Mutualisation, solidarité et adaptation chez les Vignerons indépendants de l'Aude

Publié le 09 février 2021

De g. à d. : Serge Serris, Roland Coustal, Alexandre They, Jean-Luc Fabry et Olivier Verdale forment l’équipe dirigeante de la fédération des Vignerons indépendants de l’Aude. © O. Bazalge

A l’heure où ils devraient être en train de terminer leurs traditionnelles réunions de secteur, les Vignerons indépendants de l’Aude se voient contraints de les annuler face aux exigences sanitaires. Mais après l’imprévisible année 2020 qui vient de s’écouler, la fédération audoise se veut toujours plus au service de ses adhérents et prépare ceux-ci à la reprise commerciale que tous attendent avec impatience.

Les réunions de secteur marquent chaque année le coup d’envoi de l’activité des Vignerons indépendants de l’Aude. De Narbonne à Limoux, en passant par La Palme, Lézignan-Corbières, Trèbes ou Saint-Laurent de la Cabrerisse, ces rencontres constituent le rendez-vous incontournable de la fédération à travers le territoire, au cours desquelles l’information s’échange entre la base et les dirigeants. Ces réunions sont l’occasion d’informer les adhérents de l’activité viticole et des dossiers en cours, avec un balayage des chiffres de récolte, des prix enregistrés ou des attentes des metteurs en marché, afin que chacun puisse se positionner sur ses marchés au regard de la conjoncture économique et commerciale.

Pourtant, cette année, crise sanitaire oblige, point de tout ça. Les rencontres avec les adhérents sont annulées, et c’est face à la presse que les Vignerons indépendants (VI) égrènent les sujets qui préoccupent le syndicat à l’aube d’une année 2021 qui s’annonce aussi imprévisible que 2020 fût déconcertante.

En effet, comme le souligne justement Alexandre They, président de cette fédération audoise des VI, “nous avons pu accéder à une multiplicité de dispositifs d’accompagnement de notre filière qui paraissaient totalement impossibles à mettre en place si nous nous replaçons 12 mois en arrière !” Distillation de crise, aide au stockage, exonération de charges patronales sur salaires, prêts garantis par l’état (PGE)..., la liste des mesures dont ont pu bénéficier les entreprises viticoles est aussi imposante qu’elle a été nécessaire à un maintien à flot des équilibres économiques. “Nous devons en ce sens remercier le travail acharné de nos représentants nationaux et des élus politiques qui ont soutenu fermement l’adoption de ces mesures”, reprend le président des VI audois.

Superposition de difficultés commerciales

Mais la situation actuelle reste fortement préoccupante pour le syndicat, toujours aussi inquiet d’être limité pour faire commerce de ses produits. C’était déjà le cas à la fin des vendanges 2020, après une embellie estivale réelle, mais qui a pu agir en trompe-l’œil, où une nette reprise commerciale avait permis de compenser en partie les retards de commercialisation liés au premier confinement. “Dès le mois de mars 2020, nous avions alerté sur les difficultés économiques de la filière et les mesures à mettre en place pour faire face à la situation pré-Covid : gilets jaunes, réforme des retraites, concurrence faussée en Chine, Brexit, taxe Trump. La pandémie est venue se superposer à toutes ces difficultés structurelles déjà existantes et les fermetures des CHR et des salons nous coupent de débouchés essentiels de nos entreprises adhérentes”, poursuit Alexandre They.

Aujourd’hui, si les négoces semblent s’être bien couverts pour la campagne qui a démarré, le ralentissement économique qui découle de la situation difficile dans laquelle se place la filière fait craindre une situation tendue pour les VI.

“Les sorties ont diminué en 2020, et même si on peut constater une certaine dynamique autour des blancs et rosés, les équilibres sont précaires et fragiles entre l’offre et la demande, en particulier dans notre département où la place des rouges est primordiale. En parallèle, nous sommes limités dans nos possibilités de commercialisation en France et à l’export à cause des mesures de couvre-feu et de confinement. Depuis mars, nous n’avons donc eu de cesse de chercher des solutions pour abaisser cette pression économique, car notre seule volonté est de placer nos adhérents dans les meilleures dispositions dès lors que la reprise des activités s’enclenchera”, expose longuement le vigneron du château Vieux Moulin.

Être prêts pour la reprise

Ainsi le syndicat tient-il à saluer la prolongation de l’acte délégué sur la campagne qui démarre pour maintenir la possibilité d’utilisation des mesures de distillation de crise et d’aide au stockage privé. De même, l’exonération partielle des charges patronales des salariés, actée en fin d’année 2020, ou les négociations en cours avec les banques autour du prolongement du temps de remboursement des PGE doivent permettre d’atténuer la sensation de “couperet”, qui peut planer au-dessus de la tête d’exploitants sous tension. “Cette mesure de PGE, à laquelle presque 90 % des vignerons indépendants ont adhéré, constitue d’ailleurs un des dossiers majeurs de l’année, pour rallonger la période de remboursement et faire que la pression de son amortissement ne produise pas l’effet inverse du coup de pouce recherché”, souhaite préciser Jean-Luc Fabry, directeur du syndicat des VI audois.

“L’obtention du report à la prochaine campagne des dispositifs d’aides FranceAgriMer pour les entreprises qui n’ont pu réaliser les investissements prévus est également bienvenue, d’autant qu’une augmentation de 10 % du taux d’aides sur l’investissement de restructuration et de promotion dans les pays tiers a été obtenue”, ajoute Alexandre They.

Le peu de visibilité sur les redémarrages prochains des marchés incite donc les VI à mettre en place le plus de mesures possibles pour être prêts et opérationnels lorsque la reprise sera réellement en marche. “Il ne faut pas oublier que l’équilibre précaire que nous connaissons actuellement a pu être maintenu grâce à la suppression de 3,2 millions d’hectolitres produits en France. Il y a des marchés qui ont été abandonnés à d’autres, comme l’Italie, suite à ça”, souligne encore Roland Coustal, secrétaire général du syndicat.

Mutualiser pour baisser les charges

À leur échelle, les VI cherchent donc à accompagner leurs adhérents par tous les moyens possibles pour être prêts à la reprise. La mutualisation fait partie des axes forts développés par l’organisation. “Nous nous sommes ainsi rendus compte qu’il y avait beaucoup de sujets autour desquels nous pouvions avancer ensemble. L’assurance mutualiste est un exemple frappant : nos tracteurs sont bien souvent mieux assurés que nous, vignerons qui les conduisons”, image ainsi Roland Coustal,. “Alors que si nous avons un problème de santé grave, c’est toute la pérennité de l’entreprise qui peut être remise en question, car beaucoup sont des entreprises unipersonnelles. C’est assez curieux que nous soyons peu ou mal assurés personnellement”, glisse également Alexandre They.

Par l’entremise d’un cabinet de courtage, la fédération a donc mis en place un contrat de groupe pour les mutuelles et prévoyances à destination de ses 450 adhérents, “à prix attractif, et avec des garanties supplémentaires à celles qu’on aurait individuellement”, valide Roland Coustal.

Dans la même veine, la mutualisation va apporter de belles économies pour la messagerie sur les petites expéditions. “Cela nous arrive régulièrement de faire des envois de 6 à 120 bouteilles, avec des coûts de transport pouvant atteindre 1 €/bouteille. Là encore, nous nous sommes mis au travail pour bénéficier de coûts de messagerie bien plus intéressants, en nous rapprochant d’un groupe de transporteurs qui proposera des tarifs préférentiels à nos adhérents. Nous sommes en train de le finaliser”, abonde encore Roland Coustal.

Enfin, la fédération travaille avec la société Vinovae pour œuvrer également à une refonte totale du système d’envoi d’échantillons et réaliser des économies d’échelle. “Compte tenu du contexte, il est indispensable de pouvoir faire déguster rapidement nos produits avec les contacts que nous arrivons à établir. Nous allons donc apporter à nos adhérents cette solution d’échantillonnage dans des vinottes de 2 à 5 cl, que chacun peut envoyer directement par voie postale. Cela représente le double avantage d’être réactif et économe sur les coûts de transport, tout en diminuant considérablement l’empreinte carbone de ces envois d’échantillons”, appuie le secrétaire général des VI audois.

Soucieux de l’avenir de leurs exploitations, les VI de l’Aude ne veulent en aucun cas rater le virage de la reprise commerciale, “qui arrivera bien un jour ou l’autre !”, sourit Serge Serris. 

Olivier Bazalge


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