“On va remplir nos cuves”

Publié le 06 septembre 2022

La traditionnelle réunion de préparation des vendanges des Vignerons indépendants de l’Aude s’est tenue le 25 août, à la CCI de Narbonne. © J. Bonnery

Les Vignerons indépendants de l’Aude se sont réunis le 25 août pour leur traditionnelle réunion de préparation des vendanges. Habituellement à Lézignan-Corbières, elle a pris place, cette année, à la CCI de Narbonne et sonne le “top départ” des vendanges, bien qu’elles aient déjà commencé pour certains, et donne le ton de ce nouveau millésime.

“Cette réunion tient place chaque année à la fin du mois d’août, mais bientôt on l’organisera le 14 août”, plaisante Alexandre They, président des Vignerons indépendants de l’Aude. L’ensemble de la fédération de l’Aude, la Chambre d’agriculture et ses services techniques, les laboratoires Dejean et Dubernet, la DDTM de l’Aude, FranceAgriMer, ainsi que le service des douanes de Narbonne ont sonné ensemble les trois coups de ce millésime 2022. “Un millésime précoce et chaud”, a précisé le président. “Après le gel et la grêle que nous avons connus, la sécheresse devient un fléau comme un autre dans le pack des aléas climatiques. La récolte va être plus petite que prévue. On estimait 14 millions d’hectolitres dans le Languedoc-Roussillon, alors qu’on va se situer autour des 12 millions, contre 9,3 millions l’année dernière. Cela va être dans la normalité basse sans avoir un impact : qualitativement, on peut aller sur des choses satisfaisantes, et quantitativement, cela dépendra de la météo !” Et Roland Coustal, secrétaire général, d’ajouter : “Ce sera un millésime difficile à vinifier. On aura peut-être des décalages, mais des millésimes avec sécheresse on en a déjà vécu, et on va remplir nos cuves.”

L’irrigation, un grand sujet

Le président l’a assuré, le syndicat travaille sur des “sujets forts” comme l’irrigation, la nouvelle assurance multirisque climatique, qui devrait se mettre en place au 1er janvier 2023, ainsi que sur des chantiers de retenues d’eau collinaires. “La sécheresse cause le problème de l’irrigation, qui n’est pas accessible à tout le monde sur le département. Je pense qu’il n’y a plus de tabous à envisager tous les systèmes possibles concernant l’irrigation.”

Et Serge Seris, vice-président des VI de l’Aude, de souligner : “On est dans un département singulier et on ne cesse de dire qu’on a de l’eau. On doit être capable de réunir autour de la table tous les acteurs de la filière et même au-delà, pour savoir comment capter cette eau. On prévoit des problèmes d’inondations et de crues : je pense qu’avec un peu d’intelligence et de savoir-faire on doit être capable de capter un tant soit peu de l’eau qui servirait aux populations, à l’agriculture et au développement de notre département. Si on n’est pas capable de concrétiser tout ce que l’on dit depuis des années, c’est le département tout entier qui risque d’en payer les conséquences.”

Il faut garder à l’esprit qu’un des premiers acteurs économiques du département est la viticulture, c’est ce que souhaiterait Alexandre They. “Il faut très rapidement que les choses se mettent en place parce qu’elles vont de pair avec la résilience économique.” 

Les stocks, un grand vide

“Vu ce qu’on a ramassé l’année dernière, si vous entrez dans ma cave aujourd’hui et que vous chantez, cela résonne comme dans une cathédrale”, sourit le président, en annonçant des stocks d’appellations “pas énormes”. “Les cours se sont maintenus pour les appellations sur les 12 derniers mois et les sorties sont en baisse.” Une réalité liée à deux facteurs : une récolte fortement impactée par le gel et l’inflation. “Aujourd’hui, la GMS est à - 13 % et le panier moyen de la ménagère prend 6,5 points. Tout le monde est enclin à réfléchir à son budget et cela impacte forcément la production sur les sorties en cours. Là encore, nous avons les moyens d’être résilients.” L’ensemble des vignerons s’est accordé pour dire que le démarrage des salons à l’autonome sera “un bon indicateur et annoncera la couleur”.

Un millésime aux planètes alignées

D’après les laboratoires Dubernet, les vignes n’ont pas tant souffert de la sécheresse et ont profité des conditions climatiques pour se développer et produire des baies de qualité. “C’est une excellente nouvelle”, a déclaré Mathieu Dubernet, concernant le niveau d’azote particulièrement élevé cette année. “Nous avons un taux d’azote que nous n’avons pas connu depuis 2015, voire 2011, et cela augure des vins plutôt bons.” Tout comme l’azote, les teneurs en phosphore ont atteint un niveau record, contrairement au potassium, dont les niveaux d’assimilation sont restés faibles en raison de la sécheresse. “Pourtant, on se retrouve aujourd’hui avec des moûts qui retiennent des niveaux de potassium quasiment record. Les fortes températures que la vigne connaît depuis le mois de mai ont fait migrer tout le potassium dans les raisins.” Cela induit donc une envolée du niveau de pH. “Il est certain que nous devrons être capables d’acidifier nos cuvées de façon suffisamment dynamique.” Le calcium, qui permet de structurer les baies et de les rendre plus résistantes, reste particulièrement bas. “Nous avons finalement un millésime avec un alignement des planètes qu’on n’avait pas vu depuis longtemps. J’aurais donc tendance à donner un message plutôt enthousiaste sur ce qui nous attend. En termes aromatique et phénolique, on voit des choses qui seront intéressantes, il faudra juste se battre sur les acidités.” 

Justine Bonnery


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