Pic Saint-Loup : bien adapter le système assurantiel à la réalité du terrain

Publié le 12 juillet 2022

Cette parcelle de mourvèdre, à côté du domaine, a été touchée par la grêle à hauteur de 90 %. © F. Guilhem

Lors de la visite du préfet de l’Hérault, le 1er juillet, au Domaine de Villeneuve, à Claret, le président de la Chambre d’agriculture, Jérôme Despey, est revenu sur l’assurance récolte, en rappelant les points indispensables pour garantir la pérennité du vignoble.

Anne-Lise Fraisse, qui a repris, en 2005, le domaine  familial, n’a pas encore trouvé le courage d’aller dans toutes ses parcelles de vigne pour constater les dégâts après l’épisode de grêle du 24 juin, qui a frappé de plein fouet le Pic Saint-Loup. “C’est encore trop stressant pour moi. Tout était si beau que cela fait mal en cœur de voir tous les raisins noirs et les bois complètement séchés. Mon fils, Thibaut, me dit de relativiser, mais j’ai encore du mal. C’est d’autant plus impressionnant pour moi que, lors du pire épisode de grêle qu’on a connu en Pic Saint-Loup, en 2016, nous avons été plutôt épargnés, car la majorité de nos vignes sont adossées à la crête de l’Hortus. Juste une parcelle plus au sud a été impactée”, confie la vigneronne.

Sur les 24 ha touchés par la grêle, le 24 juin dernier, la famille Fraisse évalue à 10 % les pertes dans ses parcelles de Valflaunès, et de 30 à 90 % dans celles de Claret. L’expert, qui est venu dans les vignes, le 5 juillet, les a évaluées, lui, autour de 30 à 35 % à Valflaunès, et à 75 % à Claret. “Les dégâts sont tellement importants qu’il a décidé de ne pas valider tout de suite ses estimations et de repasser fin août”, indique Anne-Lise Fraisse. L’ensemble du vignoble est assuré à la parcelle. Ne reste plus désormais qu’à voir quelles seront les conditions météorologiques de l’été. “Si nous avons de la pluie et pas trop de sécheresse, on pourra un peu compenser, mais il y aura de la perte”, estime Bernard Fraisse. 

Avec la répétition des aléas climatiques, “en trois ans, de 2016 à 2018, nous avons perdu l’équivalent d’une récolte. Heureusement, nous avons eu des récoltes normales de 2019 à 2021, car nous n’avons quasiment pas été touchés par le coup de chaud de 2019 et très peu par le gel de 2021. Mais, à présent, avec cette grêle, cela nous impacte d’autant plus en raison de la régularité de nos ventes. Nous craignons de ne plus pouvoir fournir nos marchés. D’ailleurs, certains de nos clients ont déjà appelé pour savoir si l’on pourra honorer les commandes”, ajoute-t-il.

Une installation chahutée

Et le couple de s’inquiéter pour leurs enfants, Thibaut et Victorine, qui viennent de rejoindre l’exploitation, cette année, pour la récolte 2022. Leur plan d’installation sera validé par la commission JA fin août. Leur projet est d’augmenter de 6 à 8 ha la superficie de leurs vignes en AOC Pic Saint Loup, de passer le domaine en agriculture biologique et de développer la partie commerciale, entre autres l’export - qui ne pèse que 5 % dans leur chiffre d’affaires - et le nombre de bouteilles produites (de 200 000 à 300 000).

“Mais pour s’installer et mener à bien notre projet, on a besoin d’avoir un peu de sécurité”, commente leur fille, Victorine. “On fera tout ce qu’il faut pour vous sortir la tête de l’eau. C’est notre défi, car il est important de soutenir la filière viticole dans notre département”, promettait Hugues Moutouh, le préfet de l’Hérault, lors de sa visite au domaine, le 1er juillet. Sécuriser le vignoble, c’est justement ce que défend la filière pour la mise en place de l’assurance récolte, qui devrait être mise en place le 1er janvier 2023. 

La réforme de l’assurance multirisque climatique

Si le principe de la loi votée en janvier, sur le nouveau système assurantiel est bon, il est important que certains points de celle-ci soient retenus avant son application en janvier prochain”, souligne le président de la Chambre d’agriculture de l’Hérault, Jérôme Despey. Si le premier niveau de perte est à la charge des vignerons, les assurances interviennent au premier niveau de seuil, que la filière souhaite voir se déclencher à partir de 20 %, avec un taux de subvention à 70 %, comme dans la réglementation communautaire. “Pour cela, il faut appliquer le règlement Omnibus”, déclare le président.

Au-delà de 50 % de pertes, intervient le fonds de solidarité, avec un budget de 600 millions d’euros par an, ainsi que l’avait annoncé le président de la République, Emmanuel Macron, en septembre 2021. Et Jérôme Despey d’insister sur ce point, car “le vent des vignes me dit qu’il y aurait du mal à garder ce seuil de solidarité nationale à 50 % de dégâts pour des raisons budgétaires. C’est un point dur pour la profession. Le dispositif prévu doit être appliqué”, prévient-il. Puis de rappeler qu’il “vaut mieux un système pérenne que d’amener un milliard d’euros”, comme cela a été le cas avec le plan gel, et privilégier un système assurantiel incitatif. “L’objectif est d’atteindre 60 % des surfaces viticoles assurées à l’horizon 2030. Actuellement, nous sommes à 30 % au niveau national, et seulement à 13 % dans l’Hérault”, indique-t-il.

L’autre point capital de cette réforme du système assurantiel est la révision du mode de calcul de la moyenne olympique. “Dès qu’il y a un aléa, cela compte dans cette moyenne. Or, quand il y a une succession d’aléas, les pertes de potentiel de production se cumulent, et il n’y a pas de déclenchement de l’assurance”, rappelle-t-il. Ce système découle du règlement européen, qui s’appuie sur l’accord de Marrakech, ainsi que sur la boîte verte de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Or, en Espagne, “la moyenne olympique ne s’applique pas. Ils ont bénéficié d’un régime de faveur lors de leur entrée dans l’Union européenne. Quant aux États-Unis, qui sont dans l’OMC, leur moyenne olympique est calculée sur 10 ans et non 5 comme chez nous”, rapporte-t-il. Aussi demande-t-il que les années d’aléas soient enlevées dans le calcul de la moyenne olympique. “Basons-nous plutôt sur la capacité de production de la vigne”, suggère-t-il.

Outre le système assurantiel, le président de la Chambre est revenu à la charge sur les PGE (Prêts garantis par l’État). “Depuis 2019, la filière viticole ne prend que des gifles. Nous demandons d’avoir un étalement du remboursement à 10 ans pour notre filière, et la possibilité d’en souscrire de nouveau.” Ne reste plus qu’à espérer que le ministère de l’Agriculture ne fera pas la sourde oreille.

Florence Guilhem


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