Pays d'Oc : actifs et attractifs en dépit de la crise

Publié le 13 juillet 2021

Le capitaine du paquebot des Pays d’Oc, Jacques Gravegeal, reconnaît avoir été “tourmenté par le spectre du déclin économique en mars 2020”, avant de découvrir les performances des Pays d’Oc dans la grande distribution. © M. Sagnes

L’année atypique 2020 aura donné des sueurs froides. Dans un contexte qui est resté particulièrement difficile pour certains, les Pays d’Oc ont performé avec leur BIB dans les rayons de la grande distribution. Un appel d’air qui, entre crise sanitaire et choc climatique, rappelle l’urgence de mettre en place des outils performants de sécurisation économique des entreprises.

En 2020, “nous devions juguler une récolte pléthorique entre taxe Trump et Covid. L’AGPV1 – avec notamment nos quatre mousquetaires régionaux (Jérôme Despey, Gérard Bancillon, Jean-Marie Fabre et Boris Calmette) – obtient une distillation.” C’est ainsi que le président des vins de Pays d’Oc, Jacques Gravegeal, retrace l’année atypique 2020, jusqu’à cette assemblée générale, exceptionnellement positionnée le 5 juillet, dans l’enceinte habituelle du palais des congrès de La Grande-Motte. 

Dans ce contexte compliqué, à l’automne dernier, les Pays d’Oc imposent un cadre pour l’obtention du label, se basant sur le BIC (Besoin individuel en certification), pour les demandes de certification. Les caves peuvent soumettre 30 % de leur volume de BIC par couleur. Au-dessus de ce quota, un contrat d’achat est exigé. Calculé sur la base historique de commercialisation de chaque cave, le BIC vise à limiter le destockage à bas prix. Et, le 8 avril 2021, tout change, et le gel distille beaucoup plus que ce que l’on aurait souhaité”. L’état se mobilise et le Premier ministre, Jean Castex, annonce un milliard d’euros pour soutenir la filière agricole. La Région et les interprofessions s’engagent sur un plan de relance régional. “Cela ne comble jamais la perte, mais cela met du baume sur les plaies”, illustre  Jacques Gravegeal. 

Quant aux Pays d’Oc, leurs ventes en grande distribution prennent une courbe ascendante salutaire, “grâce à leur ADN de vins de cépage et à des contenants en BIB de 3 litres. Si certains ont vidé leurs caves plus tôt que prévu, on ne peut ignorer la souffrance de ceux qui approvisionnent le CHR”, souligne Jacques Gravegeal, avant d’avancer sur les prévisions pour la prochaine campagne, qui laissent présager un équilibre sur les rouges, “en tenant compte de ceux, qui seront tentés d’évacuer des rouges chez nous”, mais on peut prévoir que les commandes de rosé vont progresser. “C’est tout l’intérêt de la contractualisation qui, avant un prix, est une commande.” Pour les blancs, une demande de hausse des rendements de 90 à 100 hl/ha a été faite pour le millésime 2021 uniquement, “le juge de paix restant bien entendu la dégustation”. 

Un tunnel de prix relativement stable

Depuis plusieurs années, les vins de Pays d’Oc performent”, analyse Olivier Simonou, de chez Castel, vice-président d’Interoc. “Malgré des récoltes hétérogènes, ils se situent dans un tunnel de prix assez stable, qui permet d’inscrire le label dans la durée. Cela rassure le consommateur. Aussi puissant que soit le label, l’année va être exceptionnelle. Nous avons réfléchi avec l’interprofession, les coopératives, les Vif et le négoce aux besoins de la filière, par segments et couleurs. Le vin devrait suffire à alimenter globalement le marché. Mais certains vins sont surstockés, il va falloir éviter de produire sur ces segments”, met en garde le négociant. 

La grande distribution nous a sortis d’affaire, surtout par le véhicule IGP”, souligne Gérard Bancillon, président des vins IGP de France. La distillation a évacué 2,6 millions d’hectolitres. Si on ne le faisait pas, ce sont plus de 40 millions d’hectolitres qui auraient été impactés par la baisse des prix engendrés, il faut le rappeler. Ensuite, la catastrophe climatique nous a fait éviter une catastrophe économique. Mais nous avons encore beaucoup à faire pour travailler sur des outils de gestion“, indique celui qui se définit comme un “chantre de la contractualisation”. Il souhaite une caisse à outils avec plusieurs mesures, gérées “non pas par des présidents d’ODG, mais par des algorithmes, des données chiffrées”. 

Élargissant le champ des débats, le président du CS vin de FranceAgriMer, Jérôme Despey, a notamment salué l’obtention du droit à l’erreur à l’issue du trilogue européen, mais se désole qu’aucune compensation n’ait pu être actée pour la filière viticole”, victime collatérale de l’affaires Boeing/Airbus entre la France et l’Union européenne, face aux 600 millions d’euros de pertes que chiffre la filière.

Avant que le nouveau sous-préfet de l’Hérault, Pierre Castoldi, ne clôture les débats, le conseiller régional, René Moreno, rappelle que “de 250 millions d’euros injectés par la Région pour soutenir les entreprises, nous sommes passés à 400 millions d’euros avec le Covid”. Il prévoit d’ores et déjà la force de frappe qui sera nécessaire pour accompagner la reprise des marchés l’an prochain, si – et on peut l’espérer – la récolte est normale.

Magali Sagnes

1 Association générale de la production viticole : Cnaoc, La Coopération agricole, Confédération des vins IGP, Vignerons indépendants, FNSEA et JA.


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