Oignon doux des Cévennes : le légume en devenir

Publié le 21 mai 2019

"On dit qu'une famille peut vivre avec un hectare d'oignon, ce qui n'existe pas vraiment en fruits et légumes", a indiqué Jérôme Fesquet au Medfel. Ici sur le stand de l'AOP, accompagné du nouveau directeur de la coopérative Origine Cévennes, Joël Ar

Seul oignon cultivé en terrasses, en terrains morcelés, l'oignon doux des Cévennes se démarque en bien des points. Premier condiment en Europe à obtenir l'AOC en 2003, avant l'AOP en 2008, il est cultivé dans 30 communes du sud des Cévennes. Produit vedette lors du précédent Medfel, il a à nouveau fait parler de lui cette année. Nouveau directeur, nouvelle identité visuelle, bilan de campagne... Le président Jérôme Fesquet a fait les présentations.

La 11e édition du Medfel à Perpignan tombait à point nommé pour Origine Cévennes, la coopérative qui réunit 98 producteurs adhérents, et fédère plus de 80 % de la production d'oignons doux des Cévennes. Produit unique, aux conditions de production délicates et artisanales, l'AOP est le fruit de 30 années d'engagement et de promotion, juchée sur un terroir morcelé de 45 ha.

Une saison 2018 en demi-teinte

Sur les quelque 2 000 parcelles recensées par la SCA Oignons doux des Cévennes, le mois de mai est celui du repiquage, après un travail du sol. La phase de plantation est cruciale autant que fastidieuse pour les petites mains et les dos courbés à flanc de terrasses. Plantés un par un, les oignons peuplent la terre à haute densité : entre 65 et 70 plants au mètre carré. Ces parcelles, d'environ 400 m2 en moyenne, sont "difficiles à travailler", et "nécessitent beaucoup de travail manuel", tient à rappeler le président de la coopérative depuis 2017. Présent de juillet à fin mars, l'oignon doux est récolté en août. Un rythme rendu possible grâce à une rotation de culture sur une même année, et à l'engrais vert de septembre à mars. "C'est le secret de la réussite", confie Jérôme Fesquet. La récolte passée, la phase hivernale consiste pour les producteurs à préparer les prochaines plantations et à la finition des oignons au couteau, "sur la queue et la racine", explique le président.

Commencée à partir de mi-août, la commercialisation s'arrête à la fin du mois de mars. Mais cette année, la saison a pris fin précocement, en raison d'un "manque de tonnage", fait remarquer le producteur. Après le record de 2017-2018 avec 2 750 tonnes récoltées, la dernière campagne a été marquée par une météo moins clémente (la pluie en mai au moment du repiquage), et quelques problèmes qualitatifs, notamment les maladies (bactériose en cours de conservation), sauf pour les plantations précoces.

Sortir du rayon "condiments"

Les volumes s'élèvent pour cette année à 1 950 tonnes, bien en deçà des 2 500 t habituelles. "Les prix se sont tenus malgré tout", tempère le président d'Origine Cévennes, avec des prix payés aux producteurs "pas trop mauvais". La stratégie engagée avec les metteurs en marché et la contractualisation avec des enseignes de la grande distribution ont permis au produit d'accentuer sa différenciation et sa notoriété, pour progressivement "sortir du rayon condiments," et se positionner comme un légume en vrac ou préemballé, selon les orientations impulsées par l'appellation.

Pour convaincre de la qualité et asseoir le statut du produit "haut-de-gamme", l'AOP s'est engagée dans un collectif ‘Nouveaux Champs’ pour valider ses engagements techniques et ses pratiques. "Depuis dix ans, on savait qu'on utilisait zéro pesticide", assure Jérôme Fesquet, en référence au label "Zéro résidu de pesticides". Un récent test commercial a permis de vendre 50 t, soit "30 % de plus-value sur le produit". Dix producteurs ont adhéré à ce cahier des charges, ce qui laisse présager un potentiel de 400 t pour la prochaine campagne. "Deux analyses sont effectuées dès la récolte puis après le conditionnement, en fonction des parcelles", avance le président. Décidée à se pencher sur la HVE 3 (Haute valeur environnementale), l'équipe ne mise pas spécialement sur le bio. Du fait du peu de demandes des producteurs, et que vu les méthodes de culture déjà en place, "on est loin de l'agriculture extensive", ironise Jérôme Fesquet. D'autant que la conversion s'avèrerait compliquée en matière de désherbage mécanique.

Philippe Douteau


Cultivé en terrasses, entre le Mont Aigoual et les garrigues, dans l'ouest du Gard, l'oignon doux des Cévennes est planté entre 300 et 600 m d'altitude. Cette année, le nombre de producteurs Global Gap a doublé.

GardOignon doux des Cévennes maraîchage Medfel Jérôme Fesquet Joël Armand