Plantation de cinsault en spirale : le Domaine Allegria a osé... avec joie

Publié le 09 février 2021

1 600 pieds de vigne de cinsault ont été plantés en mars 2019 sur une parcelle ronde de 30 ares. © Domaine Allegria

Ghislain et Delphine d’Aboville, vignerons installés depuis 2008, à Caux, ont échafaudé le projet de planter du cinsault en spirale, sur une parcelle ronde de 30 ares. Genèse d’un pari un peu fou, pour lequel ils ont lancé, mi-janvier, avec la société WineFunding, un financement participatif, toujours en cours.

Si la ligne droite n’est pas la caractéristique de la vie, qui s’apparenterait plutôt à une spirale, pourquoi ne pas en faire autant avec la vigne ? C’est le projet dans lequel s’est lancé, Ghislain d’Aboville, sur 30 ares, avec son épouse Delphine, en plantant du cinsault. Au-delà du fait que l’idée s’est imposée à eux parce que la parcelle est ronde, "on avait surtout envie d’un projet singulier, un peu fou et marrant. Puis, c’est motivant de tenter de nouvelles choses. Et comme nous sommes amoureux du cinsault, on avait envie de pousser le curseur plus loin pour créer un grand vin du Sud qui ait de l’élégance et de la finesse", confie le vigneron. Avant d’ajouter : "Dans la nature, rien n’a une forme carrée ou rectangulaire comme une parcelle de vigne traditionnelle ; tout est courbe."

Planter en spirale changera-t-il quelque chose à la qualité du vin produit ensuite ? Selon les retours d’expérience de Lionel Duplessis, vigneron à Jonquières, dans le Vaucluse, qui les a précédés dans ce défi en plantant 60 ares de syrah, les vignes se montreraient plus vigoureuses, "peut-être parce que l’exposition de la surface foliaire au soleil est modifié", racontait-il, en septembre 2015, à nos confrères de Terre de vins. Alors pourquoi en serait-il autrement avec le cinsault ? Pour en avoir le cœur net, Ghislain et Delphine ont échafaudé ce même type de projet avec leur cépage "d’amour", le cinsault, en 2019. Leur intérêt pour ce cépage a, à vrai dire, commencé dès la création du domaine, en 2008, avec la vinification d’une de ses plus belles parcelles, âgée de 40 ans.

Construction de la spirale

Si la spirale d’Archimède paraît un jeu d’enfant sur le papier, la reproduire dans la vigne, "c’est carrément chaud et cela nécessite beaucoup de temps", confie Delphine d’Aboville. "Il nous a fallu une journée entière pour dessiner la spirale", ajoute son époux. Premier obstacle : si l’on place un piquet central pour former un cercle, on ne crée qu’un cercle, pas une spirale. Et les apprentis d’Archimède de planter alors trois piquets formant un triangle. Puis d’enrouler un fil autour de ces trois piquets, puis la bobine entière, avant de la dérouler de nouveau à partir d’un premier pied, et en suivant, en marquant, à partir d’un écartement entre eux d’environ 2 mètres, chaque pied à planter. C’est ainsi que 1 600 pieds de vigne de cinsault ont été plantés en mars 2019.

La parcelle étant ronde, et les pieds de vigne formant une longue spirale continue depuis l’extérieur jusqu’au centre, impossible de passer un engin pour la labourer, même avec un cheval, ou pour la désherber. Tout se fait donc entièrement à la main et au fil pour débroussailler chaque pied pour éviter la concurrence. "Pour empêcher autant que faire se peut que les mauvaises herbes ne viennent concurrencer le pied de vigne, très fragile quand il s’agit d’un plantier, on a fait un paillage avec des écorces de bois et des cannes de Provence broyées", détaille le vigneron. Quant au choix des plants, le couple de vignerons a privilégié un matériel végétal de luxe en choisissant des sélections massales, pour conserver et reproduire l’exceptionnel patrimoine qualitatif d’un vignoble. Les futurs pieds de cinsault seront taillés en gobelet, faisant de chaque pied un petit arbuste, orienté à 360°. Un piquet en châtaignier sert de tuteur à chaque pied.

Appel à financement participatif

Pour soutenir ce projet et l’achat d’une cuve béton ovoïde dans laquelle le cinsault issu de cette plantation en spirale sera vinifié – "c’est dans cette cuve sans angle ni aspérité que des mouvements de convection naturels contribuent à une plus grande finesse et élégance des vins", précise le vigneron –, les vignerons ont lancé un crowfunding sur la plateforme de financement participatif dédiée exclusivement au vin, et créée par la société WineFunding. Le budget est fixé à 20 000 €, une somme qui permettra de financer la sélection massale, le paillage, les piquets bois, ainsi que les frais de mise en production durant quatre ans. "Si les fonds collectés atteignent 35 000 €, nous pourrons également financer l’achat d’une cuve ovoïde en béton de 30 hl", précise Ghislain d’Aboville.

En contrepartie d’une participation au financement de ce projet, la somme d’argent avancée est remboursée en vins du domaine pendant quatre ans, avec des réductions par rapport aux prix publics. Pour ce faire, quatre formules ont été mises en place(1). Le lancement du financement participatif s’est fait le 15 janvier. Il se clôturera 40 jours plus tard. Pour le faire connaître, la société WineFunding a organisé, avec les vignerons, un ‘live tasting’, le 27 janvier dernier.

Si tout se passe pour le mieux dans le meilleur des mondes, les premières vendanges auront lieu en septembre 2022, l’élevage en 2023, et le lancement de la cuvée en mars 2024. Après leur ‘Carignan gourmand’, leur ‘Poivre de Mourvèdre’, leur ‘Cinsault Abuelo’, viendra alors le temps du ‘Cinsault Spirale’, "dont la finesse et l’élégance rivaliseront avec certains grands pinots noirs de la Côte de Beaune. C’est en tout cas notre espoir et notre ambition", est persuadé Ghislain d’Aboville. 

 Florence Guilhem

(1) Pour en savoir plus : winefunding.com


Ghislain et Delphine d’Aboville. © F. Guilhem

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