Poulet des Cévennes : recherche éleveurs désespérément

Publié le 01 juin 2021

On ne compte plus que deux éleveurs d’IGP Poulets des Cévennes dans le Gard. À Barjac, Sébastien Dumas s’est diversifié, sans regret, mais craint pour la pérennité de la filière (@ Sébastien Dumas).

Les Poulets et Chapons IGP des Cévennes sont au goût de tous les amateurs, mais face au déclin du nombre d’éleveurs et aux contraintes d’élevage, la production ne peut pas suivre. Pourtant, la qualité peut toujours faire la différence.

Ils ont la cote les poulets des Cévennes. Tellement prisés que la production ne peut pas suivre la demande des consommateurs. Depuis les années 1950, pour contrer le goût uniformisé des poulets produits à l'échelle industrielle, les éleveurs cévenols ont misé sur la souche rustique cou-nu, des poulets à croissance lente. En 20 ans, la filière a gagné en reconnaissance et en garantie d'une volaille de qualité, sous le signe de l'IGP Poulets et Chapons des Cévennes. Répartie sur quatre départements (Ardèche, Gard, Lozère, Hérault), l'aire de production s'étend sur 426 communes, essentiellement en secteur ardéchois. En Cévennes gardoises, ils ne sont plus que deux éleveurs, et bientôt plus qu'un seul, à porter fièrement l'étendard des volailles labellisées. 

Surfaces limitées 

Au sein de l'IGP Poulets et Chapons des Cévennes, 13 éleveurs suivent le cahier des charges validé par l'Inao depuis septembre 2011. Alain Dizier, président du Groupement des producteurs cévenols et éleveur à Lussan (Gard), avait bataillé à l'époque avec son prédécesseur pour protéger la production. "Avec Henri Thazet, nous avons mis 11 ans pour obtenir l'IGP, c'était compliqué. On l'a fait pour pouvoir conserver la dénomination 'Cévennes'", se souvient-il. En 2009, ils étaient 20 éleveurs adhérents du Groupement dont la production s'élevait alors à 404 118 volailles, d'après les données de l'Inao. Mais, aujourd'hui, "on est de moins en moins nombreux", déplore le président. Parmi les 13 éleveurs actuels, seulement deux d'entre eux font de l'IGP dans le Gard. Alain Dizier fait figure de vétéran sur son exploitation de 13 200 volailles 

Alors que les exploitations sont contraintes à une capacité de 4 bâtiments de 400 m2 par exploitation sur une surface totale de 1 600 m2, les repreneurs et les nouveaux venus manquent cruellement à l'appel. Pourtant, selon le président des éleveurs en IGP, "on pourrait tripler la production !"

Pénurie de reprise

À l'approche de ses 64 ans, Alain Dizier prépare sa retraite en 2022. Mais face au manque de reprise d'exploitations de  ce type, les jeunes agriculteurs favorisant des petits élevages, notamment de poules pondeuses, et la vente directe, l'avenir des poulets et des chapons en IGP des Cévennes demeure incertain. "Avant, on se fournissait en poussins et en alimentation à Lédenon, mais aujourd'hui, je me fournis en poussins dans les Landes. Les enfants d'éleveurs n'ont pas repris, comme pour beaucoup d'entreprises familiales, car cela coûte cher", explique-t-il. Désormais, l'abattage se fait dans la Drôme, tandis que les éleveurs se raréfient. "C'est une tendance que l'on observe dans tout le sud de la France, pas uniquement en Cévennes." 

Alain Dizier l'a lui-même constaté. Une future éleveuse ayant effectué un stage dans son exploitation préfère l'option de la petite production. "C'est un réel problème. Certes, il en faut, mais c'est marginal. Les ventes sur les marchés ne peuvent pas suffire." Forcément, les éleveurs en IGP des Cévennes perdent en visibilité et en force de frappe, alors que les coûts de production ne sont pas compensés au prix à la vente, comparés aux marges de la grande distribution. 

Retrouver une rémunération attractive 

"Chaque année, nos frais d'entretien et nos charges augmentent, mais je n'ai quasiment jamais vu nos marges augmenter", note Alain Dizier, conscient que la faible représentativité des éleveurs face au principal circuit de commercialisation que représente la grande distribution ne fait pas le poids. "On ne sait pas combien sont revendues les volailles, ni même les marges réalisées lors de l'abattage", reconnaît-il. "Avant, on pouvait aller discuter avec la petite enseigne qui commercialisait..." Autre temps, autres méthodes. 

Au rythme de 4 300 têtes par lot chaque semaine, et malgré une valorisation des chapons de 1 €/kg il y a deux ans, "le producteur n'en voit pas la couleur", estime le président du Groupement des producteurs cévenols. Sans rémunération attractive, peu de chances de motiver les futurs installés ou d'inciter des agriculteurs à se diversifier sur ce créneau. "Être éleveur, ça ne s'improvise pas ! C'est un métier à part", insiste Alain Dizier, qui espère que la filière ne disparaisse pas de sitôt. 

 Philippe Douteau


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