Pays d'Oc : les IGP ont les cartes en main 

Publié le 11 octobre 2022

La troisième édition du Tour des cartes des Vins IGP Pays d’Oc en Occitanie a récompensé cinq établissements pour leur éventail d’IGP régionales sur leurs cartes. © Ph. Douteau

Pour leur troisième Tour des cartes en Occitanie, les Vins Pays d’Oc IGP ont remis leurs trophées aux bars à vins et restaurants faisant la part belle aux IGP régionales sur leurs cartes. Quand vignerons et CHR jouent le jeu des cépages, c’est leur notoriété qui se renforce auprès des consommateurs. 

Preuve que l’opération, lancée au national il y a sept ans, fait toujours des émules en région. Décliné en Occitanie depuis trois ans, le Tour des cartes a sélectionné 50 finalistes prétendant aux 5 trophées destinés à récompenser les cartes des restaurants et des bars à vins, pour leur rôle d’ambassadeurs des IGP Pays d’Oc. En conviant les créateurs de cuvées présentées sur les tables du domaine de Manse (Lattes), bastion des Vins Pays d’Oc IGP, le 3 octobre, le syndicat et la revue Terre de vins ont poursuivi leur démarche commune de consolidation des liens indéfectibles entre les vignerons et vigneronnes et les professionnels de la restauration. Cette alliance de goûts et de raison demeure un “couple gagnant qui doit persister”, a appuyé le président Jacques Gravegeal, comme de coutume à chaque édition. 

Un territoire viticole à la carte  

Après avoir épluché les cartes des 300 candidats, le jury de dégustation, présidé par le chef et président de l’association Chefs d’Oc Montpellier, Jacques Mazerand, a retenu 50 finalistes lors d’un départage au Jardin des Sens, en septembre, sélectionnés par le sommelier d’InterOc, Christophe Felez. C’est d’ailleurs sous le parrainage des frères Pourcel que cette édition a vu récompensés cinq bars à vins et restaurants, fervents défenseurs des IGP Pays d’Oc. 

Après une période commercialement entachée par la crise sanitaire, “un contexte dans lequel, si on n’avançait pas, on mourait”, Jacques Gravegeal a rappelé l’enjeu crucial de cette opération destinée à “honorer le CHR” dans la “première région viticole d’Europe qui réalise deux fois les volumes du Chili ou autant que l’Australie”. Impensable, donc, pour le président du syndicat des producteurs des Vins Pays d’Oc IGP, que ces vins régionaux ne soient pas révélés comme il se doit sur les cartes. Si la qualité n’est plus à prouver, assure Jacques Gravegeal, c’est en termes de notoriété que le déficit est à combler. Aussi, consolider ce Tour des cartes au niveau régional reste un des gages de la reconnaissance de qualité des IGP, surtout quand “la région fait 80 % d’IGP, et que Pays d’Oc représente 54 % de la production de vins en Languedoc-Roussillon”.

50 finalistes pour 5 trophées

Qui d’autre que les restaurateurs pour assurer le lien entre producteurs et consommateurs, forts de cartes richement référencées en Pays d’Oc ? Car, comme considère Jacques Gravegeal, “toutes les IGP ont le droit d’être reconnues au même titre que les AOP !”, saluant au passage la présence et l’implication de chefs renommés, comme les frères Pourcel ou Jacques Mazerand, qui ont accompagné leurs menus par les IGP Pays d’Oc dès le début.

Région touristique s’il en est, le Languedoc-Roussillon est la vitrine toute trouvée pour “faire découvrir tous ses beaux flacons”, souligne le président de Chefs d’Oc Montpellier. Et comme il n’y pas de bons repas sans bons vins, et vice versa, place aux prescripteurs de la restauration.

Lauréat dans la catégorie ‘Bar à vins’, La Dolia (Castelnau-le-Lez) propose 650 références, dont les fameuses IGP “liées à l’histoire de notre région”, note Marco Bertossi, sommelier. Côté ‘Restaurants de plage’, ou plutôt “cantine populaire”, c’est Le Paparazzo (Gruissan) qui décroche le prix, fort de 200 références, syrah en tête. Chez les ‘Restaurateurs de chaîne nationale’, La Boucherie (150 restaurants) l’emporte, alors que l’Hôtel de la Muse et du Rozier, dans les Gorges du Tarn, se distingue parmi les 22 nommés, dans la catégorie ‘Restaurants traditionnels’, de par une sélection de 150 vins d’Occitanie, parmi ses 300 références.

Pour clore la cérémonie, Jacques Pourcel a remis le trophée du ‘Restaurant gastronomique’ au Skab (Nîmes). Relevant l’année comme favorable en termes de clientèle locale et touristique, le chef du Jardin des Sens (Hôtel Richer de Belleval, à Montpellier) a virtuellement remis le prix à Stéphane Stoetzel, sommelier du restaurant du chef étoilé Damien Sanchez, qui fête ses dix ans.  

Des apéros test parisiens avant les JO de Paris 2024

Au-delà de la renommée régionale, les IGP Pays d’Oc visent plus grand, plus haut. Après un premier test concluant sur la cuvée rosé ‘Le Titi’ avec les Vins Richard, rebaptisée ‘Gavroche’ à Paris il y a deux ans, qui a vu “30 000 cols écoulés en trois semaines”, les IGP Pays d’Oc travaillent sur une formule apéritive dans 150 brasseries parisiennes, pour transformer l’essai avec un rosé (cinsault), et un blanc et un rouge bicépages. Pensés sur le modèle des after works pour damer le pion à la bière qui se fait de plus en plus mousser face au vin, les ‘Instants apéros IGP Pays d’Oc’ vont investir des lieux stratégiques de la capitale, annonce Florence Barthès, directrice générale du syndicat des producteurs des Vins Pays d’Oc IGP. Des planches en bois “made in Occitanie” seront agrémentées d’olives lucques, de la coopérative oléicole audoise L’Oulibo (Bize-Minervois) et de crackers fabriqués en région, offerts pour tout achat d’une bouteille de la cuvée. 

‘Le Titi’ sera d’ailleurs présent au village olympique lors des prochains Jeux Olympiques de Paris en 2024, en prélude à une démarche de consigne des bouteilles plus étendue par la suite. Alors qu’il ne sera pas autorisé de jeter les bouteilles dans les conteneurs parisiens alentours, l’idée de consigner les bouteilles en verre a germé, en collaboration avec les Vins Richard, en charge de la récupération et du nettoyage du verre. Entre la hausse des prix des matières premières et des disponibilités restreintes en verre du fait du conflit entre la Russie et l’Ukraine, “certains jeunes vignerons, aux volumes plus modestes, n’ont pas pu être livrés” en bouteilles, confie Florence Barthès. Les prochains JO feront donc office de test, avant un déploiement à plus grande échelle, notamment avec Oc’Consigne, la SCOP régionale qui fédère la filière du réemploi des verres en Occitanie. “Le challenge, pour nous, sera le recyclage des déchets.”

Dynamique sur les blancs 

La tête dans le futur viticole olympique, les Pays d’Oc n’en oublient pas pour autant les contingences plus terre-à-terre, alors que les contours du millésime 2022 sont encore flous. “C’est la première fois que je n’arrive pas à savoir ce qu’il va en sortir”, reconnaît Florence Barthès. Si l’Allemagne conserve sa place de leader sur l’export (plus de 550 000 hl), la surprise est venue de la Corée, depuis le boom maintenu des ventes en ligne pendant le Covid-19. Avec un marché à l’export en hausse (+ 5 % en volumes, + 7 % en valeur), le syndicat s’attend à “une belle récolte sur les blancs”, là où les rouges subissent un “élan de déconsommation” général, bien que les IGP Pays d’Oc puissent compter sur des rouges fruités pouvant être rafraîchis. Mais la dynamique des blancs se confirme, avec des replantations, comme l’ont été le cinsault et le grenache pour les rosés, dans une région que Florence Barthès qualifie de “bénie des dieux pour avoir des possibilités sur les trois couleurs”.

Philippe Douteau


“Toutes les IGP ont le droit d’être reconnues au même titre que les AOP”, selon le président du syndicat des producteurs des Vins Pays d’Oc IGP, qui représentent 54 % de la production des vins en Languedoc-Roussillon. © Ph. Douteau

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