Pépinières viticoles : en rangs serrés derrière l’OPA

Publié le 23 mars 2021

Pour le déploiement des variétés dites Resdur 1, si toutes les commandes de greffons standard de vidoc, artaban ou voltis prévues en 2021 pourront être livrées par l’IFV, il n’en va pas de même pour le floréal, victime de son succès (@ DR).

Avec l’obtention du statut d’OPA, les pépiniéristes viticoles français entrent dans une nouvelle ère de contrôle de leur production. En Occitanie, les professionnels sont bien engagés et veulent coller au plus près à la demande du marché.

Grâce à la collaboration étroite entre la FFPV (Fédération française des pépiniéristes viticoles) et FranceAgriMer (FAM), l’accession au statut d’OPA (Opérateurs professionnels agréés) est à présent possible pour les pépiniéristes, qui se retrouvent alors d’autant plus responsabilisés dans le cadre des attributions du passeport phytosanitaire européen (PPE) à usage professionnel. “En devenant OPA, nous faisons nous-mêmes le travail de contrôle, jusque-là effectué par FranceAgriMer. C’est une grande responsabilité dans laquelle nous engageons notre profession”, défend Éric Bourguet, président du SPVPVO.

Fruit de l’union, en 2017, des  41 adhérents des entités originelles du Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées, le Syndicat des pépiniéristes viticulteurs et des producteurs de vignes mères d’Occitanie (SPVPVO) atteint aujourd’hui une soixantaine d’adhérents.

Depuis sa création, ce syndicat professionnel veut accompagner ses adhérents face aux contraintes de la profession, assez mal connues par le monde vigneron, en réunissant les producteurs et metteurs en marché pour faire face aux évolutions majeures que connaît la filière.

Pour les pépiniéristes, l’année 2020 aura été autant marquée par la crise sanitaire, que par le fait d’avoir à composer avec ces nouvelles dispositions d’OPA, entrées en vigueur en fin d’année 2019. La nouvelle réglementation européenne concernant la santé des végétaux a en effet rendu obligatoire l’utilisation du PPE à usage professionnel. Cette mesure, qui vise à accroître la responsabilisation des professionnels pépiniéristes, a mécaniquement augmenté les exigences, en termes de traçabilité.

La responsabilité qui découle du statut OPA

Une harmonisation du format de ce passeport en a découlé, qui s’appose sur l’étiquette de certification pour constituer l’étiquetage officiel pour la circulation ou l’introduction des végétaux ou produits végétaux sur le territoire de l’union européenne.

“L’évolution essentielle repose sur la responsabilité aussi importante du professionnel que de l’autorité compétente, en l’occurrence FAM pour les bois et plants de vigne. L’opérateur se délivre le PPE et l’autorité contrôle la capacité des opérateurs à tenir rigoureusement leur auto-contrôle”, précise ainsi Jacques Degaille, chef de l’unité en charge de la certification des bois et plants de vigne pour le service territorial Occitanie de FranceAgriMer.

Cette mesure est entrée en vigueur pour les nouveaux passeports phytosanitaires délivrés à partir du
14 décembre 2019. Les OPA doivent être inscrits dans le registre, faisant l’objet de contrôles réguliers de l’autorité compétente concernant le respect des règles de production. “La volonté de FAM et de la FFPV est de ne laisser personne sur le côté, et que tous deviennent des OPA”, avait annoncé Jacques Degaille, l’an dernier, au moment de la mise en place effective de ces PPE.

Ce dossier des OPA est en train de toucher au but, “même s’il reste encore quelques ajustements pour finaliser. FAM souhaite ainsi que les contrôles soient faits par des prestataires extérieurs, alors que nous privilégions de faire nous-mêmes les contrôles, car nous engageons notre responsabilité sur les plants produits”, avance Éric Bourguet.

Sur les 143 professionnels concernés en Occitanie, 128 sont à présent reconnus OPA.

“Cela implique d’adapter nos entreprises, notamment concernant le plan de surveillance sanitaire, pour lequel nos structures vont devoir être à jour au niveau des stages de formation et dans les cahiers de contrôle des parcelles de manière rigoureuse, et pas juste au dernier moment !”, insiste Éric Bourguet.

Il compte donc fortement sur la marque collective professionnelle Vitipep’s, créée depuis deux ans, et invite tous les adhérents du syndicat à participer à cette marque, “pour être le socle de la profession dans son rôle d’OPA autour de cette marque fédératrice et garante de notre professionalisme pour produire nos plants origine France”, poursuit-il.

Ruée sur le floréal

Pour les pépiniéristes, rester à l’écoute des attentes du marché et des orientations des viticulteurs reste indispensable. Les perspectives représentées par les nouvelles variétés résistantes sont donc un des enjeux des plantations des années à venir. éric Bourguet rappelle que la visibilité des choix des vignerons reste compliquée pour ces variétés, pour lesquelles la commercialisation des greffons standard avait dû être arrêtée. “Grâce à la demande de la fédération, qui a été acceptée, cette distribution a pu reprendre, pour permettre d’accélérer la diffusion de ces variétés nouvelles pour lesquelles le matériel végétal n’est pas forcément en quantité suffisante. C’est le cas pour la variété Floréal, qui rencontre un succès qui ne se dément pas”, précise-t-il.

En effet, pour le déploiement des variétés dites Resdur 1, si toutes les commandes de greffons standard de vidoc, artaban ou voltis prévues en 2021 pourront être livrées par l’Institut français de la vigne et du vin (IFV), il n’en va pas de même pour le floréal, victime de sons succès. “Les commandes dépassent les 1,2 million de greffons standard de floréal pour 2021, et nous ne pourrons en livrer que 515 000, soit moins de la moitié”, indique Pascal Bloy, directeur du pôle national matériel végétal de l’IFV au Grau-du-Roi.

Concernant les plants eux-mêmes, ce sont plus de 88 000 plants de base qui ont été livrés et diffusés par l’IFV depuis 2018 après l’inscription et le classement des variétés Vidoc, Artaban, Voltis et Floréal.

Concernant la 2e génération de Resdur, dont sept variétés ont été classées en temporaire en janvier 2020, Pascal Bloy indique que “la possibilité de fourniture de plants de base ne sera possible qu’à partir de 2023, même si un classement définitif pourrait avoir lieu en 2022. Nous avons encore trop d’incertitudes quant aux variétés qui pourraient être finalement retenues, y compris peut-être des non-classées temporairement”.

Éric Bourguet termine ensuite sur la note positive de la campagne actuelle, qui se déroule très bien cette année en Occitanie, particulièrement en ex-Languedoc-Roussillon. “Nous en sommes les premiers étonnés au regard du contexte, même s’il faut certainement y voir l’effet de la fin du 3e plan collectif de restructuration (RQD) et d’une bonne dynamique autour des vins de Pays d’Oc”, analyse-t-il.

Les plants de tous les cépages sont en rupture de stock, ce qui constitue toujours une bonne nouvelle pour la profession des pépiniéristes, même si les marchés de la bouture et du porte-greffe restent plus en difficulté. 

Olivier Bazalge


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