Moissons dans le Gard : gare aux impasses

Publié le 03 août 2021

D’après les extractions Pac, le Gard compte 10 000 hectares de blé dur cette année, contre 7 000 ha précédemment. © Ph. Douteau

Après une baisse constante pendant cinq ans, les surfaces gardoises en blé dur sont estimées à environ 10 000 hectares cette année. Un chiffre en progression, mais en deçà des prévisions. À cause du gel et de l’humidité, les rendements et la qualité sont variables.

Habituellement, les moissons touchent à leur fin, mi-juillet. Or cette année, elles se sont exceptionnellement étirées jusqu’à la fin du mois. Au 15 juillet, “c’était quasi fini dans le Sud, mais le Nord a eu du mal à démarrer en raison des pluies”, confirme Thierry Pianetti. L’écart d’une semaine entre les deux zones s’est étendu, en raison de la disponibilité des batteuses, alors que les orages du 20 juin et l’humidité encore présente ont retardé les moissons. “Ce n’est pas possible de battre des blés avec plus de 14 % d’humidité”, notait le responsable du pôle ‘productions végétales’ à la Chambre d’agriculture du Gard. 

Si les surfaces ont connu un regain, c’est moins qu’escompté, malgré les rotations en Camargue. Et selon les parcelles, les rendements attendus varient de 25 à 60 q/ha, notamment dans le Sud. La faute au gel, mais aussi aux pucerons responsables de la JNO, la jaunisse nanisante de l’orge qui donne du fil à retordre aux céréaliers.

Des rendements à la traîne

De 7 000 hectares, les surfaces en blé dur sont passées à environ 10 000 ha dans le Gard. Un petit rebond de 25 % “bienvenu”, même si “on s’attendait à 12 000 ou 14 000 ha”, reconnaît Thierry Pianetti. Pour des raisons de rotations de cultures, la Camargue a pu semer, au détriment du riz, entre autres, après avoir privilégié l’orge en 2019. En 2020, “quelques achats ‘bord de champ’ à 240 €/t en moyenne ont motivé à semer après quatre ans de prix plutôt bas”, analyse le responsable. Malgré cette hausse de surfaces, les rendements ne seraient pas optimum, descendant à 25 q/ha dans le Sud (Saint-Laurent-d’Aigouze, Aimargues), le secteur le plus touché par le gel lorsque le blé était au stade de la méïose, prémice de la fécondation des épis. “On observe d’habitude des rendements entre 50 et 65 q/ha, là où certains ont à peine atteint 25 q/ha.” Au sud du département, malgré les gelées et le ravageur zabre, ainsi que les rendements en berne, le PS (poids spécifique) dépasse les 80 kg/hl, avec un bon taux de protéines. Au nord, les dégâts de gel ont visiblement été plus limités, “mais l’humidité dégraderait la qualité”, indique Thierry Pianetti. Entre les problèmes de qualité, notamment dus à la fusariose, certains PS s’effondrent, sous la barre des 78 kg/hl.

Après deux ans avoisinant les 30 000 tonnes récoltées, cette année, les résultats risquent d’être en deçà. “Même avec une moyenne à 40 q/ha, ce serait jouable, mais je ne suis pas sûr que cela tienne”, craint Thierry Pianetti. D’autant que les prix ne sont pas encourageants, avec des mercuriales “pas au-dessus des 300 €/t”. 

Limite technique et coûts de production alourdis

En l’absence de réel pic lors des moissons, le marché s’est tendu. “Même si la mercuriale est de 285 €/t mi-juillet, c’est tardif pour la saison”, note le responsable, selon qui, les prix auraient mérité de prendre 30 € payés à l’agriculteur. 

Avant 2010, le blé dur représentait le principal atelier dans les exploitations mais, aujourd’hui, sa culture, en alternance avec des semences légumières, sert au maintien “de l’équilibre agronomique des terres”. De plus, les coûts de fertilisation avancés (+ 20 %) vont peser sur les trésoreries, alors que juillet et août “sont la période la moins chère, en théorie”, annonce Thierry Pianetti. L’alourdissement du “premier poste de dépenses” aurait donc une incidence directe sur les coûts de production. “Comment stabiliser les dépenses avec 80 €/ha supplémentaires entre la fertilisation et le carburant pour le machinisme ?” D’autant que le retrait de l’insecticide Gaucho  contre la JNO se fait ressentir. “On frôle l’impasse technique”, atteste le responsable. Avec une couverture des plantes moindre contre les pucerons, suite à des hivers doux, sans protection, “il faudrait traiter tous les 15 jours”. Mais entre le coût des pulvérisations et les contraintes environnementales, les producteurs risquent de moins semer à la prochaine campagne. 

 Philippe Douteau 


GardMoisson récolte rendement céréales jaunisse