PPAM : une "petite" filière en plein essor

Publié le 08 décembre 2020

Champ de romarin, chez un producteur du Gard. © V. Champenois/Civam Bio Gard

Demande grandissante de la part des entreprises, mais insuffisance de l’approvisionnement local. Une équation que tente de résoudre la filière des plantes à parfum, aromatiques et médicinales (PPAM) en Occitanie. Revue de détail de l’existant et des pistes de développement, par le biais de la structuration de la filière.

Difficile de résister à l’image d’Épinal, quand on évoque les plantes à parfum, aromatiques et médicinales. Aussitôt vient à l’esprit les champs de lavande que l’on peut contempler à perte de vue sur les collines provençales. Si PPAM rime avec Provence dans l’imaginaire collectif, la filière ne se limite pas pour autant à cette image traditionnelle et à la réalité du terrain. Entre la diversité de ses terroirs et de ses climats, et une production à majorité en agriculture biologique (AB), l’Occitanie a ainsi des atours tout aussi attrayants et, donc, une sacrée carte à jouer. "Notre région se caractérise par une très grande diversité d’espèces et adaptées aux différents contextes pédoclimatiques du territoire, avec une large palette des destinations commerciales (herboristeries, huiles essentielles, plantes fraîches, graines). On peut donc jouer sur tous les tableaux", commente Gérard Deleuse, directeur de BioGard et chargé de mission PPAM Inter Bio Occitanie. 

Autre carte maîtresse : c’est la première région de France en matière de PPAM produites en agriculture biologique (AB). Pas moins de 70 % des producteurs sont en effet certifiés en agriculture biologique, soit 55 % des surfaces. Ce qui n’est pas le fruit du hasard, puisque "la filière en Occitanie a débuté, d’entrée de jeu et pratiquement, dans le bio. C’est le département du Gers qui a donné le "la" au commencement", ajoute-t-il, avant que le Gard et l’Hérault ne lui emboîtent le pas et le coiffent au poteau.

Comme chez sa voisine provençale, la majorité des surfaces est cultivée en lavande et lavandin (500 ha au total, dont 30 % en AB). Une fois cela précisé, les plantes à graines, particulièrement la coriandre, sont de plus en plus cultivées en Occitanie (220 ha au total, dont 84 % en AB). Particularité de ces productions : elles sont souvent développées comme atelier complémentaire dans une exploitation spécialisée dans d’autres filières (grandes cultures, viticulture, arboriculture, etc.), et situées plus particulièrement dans le bassin céréalier de la région. D’importantes surfaces en thym (110 ha au total, dont 84 % en AB) sont implantées dans le Gard et l’Hérault, départements les plus secs de la région. Enfin, de nombreuses petites surfaces présentent une forte diversité d’espèces cultivées : plantes de garrigue, menthe poivrée, camomille, calendula, sauge, verveine odorante, chanvre, etc.

Une production sans cesse en progression

Avec ses 629 producteurs, qui exploitent 1 300 ha (source Draaf, 2018), dont 559 ha en agriculture biologique, la filière PPAM en Occitanie se situe au 3e rang des régions productrices, loin derrière Paca et Auvergne – Rhône-Alpes, qui ont de bien plus grandes superficies, mais qui sont cultivées majoritairement en conventionnel. Si la filière occitane est "petite" par rapport à celles de Paca et d’Auvergne – Rhône-Alpes, le nombre de producteurs et la surface régionale en PPAM ont quasiment doublé en 8 ans (352 producteurs pour 711 ha en 2010, ndlr). "Dans la trajectoire à 5 ans, il y aura plus de 1 000 producteurs en Occitanie", déclare-t-il. En revanche, en matière de surface par producteur, celle-ci est stable depuis 2010, soit 2,10 ha en moyenne. Une moyenne qui lisse toutefois la réalité du terrain, selon le chargé de mission, "car on trouve à la fois des toutes petites surfaces, inférieures à 1 ha en zones de montagne, et des surfaces plutôt autour de 5 ha en plaine mais, à ces endroits, on est plutôt sur de la diversification de cultures".

Alors, certes, si les PPAM en Occitanie sont une toute petite filière, "c’est la seule, toutes filières confondues, qui progresse aussi vite. Et, à l’échelle nationale, c’est celle qui connaît la plus grosse production en bio", détaille-t-il. Autre caractéristique et pas des moindres : pour 55 % des producteurs, l’atelier PPAM représente leur principale activité agricole, et "le taux de spécialisation ne cesse d’augmenter", dit Gérard Deleuse. De plus, un tiers des producteurs pratique aussi la cueillette sauvage. Enfin, bien qu’aucune étude ne se soit encore vraiment penchée sur le sujet, une bonne moitié des producteurs se compose de jeunes agriculteurs, selon les observations de terrain. 

"C’est une filière attractive du point de vue intellectuel, car elle nécessite de l’ingénierie et de l’ingéniosité", relève le chargé de mission. Et la filière est d’autant plus attractive qu’elle a pris un nouvel élan sous l’impulsion d’entreprises en recherche de matières premières. Autrement dit, les débouchés sont assurés. Sans compter que le "développement est facilité par le fait que la production ne nécessite pas de grandes surfaces pour démarrer, et que le calendrier de travail varie d’une plante à l’autre", complète le chargé de mission PPAM Occitanie. Et last but not least, avec une valeur ajoutée comparable, par exemple, entre la viticulture et la lavande ou le lavandin, soit autour de 4 000 €/ha de marge nette.

Une structuration par étape

Dès 2012, les acteurs de la filière en Languedoc-Roussillon planchent sur le développement des plantations de PPAM en bio pour pouvoir répondre aux besoins de l’entreprise gardoise Arcadie, en recherche de thym, romarin, origan et sarriette. En 2015, le programme ‘Herbo Bio Méditerranée’, soutenu par l’Agence Bio, est porté sur les fonts baptismaux. Il intègre également la Région Paca, puis l’ex-Midi-Pyrénées. Il s’articule autour de deux principaux axes : le développement et la pérennisation de la production, d’une part, et la sécurisation des engagements amont-aval, d’autre part. 

Bouclé en mars 2020, il a permis de développer 260 ha dédiés au PPAM, dont toute la production a fait l’objet de contrats entre Arcadie et les agriculteurs, avec des prix garantis. "Notre rôle a consisté à identifier les besoins des acheteurs, à aller chercher les producteurs, les accompagner et à sécuriser leurs débouchés", indique Gérard Deleuse. Véritable levier de développement de la filière, ce programme a permis à une trentaine de producteurs de l’ex-Languedoc-Roussillon et de Paca, et quelques-uns dans le Tarn, d’être aujourd’hui sous contrat avec la société.

Le "galop d’essai" étant plus que réussi, un nouveau programme sera lancé, en 2021, avec la même méthode, mais cette fois-ci, il sera centré sur les huiles essentielles composées à partir notamment de lavande, lavandin, verveine, thym et romarin. Il sera porté par différentes entreprises, dont la société gardoise Garoma, créée depuis moins d’un an, et spécialisée dans la fabrication des huiles essentielles. "Il s’agira d’une démarche contractualisée, solidaire, en bio et 100 % huiles essentielles, portée par un pool d’entreprises qui se regroupera autour d’un projet commun", détaille Gérard Deleuse. Une nouvelle brique donc à l’édification de la structuration de la filière en Occitanie, organisée, par ailleurs, autour de deux coopératives (Sica Biotope, dans le Gard, et SCIC Bio Orb Pam, dans l’Hérault), de 7 groupements de producteurs, et ce, bien que la majeure partie des agriculteurs soit indépendante et pratique la vente directe. 

Avec la diversification des marchés (herboristerie, cosmétique, pharmaceutique, alimentaire, soins vétérinaires, etc.) et une production de PPAM bio qui ne couvre pas les besoins des entreprises en herboristerie, huiles essentielles et extraction végétale, la filière pourrait s’apparenter à un nouvel eldorado pour les agriculteurs. Mais cet eldorado pourrait vite se transformer en miroir aux alouettes, car la production de PPAM requiert une maîtrise d’itinéraires techniques pointus et bien adaptés à la région, l’acquisition d’un véritable savoir-faire en matière de transformation, des investissements initiaux importants, et l’identification de débouchés précis pour la distribution. En résumé, il ne faut pas griller les étapes pour éviter les dérapages incontrôlés, comme cela a pu se produire dans la région, avec des erreurs dans les plantations, par exemple.

Florence Guilhem


Bineuse à sarriette dans les Pyrénées-Orientales. © Civam Bio Gard

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