Ostréiculture : 100 actions ciblées pour le contrat de filière

Publié le 17 décembre 2020

Une des grandes préoccupations de la filière est la décroissance du nombre de professionnels dans les années à venir, due en grande partie aux nombreux départs en retraite dans les dix prochaines années et à l’absence d’attractivité du métier. © F. G

Le tour de piste des professionnels et des partenaires de la filière conchylicole vient de prendre fin. Si aucun grain de sable ne vient enrayer la machine, le contrat de filière devrait être signé avec la Région Occitanie d’ici la fin du premier trimestre 2021.

Ni les crises sanitaires, avec la fermeture administrative de la lagune, en début d’année, ni les contraintes liées au Covid-19 n’auront suspendu les démarches entreprises par le Comité régional de conchyliculture de Méditerranée (CRCM), pour structurer la filière et monter un "plan d’attaque" pour la sécuriser, la pérenniser et répondre aux enjeux de demain à l’échelle de tous les bassins de production en Méditerranée. 

Petit retour en arrière. Après une enquête menée auprès d’une cinquantaine d’ostréiculteurs de plus de 50 ans, visant à déterminer les enjeux de demain pour la transmission des exploitations et le renouvellement des générations, une étude stratégique a été engagée pour interroger professionnels et partenaires de la filière sur les priorités et orientations à suivre, avant un travail en groupes permettant de fixer des actions concrètes. Une démarche "innovante", rappelle le président du CRCM, Patrice Lafont, car "elle s’est fondée sur la concertation des professionnels, seul moyen, à mon avis, de faire en sorte qu’ils s’approprient le projet". 

Huit ambitions

Aujourd’hui, en cours de rédaction, le contrat de filière, soutenu par la présidente de Région, Carole Delga, dès juin 2018, poursuit huit ambitions : l’adaptabilité de la filière face aux enjeux environnementaux, la promotion des produits et des métiers, l’accompagnement à la diversification des productions, la mise en place de dispositifs pour simplifier l’installation et la transmission, l’innovation, la relance de la production en mer, la création d’un observatoire économique de la filière, et la gouvernance. 

"Au travers des ateliers de travail et des concertations, pas moins de 100 actions concrètes ont été définies pour répondre aux enjeux de la filière. Ses 100 actions s’inscrivent dans les huit ambitions fixées dans le contrat de filière", explique Fabrice Grillon-Gaborit, chargé de mission filière conchylicole Occitanie, au CRCM, en charge de la rédaction de ce "vade-mecum". Et des actions concernant tous les bassins de production, tant à l’échelle micro-locale, que départementale, régionale, voire à l’échelle de la Méditerranée. 

"Si le CRCM est chef d’orchestre de ce contrat de filière, il n’a pas pour vocation, ni ambition, de porter à bout de bras toutes les actions définies. La logique qui domine dans ce projet est entrepreneuriale", tient à préciser le chargé de mission. Traduction : de la profession, en passant par les collectivités territoriales, les entreprises aux activités en lien avec le milieu, les centres de recherche, les start-up, le lycée de la Mer de Sète, tous les acteurs sont conviés à intervenir et prendre en charge certaines des actions proposées.

Table conchylicole du XXIe siècle…

Entre les malaïgues et autres aléas climatiques provoquant crises sanitaires et fermetures administratives des bassins, la mortalité des naissains, le développement de prédateurs, la profession conchylicole est à rude épreuve. Anticiper plutôt que subir est désormais le leitmotiv. Ainsi, face aux enjeux environnementaux, tout un travail sera lancé pour créer le prototype de la table conchylicole du XXIe siècle. Quèsaco ? "Ce serait une table pourvue d’oxygénateurs permettant aux coquillages d’avoir toujours de l’oxygène, même en cas de malaïgue. Elle serait aussi équipée de caméras de surveillance pour lutter contre les vols d’huîtres, ainsi que de capteurs pour exonder quand le moment est venu. Et ce serait une table avec une autonomie énergétique", détaille Fabrice Grillon-Gaborit. Un comité de pilotage vient d’être mis en place. Un appel à projets sera lancé début 2021. La Région serait partante pour financer les études et le lycée de la Mer s’est dit intéressé pour assurer la maîtrise d’œuvre.

Si la profession a décidé d’en faire une de ses priorités, c’est parce que le projet de mise en place d’un démonstrateur de panneaux photovoltaïques couvrant les 2 600 tables conchylicoles et mythicoles de la lagune de Thau, s’il se fait, ne sera opérationnel que d’ici quatre ans au bas mot. Quatre années en effet, puisque toute installation sur le domaine public maritime impose une mise en concurrence préalable. Suivra une enquête publique de 12 à 18 mois. 

De plus, la procédure est lourde, notamment au regard des contraintes de la Loi sur l’eau ou encore de la ZPPAUP (Zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager) de Loupian. Autre écueil : la vétusté des tables, la plupart en fin de vie. Mais l’intérêt est de taille. Outre leur participation à l’oxygénation et une généralisation de l’exondation, ces panneaux participeraient aussi à la réduction de production de déchets et à la création d’hydrogène à partir de l’énergie produite sur les tables, de quoi permettre son transfert dans les moteurs des barges, etc.

… et écloserie méditerranéenne

Par rapport à la mortalité des naissains, la profession est partie du constat que les naissains méditerranéens sont moins exposés à la mortalité que ceux de l’Atlantique. L’idée a donc germé de créer une écloserie, un vieux dossier, mais jamais sorti des cartons. La recherche devra donc plancher sur une souche d’huître locale, rustique et adaptée au contexte méditerranéen. Le modèle économique reposerait sur la vente de 150 millions de naissains vendus dans les bassins de production de Méditerranée, en France, et pourquoi pas au-delà… 

Un gros travail sera également à mener sur le pré-grossissement. Quelles sont les bonnes conditions de nursage ? En bâtiment en dur ou bien en milieu naturel ? Une question à creuser. Dans tous les cas, "l’écloserie est un vrai métier. Celle-ci ne verra le jour que si on arrive à créer un consortium, avec notamment les entreprises et l’Ifremer", relève le chargé de mission du CRCM. Si l’écloserie voit le jour, elle pourrait se situer à Frontignan, où il reste encore du foncier disponible, et où la Région a donné son feu vert pour l’obtention d’une prise d’eau à la mer. À côté de cette écloserie pourrait être également construit un bâtiment de stockage.

Innover, sécuriser et anticiper sont les trois piliers de ce futur contrat de filière, qui porte en son sein l’avenir de la profession et de nouvelles opportunités, à condition que les conchyliculteurs s’engagent et se structurent. Sans cela, l’avenir de la filière pourrait très vite s’assombrir. La politique de la main tendue n’est pas éternelle.

Florence Guilhem


Partant du constat que les naissains méditerranéens sont moins exposés à la mortalité que ceux de l’Atlantique, l’idée a germé de créer une écloserie, qui pourrait être située à Frontignan. © F. Guilhem

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