Œnomed : un coup de boost pour la viticulture en Méditerranée

Publié le 01 juin 2021

Mohamed Ben Cheick, président de la Chambre nationale des producteurs des boissons alcoolisées, lançait la première conférence internationale sur le projet Œnomed, le 20 mai dernier, à Tunis (@ Œnomed).

Le 20 mai, lors d’une conférence internationale, la Chambre syndicale nationale des producteurs des boissons alcoolisées, l’Utica, lançait avec ses partenaires français, italiens et libanais le projet Œnomed, qui vise au développement de la filière des vins des aires protégées de Méditerranée.

Si la production de vins (en volumes et surfaces dédiées) de la France et de l’Italie caracole loin devant celle de la Tunisie et du Liban, et que les deux pays européens se disputent farouchement des parts de marché à l’export, ces quatre pays partagent une même culture et des savoir-faire de chaque côté de la Méditerranée, mais aussi des paysages, des sols et des produits alimentaires, dont le vin. La vigne et le vin représentent en effet une partie du patrimoine local de ces quatre pays, et ont, par ailleurs, un certain impact sur leurs territoires respectifs à divers niveaux : économique, social et environnemental.

Aussi ces quatre pays ont-ils décidé d’unir leurs forces pour présenter à l’Union européenne un projet commun autour de cette pratique ancestrale qu’est la culture de la vigne sur leurs territoires. Nom de code du projet ? Œnomed. Objectif ? La qualification et la promotion des MPME (micro, petites et moyennes entreprises) de la filière viti-vinicole dans les aires protégées de la Méditerranée. Avec deux leviers principaux : le partage de solutions techniques innovantes pour une viticulture durable et respectueuse de l’environnement, ainsi que la mise en place de stratégies commerciales communes, en s’appuyant notamment sur la création d’un label ou d’une marque pour ces vins produits dans les aires protégées retenues par ces quatre pays : le grand site de Minerve, le Bassin de Thau et le massif de la Gardiole pour la France ; le site  du Parc national de Boukornine pour la Tunisie ; le Parc régional des Castelli Romani pour l’Italie ; et la Réserve biosphère d’Al Shouf Cedar pour le Liban. 

"Le label commun reflète parfaitement la coopération méditerranéenne dans laquelle nous nous engageons. Il offrira la possibilité de donner une valeur ajoutée qui servira à tous nos producteurs dans les aires protégées. De plus, ce projet permettra également la promotion des start-up œuvrant dans ces aires, grâce aux soutiens économiques auxquels elles auront accès", se réjouit Mohamed Ben Cheick, président de la Chambre syndicale nationale des producteurs de boissons alcoolisées de Tunisie, pays qui assure le pilotage du projet. 

"Dans le cadre de l’aire protégée, territorialiser le produit viti-vinicole et sauvegarder, en même temps, le contexte environnemental par des techniques de viticulture durable, c’est garantir la compétitivité des petites et moyennes entreprises de la chaîne d’approvisionnement", rappelle, de son côté, Riccardo Velasco, directeur du Conseil pour la recherche agricole et l’analyse de l’économie agricole, en Italie.

Des vins plus "verts"

D’une rive à l’autre, les enjeux autour d’une viticulture durable sont les mêmes face à la raréfaction de l’eau, l’érosion de la biodiversité, la réduction de l’usage des produits phytosanitaires, les impacts du changement climatique impliquant des adaptations nécessaires dans les pratiques viticoles, mais aussi les évolutions de la demande et du goût. "Les impacts du changement climatique sur la vigne et le vin sont forts. Ils concernent à la fois une avancée de la phénologie et des dates de vendanges, l’augmentation des stress hydriques, l’évolution des caractéristiques des vins (alcool, acidité, arômes), celle des régions favorables à la viticulture, les risques économiques dus aux aléas climatiques, ou encore la perception des acteurs sur les vins", rappelle Jean-Marc Touzard, directeur de recherche à l’Inrae, rattaché à l’UMR Innovation de Montpellier. 

Le Département de l’Hérault, qui représente la France, ainsi que l’Inrae de Montpellier et le Syndicat des vins AOC Languedoc ont ciblé deux territoires d’expérimentation : d’une part, le Bassin de Thau et le massif de la Gardiole, d’autre part, le grand site de Minerve. Dans le premier site, la question majeure est celle de l’eau, plus précisément, comment les vignobles de ce secteur peuvent-ils participer à réduire leur utilisation d’intrants pour éviter la pollution de l’eau ? Si la question de l’eau est tout aussi prégnante sur le site du Minerve, l’autre pan de réflexion intégrera les liens à développer entre ce territoire et le Parc naturel régional du Haut-Languedoc. "Dans les deux sites, les actions à mener porteront à la fois sur l’eau, les paysages, la biodiversité, les espèces menacées, en incluant, bien sûr, les actions engagées dans ce département", précise Jean-Marc Touzard.

Outre le partage de pratiques agricoles innovantes répondant à la fois aux attentes environnementales et sociétales, le deuxième étage de la fusée sera la création d’une marque  commune aux quatre pays. Les critères d’éligibilité, notamment géographiques et en lien avec les techniques de production, sont en cours de réflexion. "Nous serons vigilants pour qu’il n’y ait pas d’interférences avec les autres labels et pour éviter les confusions sur les noms", rassure Cendrine Vimont, du Syndicat des vins AOC Languedoc. Reste à trouver sa complémentarité avec les labels existants, tout en préservant les spécificités propres à chaque pays. Un vrai défi.

 Florence Guilhem


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