Passer la crise par la vente en ligne des produits locaux

Publié le 14 avril 2020

De g. à d. : Pascal Conge, viticulteur à Saint-Christol, François Crémier, éleveur de brebis à l’Espiguette, Nathalie et Cédric Carpentier, chevriers, qui accueillent la boutique sur leur exploitation.

C’est la solution trouvée par les quatre associés du magasin de producteurs ‘La Ferme’, pour permettre aux personnes qui ne peuvent pas ou qui ne souhaitent pas se déplacer de continuer à pouvoir acheter leurs produits locaux.

17 mars, midi : la population française est sommée de rester confinée chez elle. Le week-end précédent, les restaurants ont été priés de fermer boutique. Après la fermeture des établissements scolaires et de nombreuses entreprises, les restaurations collectives et scolaires se retrouvent en cessation d’activité. “Ils étaient nos principaux clients. Du coup, la perte de ces débouchés a été une catastrophe immédiate”, se souvient Cédric Carpentier, éleveur de chèvres, avec son épouse Nathalie, depuis trois ans, à Baillargues.

Un tour dans sa cave d’affinage de fromages donne la mesure de l’étendue du désastre. “J’étais si désemparé que j’ai fait une vidéo que j’ai mise sur notre page Facebook, en expliquant que, dans deux jours, j’allais être contraint de tout jeter, soit plus de 1 100 fromages de chèvre en stock”, raconte-t-il. La vidéo suscite une émotion immédiate. Particuliers et grande distribution contactent le chevrier pour passer commande. Une entreprise de logiciels, basée à Montpellier, leur offre de créer un site internet de vente en ligne de leurs produits. Les quatre associés acceptent la proposition.

Un site éphémère et collectif

Le site est créé en 24 h. Il suffit ensuite de faire la sélection de ses produits, puis de passer commande. Un seul bémol : la livraison ne peut avoir lieu que dans un rayon de 10 km maximum autour de la chèvrerie. Un beau geste : parce que le personnel soignant est en première ligne, les associés de ‘La Ferme’ leur livrent gratuitement toute commande, sur simple présentation d’un justificatif. Et si les commandes sont regroupées (par quartier, immeuble, lieu de travail, etc.), et dépassent les 100 €, les frais de livraison sont remboursés.

Côté paiements, ils se font tous avant livraison et en ligne. “Pour respecter les mesures sanitaires imposées, on suit toutes les consignes, à savoir on dépose le colis, on sonne et on repart. Aucun contact entre le livreur et le client ne se produit”, précise Cédric. 

La première semaine de son existence, le site de vente en ligne a enregistré 80 commandes. Quinze jours plus tard (au 3 avril, ndlr), les commandes sont passées à plus de 200. Elles continuent à grimper au fil des jours. De quoi offrir une soupape de sécurité aux producteurs, avec ce nouveau débouché. Pourtant, ce site n’aura pas vocation à perdurer. Sa durée sera, en fait, celle du confinement. “Dans ce que l’on a mis en place, nous ne sommes pas organisés pour maintenir le service de livraison comme on le fait aujourd’hui. Nous faisons des journées de plus de
15 h, nous finissons très tard tous les soirs. Avec la reprise d’une activité normale, quand le confinement sera terminé, ce rythme-là ne sera pas tenable”,
soulève le chevrier. Comprenez que même en étant quatre associés (Cédric, Nathalie, François et Pascal) et leurs salariés, la tenue du magasin reste chronophage.

Quoi qu’il en soit, “ce site internet nous permet actuellement d’envisager l’avenir de manière plus sereine. La vente en ligne est une sacrée solution face à cette pandémie, et c’est cela qui va nous permettre de passer la crise. Par ailleurs, ce qui est vraiment super, c’est qu’il nous permet également de renvoyer l’ascenseur à d’autres producteurs, qui ne trouvent pas de débouchés pour leurs produits. On leur ouvre donc notre site, comme les portes de notre magasin, en mettant temporairement certains de nos produits en ‘rupture de stock’ afin de mettre en avant les produits équivalents de ces producteurs”, commente Cédric Carpentier. 

D’ailleurs, côté magasin, après une période de désertion durant les premiers jours du confinement, sa fréquentation a repris, et même doublé par rapport à la même période en 2019. “Je pense que les prises de parole en faveur de l’agriculture locale, les appels à consommer local et à soutenir les paysans ont participé au retour de la clientèle dans nos magasins de produits locaux. En achetant au magasin ou sur notre site en ligne, les consommateurs, je pense, ont désormais conscience de favoriser la production fermière de nourriture, et le consommer local. Et c’est grâce à cette chaîne de solidarité à laquelle ils participent aussi que l’on va aussi pouvoir passer la crise”, s’enthousiasme Cédric Carpentier. 

Florence Guilhem

Route de Castries, à Baillargues. www.lafermedebaillargues.fr - Page Facebook : La Ferme


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