Philippe Vergnes se veut toujours optimiste

Publié le 26 janvier 2021

La Chambre d’agriculture audoise a entamé un travail important de recensement des friches en collaboration avec le Conseil départemental, estimant que bon nombre de terres pourraient être remises en culture. © DR

Comme les autres, la Chambre d’agriculture de l’Aude a su adapter ses pratiques à la situation sanitaire si spéciale de 2020. Philippe Vergnes, son président, salue d’ailleurs la capacité d’adaptation de ses équipes et des exploitants face à la situation. Malgré les difficultés, il ne perd pas son optimisme, en soulignant la capacité de résistance et la solidarité des agriculteurs. C’est dans cet état d’esprit qu’il se positionne, en espérant de meilleurs augures pour l’ensemble de la profession dans son quotidien.

Comment la Chambre d’agriculture a-t-elle fait face à cette inextricable année 2020 ?

Philippe Vergnes : “Je tiens avant tout à souligner la conscience professionnelle des salariés et des élus de notre Chambre d’agriculture. Comme dans les autres départements, nous sommes parvenus à maintenir l’activité et le contact pour rester au service de nos exploitants de chaque filière. Cet accompagnement est passé par différentes mesures comme le numéro vert qui a été mis en place lors du premier confinement pour ne laisser personne sans réponse. L’un des points essentiels du printemps, la gestion des dossiers Pac, a pu être réglé malgré les dispositifs en distanciel. C’était une priorité essentielle pour le financement de nos exploitations sur laquelle nous n’avions pas le droit de nous rater. Le ministère a bien fait les choses en accordant un mois de délai supplémentaire pour finaliser ces dossiers. Si les dossiers viticoles se gèrent bien à distance, c’est plus compliqué pour ceux liés à l’élevage. Ce délai supplémentaire nous a donc permis de nous occuper correctement de tous. Le résultat est au rendez-vous puisque nous avons pu traiter autant de dossiers que l’année précédente.”

Cette crise du Covid-19 a-t-elle provoqué des arrêts définitifs d’activité de certaines exploitations ?

Ph.V. : “On ne peut pas faire un bilan de ce qui a été spécifiquement lié à la crise sanitaire, mais une chose est certaine : nos exploitations ont souffert, et ce dans toutes les filières. Celles qui sont le plus impactées sont celles qui dépendent étroitement de la restauration ou qui ont pour débouché principal le tourisme et la vente directe. Ainsi, certains maraîchers qui étaient très liés à la restauration haut de gamme ont subi un gros coup d’arrêt. C’est pourquoi la reprise assez rapide des marchés de plein vent est une bonne chose pour nos exploitants. Je remercie donc d’autant plus les services de l’état qui ont écouté nos arguments, pour rouvrir ce débouché important pour ceux qui pratiquent cette vente en circuit court.

Malheureusement, oui, des exploitations se sont arrêtées, mais c’est difficile d’attribuer cela à la crise du Covid, même si elle a pu amplifier le phénomène. Celui-ci reste cependant structurel, car il y en a qui s’arrêtent chaque année quel que soit le contexte, et c’est plutôt attribuable aux difficultés globales du secteur agricole, notamment pour des exploitations qui ne trouvent aucun repreneur souhaitant s’installer.

A l’heure du bilan de cette crise sanitaire, mon naturel optimiste me pousse à remarquer que certaines choses se sont tout de même améliorées, je pense à l’agribashing. Il semblerait que la population ait pris conscience de l’importance que représentait l’agriculture pour nos territoires et notre mode de vie, et je rappelle que ce sont les agriculteurs qui sont les premiers acteurs de l’environnement.”

Comment les actions de terrain de la Chambre vont s’organiser en 2021 ?

Ph.V. : “Tant que l’aspect sanitaire restera en l’état, nous allons maintenir ce dispositif de fonctionnement qui a fait que lors du deuxième confinement, nous étions bien rodés et parfaitement préparés. Nous allons maintenir la même proximité avec nos producteurs, car c’est le noyau de notre action de terrain.

Pour la plupart des rencontres de terrain, nous sommes passés à l’ère du webinaire. Même si les rencontres physiques nous manquent et que rien ne remplace ce contact, il est pour l’heure impossible de se réunir comme nous en avions l’habitude auparavant. La transmission technique se maintient donc par écrans interposés.

Pour 2021, comme pour le reste de mon mandat, la priorité de fond reste de permettre à nos agriculteurs de vivre de leur exploitation. Nous faisons un métier extraordinaire, cette crise du Covid nous l’a encore montré, avec une solidarité dans notre milieu agricole que nous ne retrouvons que très peu ailleurs.

Enfin, nous sommes en train de caler des rendez-vous avec l’ensemble des présidents d’intercommunalités et d’agglos du département. Nous avons pris l’engagement de tous les rencontrer pour leur présenter la Chambre d’agriculture et nos actions auprès des productions de leurs territoires respectifs. Ce sont eux qui ont la compétence agricole, donc il est indispensable de travailler main dans la main, resserrer les liens et affiner leurs connaissances de ce qui se passe sur leurs territoires au niveau agricole.”

Comment se traduit le plan de relance à l’échelle du département pour le secteur agricole ?

Ph.V. : “Le volet agricole de ce plan est ouvert depuis début janvier et nous sommes à fond dedans. Ce plan concerne tout un éventail de sujets qui vont pouvoir être accompagnés grâce à cet effort considérable de la part de l’état : agro-équipement, irrigation, mesures en rapport avec le changement climatique, le bio, le bilan carbone des exploitants, le travail avec les collectivités pour les cantines scolaires, et bien d’autres encore...Nous travaillons donc en étroite collaboration avec ces collectivités, avec la Région Occitanie qui gère les fonds Feader, et les services de l’état, avec la nomination d’un sous-préfet dédié à la coordination de ce plan de relance pour le département de l’Aude.

Nous avons donc mis en place deux techniciens responsables de ce plan au niveau de la Chambre d’agriculture avec une vaste communication auprès de nos 5 500 exploitants départementaux. Des courriers d’information ont été envoyés à chacun d’entre eux avant et après les fêtes pour bénéficier des possibilités de ce plan. Ils peuvent faire leur dossier directement ou par notre intermédiaire, et j’ai insisté pour cette prestation d’accompagnement de notre part reste gratuite. D’autant que c’est la règle du premier arrivé, premier servi qui va s’appliquer. Il faut donc être réactif pour constituer les dossiers.

A mes yeux, le seul bémol de ce plan de relance repose sur le fait que les exploitants qui souhaitent bénéficier d’un financement pour l’agro-équipement ou l’irrigation doivent être inscrits auprès d’un centre de gestion agréé pour leur comptabilité. Cela exclut de fait une partie des exploitants, conséquente chez nous, qui sont au régime du micro-BA (micro-bénéfice agricole).”

La problématique de l’eau pour les agriculteurs fait partie des dossiers que vous mettiez en avant lors de votre réélection. Où en est-on ?

Ph.V. : “Là aussi, c’est un sujet pleinement d’actualité. En compagnie de la Région et du Département, la Chambre d’agriculture contribue au financement d’une étude pour trouver des solutions pour apporter l’eau dans les zones orphelines. Trois secteurs expérimentaux ont pu être définis : en zone littorale, dans les Corbières, et dans le Limouxin. Au sein de chacun d’entre eux, des études seront menées pour évaluer quelles sont les solutions qui s’envisagent, que ce soient des forages collectifs, des bassins de stockage, des retenues collinaires, ou la réutilisation de l’eau issue des stations d’épuration.

Le problème de l’eau n’est pas la présence de la ressource en elle-même, mais bien sa disponibilité. Les forages collectifs peuvent être une alternative, en prouvant que l’eau est bien renouvelable. L’idée de fond reste que l’eau est une ressource qui se partage, car il n’y a aucune raison que celui qui est en plaine en bénéficie en abondance là où celui des Corbières n’y a que trop peu accès.”

Propos recueillis par Olivier Bazalge


Malgré les difficultés structurelles et la crise sanitaire, Philippe Vergnes se veut optimiste pour l’avenir de l’agriculture audoise, en n’hésitant pas à mettre en avant les valeurs de résistance et de solidarité de la profession agricole. © O.B.

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