Nouvel élan pour l’abattoir d'Alès en Cévennes

Publié le 14 décembre 2021

Patrick Viala, président de Bienvenue à la ferme Gard et Patrick Gravil, président du Syndicat bovin du Gard, deux des nombreux actionnaires de la future Semaac. © Ph. Douteau

Après des années de turbulences et d’incertitudes, l’avenir de l’abattoir d’Alès en Cévennes s’éclaircit enfin. En créant une Société d’économie mixte (SEM), les éleveurs, partenaires et les collectivités locales reprennent la gestion de l’abattoir, régie pour moitié par les élus et pour l’autre, par les usagers. L’exploitation de la structure par la Semaac devrait démarrer en mars 2022.

"Pas de politique de circuit court sans abattoir de proximité." Suite à l'assemblée constitutive de la Semaac (Société d'économie mixte des abattoirs d'Alès Cévennes), qui s'est tenue le 26 novembre dans la "capitale" des Cévennes, Patrick Viala ne cachait pas sa satisfaction d'avoir assisté à la naissance d'une démarche de "sauvegarde primordiale" pour la structure et la filière élevage gardoise. Conjointement engagé, l'ensemble des professionnels de la filière et de ses métiers composera le conseil d'administration de la société anonyme, représentant les collectivités (Alès, Alès Agglomération et le Syndicat mixte du pays des Cévennes), ainsi que les usagers, grossistes et éleveurs. La prise de gestion de la Semaac, prévue au 1er mars 2022, devrait coïncider avec une remise aux normes des locaux, avant une seconde phase de développement, probablement en fin d'année prochaine, en vue d'aménager une salle de découpe et de transition. 

51 % pour les collectivités, 49 % pour les apporteurs privés 

Créée sur la base d'un capital de 600 000 €, cette Société d'économie mixte des abattoirs d'Alès Cévennes redonne espoir aux éleveurs et aux grossistes, alors que l'établissement géré par la commune accumulait les déficits et les interrogations quant à son maintien en service. Mis à mal par la diffusion de vidéos de l'association L 214, l'abattoir était en difficulté depuis 2015.

"Les capitaux sont là pour constituer la société", se félicite Patrick Viala, président du réseau Bienvenue à la ferme Gard. "La Chambre d'agriculture y a souscrit à hauteur de 10 000 €, et Bienvenue à la ferme, de 1 200 €. Symboliquement, c'était important que l'on y souscrive." 

De son côté, le Syndicat bovin du Gard a participé au capital à hauteur de 5 000 €. "Un engagement fort", indique son président, Patrick Gravil, après que l'abattoir a perdu "beaucoup de tonnage suite aux vidéos de L 214". Mais il a pu résister tant bien que mal avant de retrouver "un volume d'avant crise, au-delà des 4 000 t", note Patrick Gravil, qui approuve le soutien de la mairie d'Alès dans sa redynamisation, notamment via l'arrivée de nouveaux grossistes. Malgré la baisse d'activité, la municipalité dirigée par Max Roustan "l'a maintenu ouvert, car il y avait un projet de remise sur les rails". Selon le souhait de la commune et d'Alès Agglomération, présidée par Christophe Rivenq, la Semaac réunira des acteurs privés (49 %) et les collectivités territoriales (51 %) qui prennent part au capital. Une question de "confiance pour les usagers et les nouveaux usagers", estime Patrick Gravil, qui y voit là un signe majeur pour les producteurs et les grossistes locaux. 

Un futur 'pôle viande' à 2 M€

Avec comme président de la société de gestion de l'abattoir le maire d'Alès, et deux vice-présidents, Patrick Gravil et Alain Joassan, grossiste, l'élan collectif veut contribuer au maintien "des petits abattoirs locaux et de la filière, des grossistes et de quelques chevillards locaux, pour ne pas être sous dominante des mastodontes nationaux, comme Bigard", ajoute le président du Syndicat bovin du Gard. 

Estimés autour de 6,5 M€, les investissements prévus devraient permettre à l'abattoir de se refaire une santé, grâce aux aides de l'État (1,2 M€), du Département et à la Région, et des collectivités locales qui "souscriront un emprunt pour le reste", avant d'arriver à équilibrer les comptes. Essentiellement centrés sur les bovins, les tonnages comprennent également des porcins et ovins, dont les volumes sont répartis entre quelques grossistes et bouchers, et jusqu'à 70 éleveurs qui utilisent l'outil plus occasionnellement. "On ne cherche pas forcément une course au tonnage, mais un abattoir multi-espèces qui réponde à la demande." Sur le budget global, 4 M€ vont être consacrés à la rénovation des quatre abattoirs, et près de 2 M€ investis dans les deux futurs ateliers de découpe et de transformation, "dont une ligne de steak haché, qui va tirer la filière", prévoit Romain Biau, chargé de mission 'agriculture et agroalimentaire' à l'agence de développement Alès Myriapolis. 300 t de viande pourraient être traitées par an, pour un chiffre d'affaires potentiel de 650 000 €.

"Il s'agit de plus qu'une simple remise à niveau", explique-t-il. "La station de pré-traitement (eaux usées, filtration) va être refaite, tout comme la stabulation, pour revaloriser le bien-être animal." Des doubles couloirs seront créés afin d'améliorer, également, "la protection humaine". Augurant une "montée en compétence de tous les salariés", via la formation, la future salle de découpe inscrite au programme devrait nécessiter l'embauche de quatre à cinq personnes supplémentaires. 

 Philippe Douteau 


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