cap Leucate compte 160 adhérents, pour un vignoble estimé à 1 350 hectares, avec une production de 55 000 hectolitres en moyenne.

L’écologie au cœur du projet

L’autre spécificité de ce projet, c’est son engagement dans une agriculture durable et écologique, ce qui permettra de maintenir une mosaïque d’habitat favorable à la faune et la flore (la position stratégique du plateau étant un site majeur de l’axe migratoire du littoral languedocien, accueillant plusieurs espèces d’oiseaux, de reptiles, d’insectes) et des infrastructures agroécologiques : 88 mètres linéaires de haies fruitières et 338,2 mètres linéaires de murets sont au programme. Cette défriche, en plus de revaloriser des fonciers abandonnés, permettra de limiter les risques d’incendie, tout en augmentant une production agricole qualitative. ”La réintroduction de la vigne à la place de la friche a également un impact bénéfique sur la qualité de ce paysage qui est un haut lieu de l’œnotourisme et où sont implantées deux caves particulières. Ce territoire est aussi le support de nombreuses manifestations culturelles accueillant, chaque année, un grand nombre de touristes et d’habitants locaux avec l’aménagement de sentiers de randonnées. Cette défriche collective va pouvoir donner un coup de frais à la ville de Leucate“, conclut Margaux Lecrocq.

Margaux Masson


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