Plus de stress que de gel

Publié le 12 avril 2022

Contrairement à d’autres régions qui ont enregistré des températures jusqu’à – 8°C, le vent a limité les dégâts en Languedoc-Roussillon, d’après les premières observations. © SudExpé

Les relevés météo sont formels, il n’avait pas fait aussi froid sur tous les bassins français en avril, depuis 1947. Après la douche froide d’avril 2021, le Languedoc-Roussillon semble pour l’heure épargné contrairement au Centre-Val de Loire ou au Sud-Ouest, où les fruits à noyau et les vignes précoces ont été fortement gelés.

Ils étaient sur le qui-vive. À l’annonce d’un week-end et d’un début de semaine fortement gélifs, les agriculteurs n’ont pas beaucoup dormi pour tenter de lutter contre la gelée blanche. Après la nuit du 3 au 4 avril, retenue comme la plus froide depuis 75 ans, jusqu’à – 7 ou – 8°C dans le Centre ou en Champagne, les pertes seraient d’ampleur pour les variétés déjà débourrées. En Languedoc-Roussillon, les premières remontées de terrain sont plus rassurantes.

Hérault : des dégâts bien moindres qu’en 2021

Si le gel s’est abattu sur le département entre samedi 2 et mardi 5 avril, il n’a toutefois rien de comparable dans son ampleur et son intensité par rapport à celui d’avril 2021, particulièrement pour la viticulture. “On ne peut pas dire qu’il n’y a pas de dégâts, même si c’est sans commune mesure avec qui s’est passé l’an dernier”, indique Paul Hublart, chef du service viticulture à la Chambre d’agriculture de l’Hérault. Si le centre du département a été épargné contrairement à 2021, à l’Est de Montpellier, les secteurs de Lunel, Saint-Christol, Saint-Aunès ou encore Saint-Geniès-des-Mourgues, comme à l’Ouest, du côté de Capestang, Puisserguier, Poilhes, mais aussi Saint-Chinian et dans le Minervois, n’ont pas échappé à la vague de gel, avec des températures minimales pouvant descendre jusqu’à – 4, voire – 5°C localement, notamment dans la vallée de l’Orb et le Pic Saint-Loup. 

Dans ces zones, ce sont essentiellement les cépages précoces, particulièrement le chardonnay et le pinot noir, qui ont subi le plus de dégâts. “Dans les parcelles les plus précoces et les plus exposées, on note jusqu’à 50 % de pousses gelées. Mais au stade phénologique actuel de la vigne, avec des bourgeons encore dans le coton et la taille toujours en cours, les dégâts restent ailleurs cependant limités. Il va donc falloir encore attendre quelques jours pour pouvoir les mesurer, car tous les dégâts ne sont pas encore visibles, notamment sur les bourgeons encore dans le coton. Pour le moment, on peut dire qu’on a eu plus de peur que de mal, surtout si l’on compare notre situation à celle d’autres vignobles français”, commente-t-il. Le fait que le stade phénologique ait eu un décalage de plus de dix jours par rapport à 2021, et que la vague de froid s’est produite l’an dernier une semaine plus tard, a sauvé nombre de vignobles. Ce qui est moins le cas pour l’arboriculture.

Du côté de Mauguio et Marsillargues, où les températures sont descendues de – 1 à – 2,5°C, avec une durée variable de gel de 1 à 4 h, selon les nuits et les secteurs, des dégâts sont constatés, mais à l’échelle de la parcelle et selon la précocité des variétés pour les pommiers. “C’est une gelée qui n’a touché a priori que le bas des arbres. À Candillargues, Mudaison, Saint-Just ou encore Marsillargues, les variétés les plus sensibles telles que Rosyglow, Joya, Gala start ou encore Story, des dégâts significatifs sont constatés. Il semblerait cependant qu’ils soient moindres qu’en 2021, mais cela reste compliqué car, selon les parcelles, on peut signaler des dégâts sur floraison allant jusqu’à 70 %”, détaille Jean Nougaillac, pomiculteur et président de la coopérative Cofruid’Oc. Avant de rappeler que pour se prémunir du gel, “le seul moyen efficace est l’irrigation. D’où l’importance de créer des retenues collinaires”.

Pour les abricots, des dégâts sont aussi constatés sur les variétés précoces telle la Jourdan. Si les autres variétés n’ont pas été non plus épargnées, l’impact du gel sur la récolte reste modéré. Même scénario pour les cerisiers, “entre autres chez Maerten, mais il est trop tôt pour dire l’impact du gel sur les autres variétés”, indique Hélène Suzor, cheffe de service productions végétales à la Chambre d’agriculture de l’Hérault. En revanche, sur les pruniers, particulièrement dans les vergers Gradilis, à Mudaison, les pertes sont estimées à 100 %. Des dégâts ont été enfin relevés sur amandiers, mais ne pourront être évalués que d’ici environ un mois. 

Gard : aspersion et bougies sur vergers, vignes observées

Aidés par le vent durant le week-end, avant un arrêt en début de semaine, les agriculteurs gardois ont eu chaud, autant que les vergers ont eu froid. Avec des nuits descendues à – 1, – 1,5°C, les Costières et la Vallée du Rhône n’ont pas enregistré de “dégâts significatifs”, selon Pascal Delon, ingénieur conseil en arboriculture à la Chambre d’agriculture du Gard. Malgré quelques vergers touchés dans la nuit du 2 au 3 avril, notamment dans les zones froides en haute Vallée du Rhône, qui avaient subi – 4°C début mars (Pont-Saint-Esprit, Sauveterre) et des baisses observées vers 7 h du matin (– 0,5 à – 1°C) sur une courte durée, “ce qui est plus rare”, la nuit de lundi à mardi était scrutée, avec la défection du mistral et de la tramontane. À ce stade phénologique des abricotiers et des pêchers, sous la barre de 0°C, le gel menace. Pour éviter la bérézina passée, les arboriculteurs s’étaient équipés de bougies, par sécurité. “Historiquement, en basse Vallée du Rhône, l’aspersion sur frondaison est utilisée”, mais pour ceux qui n’ont pas de ressources en eau suffisantes, ou qui ne sont pas équipés de tours à vent, l’allumage de bougies a ravivé de mauvais souvenirs. Par chance pour certains, comme Clément Blayrat, à Jonquières-Saint-Vincent, ses vergers en plateau bénéficient du vent. Après un regain venteux, lundi à 6 h du matin, l’arboriculteur a quand même rallumé les bougies “pour être au plus juste, mais pas sur toutes les parcelles”. Après avoir sauvé sa récolte en 2021, il a doublé son stock de bougies (400 par ha). Tous les jours sur certaines parcelles, ou une fois sur deux, il a fallu jongler avec les arrivées de la gelée de radiation, “différentes sur les trois nuits”. La dizaine de variétés d’abricotiers, à un stade gélif dès – 0,5°C, peuvent souffrir pendant 30 minutes à – 1°C. Si Clément Blayrat reste épargné, il attend “une récolte moyenne, sans éclaircissage”, en redoutant la semaine de Pâques.

Près du Vigan, le pomiculteur Jean-Philippe Guibal pratique l’aspersion sur frondaison, bénéficiant du fleuve Hérault. S’il a “évité la casse” en avril 2021, malgré l’explosion malencontreuse d’un tuyau au mauvais moment qui lui a fait perdre 30 % de récolte, les – 5°C ont accéléré l’allumage des pompes à 0 h 30 tout le week-end, et plus tard dans la nuit de lundi à mardi. “Jusqu’à – 7, – 8°C, la lutte sur frondaison est la plus efficace”, sur un débit de 40 m3/h/ha (480 m3 pour 2 ha), de 2 h 30 à 8 h 30 lors de la dernière nuit en alerte. 

Alors que des températures de – 4°C étaient relevées le matin du 4 avril près d’Anduze, “il semblerait que le gel ait eu peu d’impact pour l’instant”, observe prudemment Anne Sandré, responsable du pôle viticulture à la CA 30. La végétation étant “bien moins avancée qu’en 2021, avec un froid moins long”, les impacts comme à Vergèze (–2 à – 3°C) seraient de moindre ampleur, bien qu’on ne soit pas “à l’abri de quelques charges du gel sur certaines zones”. Le vignoble cévenol, le plus tardif, a bien enregistré plus de froid, mais il faudra attendre pour évaluer les effets sur les parcelles précoces (chardonnay). Du côté de Cardet, la cave coopérative de Lédignan a enregistré – 4,3°C. “Quelques bords ont été touchés”, relève Anthony Bafoil, le président, qui remarque des grenaches et des merlots abîmés, “sans savoir à quelle hauteur”, là où la taille des chardonnays a été reculée. Sans moyens de protection, en raison du coût des bougies, “on croise les doigts, d’autant que le mois d’avril va être long”. 

Aude : jusqu’à – 6°C dans le Limouxin 

Alors que les thermomètres affichaient des températures printanières la semaine dernière, avec 20°C dépassés dans le Sud-Ouest, l’épisode de gel qui s’est abattu sur la France, entre le 4 et le 5 avril, à particulièrement touché le Limouxin, avec des températures allant jusqu’à – 6°C, explique Patrick Pennavaire, viticulteur à Cournanel, près de Limoux. “Paradoxalement, il y a eu des températures plus froides dans certains secteurs et plus élevées dans d’autres”, ajoute-t-il. Des températures plus basses que l’année dernière, qui font craindre des dégâts, davantage sur le vignoble que sur l’arboriculture. Comme dans l’Hérault, “certains cépages précoces risquent d’être impactés, comme le chardonnay ou le pinot noir”, observe-t-il. Pour l’heure, “nous n’avons pas assez de recul pour estimer les conséquences de ces températures négatives sur les cultures”, ajoute Claude Descous, chef de service élevage à la Chambre d’agriculture de l’Aude. “Il faudra attendre que la végétation évolue, afin d’avoir une vue d’ensemble sur les potentiels dégâts dus au gel. L’enquête est en cours”, renchérit Claude Descous. 

De son côté, Patrick Pennavaire estime une perte de production d’environ 22 % sur le vignoble limouxin. Toutefois, Claude Descous estime que le département de l’Aude “est passé entre les mailles du filet”, et que les ravages seront sûrement moindres, contrairement aux conséquences de la vague de froid qui a touché le territoire, en avril 2021. Un espoir que cultive Patrick Pennavaire. Comme dans l’Hérault, ce dernier indique que “la végétation n’était pas encore assez développée sur le vignoble et les bourgeons, encore dans le coton”. Les autres secteurs du département semblent avoir été épargnés, mais à l’image du Limouxin et de l’Hérault, “nous en saurons plus d’ici la semaine prochaine”, conclut Claude Descous.

Florence Guilhem, Philippe Douteau et Margaux Masson


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