Œnotourisme : du digital à la réalité

Publié le 09 novembre 2021

75 exposants ont présenté leurs vins au parc des expositions de Montpellier, les 25 et 26 octobre, dans le cadre du premier Vinomed. © M. Sagnes

Après avoir été reporté deux fois, du fait de la crise sanitaire, le salon Vinomed s’est tenu les 25 et 26 octobre, au parc des expositions de Montpellier, rassemblant 75 exposants. Une première édition qui semble globalement avoir satisfait les exposants pour ce salon à taille humaine.

Retrouver le plaisir des contacts humains après des mois sans salon, voilà pour le moins une raison d’exposer au premier Vinomed, les 25 et 26 octobre derniers, au parc des expositions de Montpellier. Avec une orientation ciblée ‘œnotourisme’, l’organisateur de ce salon de proximité, Break Events group, a rassemblé une majorité d’exposants (60 %) proposant une offre œnotouristique. Même si le rendez-vous est en présentiel, difficile d’occulter la place prépondérante prise par le digital pour promouvoir les offres œnotouristiques. C’était ainsi le sujet d’une conférence ‘Œnotourisme et digitalisation’, dont l’objectif était d’apporter des clés de réflexion autour de :

“Comment et pourquoi digitaliser son offre œnotourisme ? Comment communiquer via le web ses offres œnotouristiques ? Ou encore comment répondre aux attentes des voyageurs ?”

“Digitaliser une offre œnotouristique ne s’improvise pas, cela se travaille”, met en garde, en préambule, Ludovic Geille, d’AOC Tourisme et Environnement. “Il ne faut pas, par exemple, négliger d’évaluer l’investissement en termes de temps. On ne peut pas être spécialiste de tout, et la gestion des réseaux sociaux peut être très chronophage.” Ces dernières années, “les smartphones ont révolutionné la communication. On passe par des moyens technologiques différents et par divers réseaux sociaux : Facebook, le seul généraliste, permettant de mettre tout support (photos, vidéos, etc.), Instagram, le réseau social de l’esthétique, Google my business, incontournable pour être géolocalisé... Dans tous ces réseaux, si le visuel est important, cela n’exonère pas de travailler le contenu. Il faut avoir un message à transmettre, une histoire à raconter”, poursuit Ludovic Geille, qui déplore tout de même le déficit en banques d’images et vidéos en France sur le sujet. “Le vin fait rêver, et cela doit transpirer dès la visite de votre site internet.”

Capter l’attention et retenir les visiteurs

Sur Internet, “les visiteurs potentiels sont des “poissons rouges”, qui se retrouvent dans un tohu-bohu d’informations et de sollicitations”, explique André Deyrieux, consultant en œnotourisme. “Il faut arriver avant tout à capter leur attention et à les retenir.” La devise de Paris Match, “le poids des mots, le choc des photos”, n’a pas pris une ride. Des images, aussi belles soient-elles, sans une histoire à raconter, ne seront pas “plus passionnantes qu’une soirée diapo des vacances de papi/mamie à Palavas-les-Flots”, poursuit-il. 

Quant au message, il faut penser à la cohérence : si l’on propose un produit haut-de-gamme, il faudra que le visuel du site internet soit en harmonie. Pour la communication sur les réseaux sociaux, il faut faire attention de ne pas trop en faire non plus, au risque que l’utilisateur du réseau se désabonne à votre fil d’infos. Il faut un savant dosage entre ce que l’on a envie de dire, ce qui semble intéressant, et ce que le visiteur veut entendre. 

Représentant la société Etoh, qui accompagne le secteur du vin et de la bière dans sa transformation digital, Célia Ricca rappelle qu’il n’est pas tout de créer un joli site, “il faut aussi amener les visiteurs jusqu’à lui. Avant de vous lancer sur le canal digital, vous devez vous interroger. Qu’avez-vous à offrir ? Quelles valeurs vous permettront de vous différencier ? Il ne faut pas oublier que la digitalisation peut aussi venir en renfort de l’expérience physique : avec des bornes tactiles pour expliquer les terroirs, mais aussi des immersions photo à 360° ou vidéo.Même pendant le Covid, le digital a été un support, mais pas une fin en soi. On envoyait des échantillons, mais ensuite c’est le viticulteur qui animait la dégustation.”  

Entre loi Evin et droits d’auteur

Petit focus sur le droit et la réglementation : “Attention à la propriété intellectuelle et aux droits d’auteur. Par exemple, lorsqu’une société vous crée un site internet, réalise des photos, des vidéos, etc., il s’agit d’une prestation, et bien souvent le contrat n’intègre pas les droits d’auteur”, explique l’avocat, Aymeric Klyb. La plupart du temps, les prestataires ne sont pas de mauvaise foi, cela relève plutôt d’une méconnaissance du droit. Ainsi, imaginons que vous avez acheté un site internet, mais que, au bout de quelques années, vous souhaitez changer de prestataire. Il est fort probable que le nouveau webmaster ne pourra pas faire évoluer l’existant, pour ces questions de droits d’auteur. “Il faut impérativement avoir un contrat écrit avec les mentions obligatoires.” 

Autre point important, lié à la vente d’alcool : la communication dans le cadre de la loi évin. “Il y a des dispositifs spécifiques sur la digitalisation, encadrés très strictement. Par exemple, une chasse aux trésors pour les enfants n’est pas interdite, mais il ne sera pas possible de communiquer dessus sur les réseaux sociaux.” Et il faudra être vigilant sur les types de réseaux sociaux. “à qui sont-ils destinés ?  Vous aurez moins de risques avec Facebook, dont la tranche d’âge est plutôt 25-40 ans que TikTok par exemple.” La loi évin interdit la promotion auprès de la jeunesse et le lien avec le sport, “attention aux partenariats dans le milieu sportif, les flocages de maillots par exemple. Le mécénat est autorisé par le sponsoring ; la frontière est ténue...” La promotion intrusive et interstitielle est interdite : pas de pop-up ou de publicité impromptue durant la navigation.  Il faut ensuite faire attention à la fameuse réglementation RGPD (règlement général de protection des données) sur la collecte de données. 

“Le développement de l’activité digitale doit être issue d’une vraie réflexion, car elle ne doit pas mettre en risque votre activité principale”, conclut Aymeric Klyb.

Magali Sagnes


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