Occitanie : Terres, prés et vignes, des marchés en progrès

Publié le 14 juin 2022

Deuxième région agricole de France, l’Occitanie subit la pression foncière, en raison de son attrait. 40 000 à 50 000 nouveaux habitants y arrivent chaque année. Sur 6 850 ha, 1 127 sont repris par les collectivités. © Pixabay

En 2021, la Safer Occitanie a agi sur plus de 20 000 hectares. Avec plus de 2 400 transactions, le ‘Parlement du foncier’, tel que décrit par son président Dominique Granier, observe une stabilité des prix des terres et une demande marquée sur les espaces à fort potentiel conduisant à une dynamique de marché d’une ampleur quasi inédite.

Fortement prisé, en raison d'un foncier "le moins cher d'Europe, mais toujours cher pour les agriculteurs", le marché agricole d'Occitanie est géré par la Safer régionale, à hauteur d'un hectare sur deux. "En raison de taux d'intérêt presque négatifs en 2021, la terre devient une valeur refuge", constate le président régional, Dominique Granier, qui prévient par ailleurs d'un risque de "déprise agricole" latent, que ce soit sur les oléagineux comme sur la pénurie de lait pour nourrissons aux états-Unis. "Demain, le blé ou le riz peuvent être plus rares, d'où une obligation de mettre en place une sécurité alimentaire territoriale", annonce le président de la Safer Occitanie.  

Dans la foulée de l'assemblée générale de l'outil régional de politique publique en matière de foncier, qui a reconduit l'équipe pour quatre ans, avec 13 présidents de comités techniques, la "démocratie alimentaire" demeure plus que jamais une priorité, "depuis avant le Covid et la crise en Ukraine", relève Dominique Granier, lors d'une conférence de presse en ligne donnée le 2 juin. Deuxième région agricole de France (34 % des surfaces), l'Occitanie subit une pression foncière constante, en accueillant chaque année entre 40 000 à 50 000 habitants supplémentaires. 

Espace rural : le marché pousse 

Entre les notifications reçues par la Safer Occitanie (46 800, + 23 %) et les 2 424 transactions qui lui sont rétrocédées, le marché de l'espace rural connaît une hausse importante, couvrant 98 000 ha en 2021, soit une progression de 15 % sur un an. Représentant un montant de 4,5 Mds€
(+ 35 %), le marché englobe les segments agricoles (terres, prés et vignes), forestiers, des maisons à la campagne et celui de l'urbanisation des terres. 

En dépit du gel d'avril 2021, le marché de la vigne est "resté dynamique", annonce Christian Roussel, directeur opérationnel. Les ventes ont ainsi augmenté de 15 % et de 24 % valeur, malgré un aléa d'ampleur national, "le plus dévastateur", souligne Dominique Granier. Les conséquences des dégâts sont aussi à craindre encore cette année, bien que la récolte ait l'air "convenable sur pied", assure le président. 

Sur le marché des forêts, qui enregistre 1 824 ventes (12 635 ha), si la demande s'accroît, l'offre n'est "pas suffisante", indique Christian Roussel. Quant à celui des maisons à la campagne, l'effet Covid d'un "exode rural" s'est accentué en 2021 (+ 20 %), en raison d'une "forte demande des familles pour vivre à la campagne, voire récupérer une petite activité agricole", remarque le directeur opérationnel, impliquant une hausse des surfaces de 22 %, pour une valeur de + 33 %. 

Prix stabilisés et mobilisation des friches 

Alors que la masse bâtie a constitué "une augmentation globale", les prix des terres et prés à l'hectare sont restés globalement stables, comme pour les vignes. Cependant, en raison du changement climatique et de ses impacts sur les cultures, la Safer Occitanie relève une demande appuyée sur des sols "à forte valeur agronomique et sur des terrains irrigables", note Christian Roussel. Par conséquent, les terrains en coteaux, notamment, sont moins prisés malgré leur prix plus abordable. "On ne doit pas avoir des terres en friches avec un potentiel irrigable", appuie Dominique Granier, car "l'eau et le foncier sont liés", estime-t-il. 

À l'heure où la guerre en Ukraine fait rage et perturbe notamment les approvisionnements en céréales, la Safer Occitanie va mettre en place un dispositif de location de terres non cultivées ou en friches depuis peu, en dérogeant au statut de fermage. Limité à 12 ans maximum, il permettra de "mettre en culture de terres disponibles, avec un potentiel agronomique correct, pour faire face au surcoût des céréales et de l'alimentation animale", annonce Frédéric André, directeur général. La Safer Occitanie participera à hauteur de 150 €/ha pour aider les agriculteurs à la remise en terre de semis d'automne et de tournesol, en encourageant une exonération de loyer de deux à trois ans. "Le produit sera reversé à la Fondation de France en soutien à l'Ukraine", ajoute Frédéric André. 

Portage foncier allégé 

Accompagnant 620 opérations d'installations (+ 30 %), soit 40 % des surfaces rétrocédées (8 350 ha), la Safer régionale a aidé notamment 165 jeunes, via un investissement de 330 000 €, plafonné à 2 000 € par jeune agriculteur, avec une prise en charge totale des frais notariés. De plus, l'organe a abondé 1 000 € pour la prise en charge de la cotisation d'assurance agricole, histoire de montrer "que l'on n'est pas juste un marchand de terres", selon Dominique Granier. 

Afin d'adapter le modèle agricole au contexte, la Safer Occitanie participe à la mise en place d'une foncière régionale pour "favoriser le portage foncier et alléger la charge d'emprunt", alors que le système de fermage intéresse moins, "pour des questions de successions", explique le président. Réunissant des investisseurs tels que la Safer, les banques et la Caisse des dépôts, la société collectera des fonds pour acheter du foncier, via un portage par la Safer ou par des particuliers (jusqu'à 200 € de part). "C'est une aide au démarrage, quand l'investissement n'est pas soutenu par une banque. Après cinq ou sept ans, l'agriculteur deviendra propriétaire", présente Dominique Granier. Une première levée de fonds pour cette foncière a réuni 1,6 M€, après un apport de 30 % et 70 % d'emprunt, pour une moyenne estimée de 60 dossiers financés. 

Philippe Douteau 


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