Moissons dans l'Aude : excellent niveau qualitatif, surfaces en baisse

Publié le 03 août 2021

Cette campagne s’est distinguée par l’hétérogénéité des rendements à cause des épisodes de sécheresse et de gel. La qualité est très bonne. © DR

Contrairement aux zones plus à l’ouest, le département, à cheval entre influence méditerranéenne et océanique, n’a pas eu à déplorer de phénomène important de germination sur pied pour le blé dur. Les événements climatiques ont fait souffrir les cultures, mais la qualité est au rendez-vous.

Dans l’Aude, les moissons des cultures d’hiver se sont achevées sur une note de satisfaction. La tension était palpable pour parvenir à passer entre les gouttes et rentrer les récoltes avant les pluies. Tout un paradoxe d’ailleurs, tant ces cultures céréalières ont souffert de la sécheresse des mois de mars et avril, avant d’être confrontées au gel. “à présent que cette collecte est achevée, la pluie serait maintenant bienvenue pour les cultures d’été. Elles n’ont pas encore eu à souffrir de la sécheresse mais, sans eau, la situation risque de se tendre”, note Gilles Terres, chargé de mission grandes cultures à la Chambre d’agriculture de l’Aude.

Après une campagne 2020 marquée par une baisse significative des surfaces de cultures d’hiver dans le département, en raison d’un hiver particulièrement humide ayant affecté l’implantation des semis, cette campagne 2021 revient à des valeurs surfaciques plus conformes à la normale, même si la chute tendancielle du nombre d’hectares cultivés reste de mise dans le département.

En dix ans, les surfaces de blé dur ont ainsi diminué de moitié, pour se placer autour des 22 000 hectares lors de cette campagne, contre tout juste 20 000 ha l’an dernier. “L’an dernier, ce repli des cultures d’hiver avaient mécaniquement bénéficié aux surfaces de cultures d’été. Nous sommes revenus dans des valeurs quasi équivalentes à 2019”, poursuit Gilles Terres. Les pertes de surfaces enregistrées cette année sont essentiellement au bénéfice de prairies ou de mise en jachère. Blé dur et tournesol restent donc les grandes cultures les plus répandues dans le département.

Bonne tenue du colza

“Les autres tendances vont vers la diminution des surfaces en grandes cultures conventionnelles pour aller vers des parcelles bio en luzerne ou en prairies”, ajoute le technicien.

De manière conjoncturelle, l’orge reste cultivée dans le département à hauteur de 7 000 ha environ, soit un peu plus que les surfaces de blé tendre qui oscillent entre 5 000 et 6 000 ha. 

Le colza occupe une paire de milliers d’hectares, avant d’être suivi par des cultures plus à la marge comme le pois (700 ha) ou le pois chiche.

En cette année marquée par les aléas climatiques, le colza est justement la culture qui semble s’être la mieux comportée, à l’image de l’ensemble des oléoprotéagineux. “C’est une année très caractérisée par l’hétérogénéité entre les cultures, mais le colza fait partie de celles qui tirent leur épingle du jeu. Il a été joli dès le début, et cette culture dispose, en outre, d’une bonne faculté de compensation jusqu’à la floraison. Il a donc mieux supporté la sécheresse. Le fait qu’il soit plus souvent planté en coteaux l’a également dispensé du phénomène d’asphyxie racinaire lors des conditions humides hivernales. Le colza a certainement compensé l’effet du gel en prolongeant sa floraison, alors que le blé a gelé sous épis”, reprend Gilles Terres. Résultat, les rendements de colza se sont révélés plus que satisfaisants, dans une moyenne se situant dans une fourchette de 30 à 35 q/ha, avec des pointes à 50 q/ha par endroit. En outre, les indications de prix font du colza une céréale rémunératrice, “car il a atteint, voire dépassé, les 500 €/tonne, soit plus que la moyenne des prix des cinq dernières années”, précise Gilles Terres.

Hausse de la vente sur pied

L’hétérogénéité des rendements constitue donc le marqueur essentiel de la campagne, quelles que soient les cultures. Dans le département, l’orge s’est maintenue à un niveau qualitatif et quantitatif moyen, entre 50 et 55 q/ha, avec des variations importantes selon les zones, entre 40 et 70 q/ha.

Depuis le printemps, les cours ont connu un certain raffermissement, à l’image des matières premières. “Nous avons donc assisté à un phénomène assez à la marge jusque-là dans le département : la vente sur pied. J’ai passé beaucoup de temps à répondre aux appels et j’estime à 50 % de mes achats fait sur pied, lors de la collecte cette année”, appuie Christophe Bonnemort, directeur de la coopérative La Cavale, à Limoux, qui collecte annuellement 3 000 tonnes de céréales. 

Gilles Terres indique que les cours de blé dur ayant tardé à se raffermir, il a moins été touché par ce phénomène de volatilité et de négociation au cas par cas. “Les rendements de blés dur et tendre sont restés en retrait dans le département. Il manque 10 à 15 q/ha dans l’Ouest comme dans le Narbonnais, qui se situe à un niveau assez bas, autour de 20 q/ha”, situe le chargé de mission de la CA 11.

Au final, la moyenne se situe plutôt autour des 40 q/ha dans la partie ouest du département, “avec des hétérogénéités importantes selon les secteurs, entre 25 et 55 q/ha”. La sécheresse des mois de mars et avril, puis le gel ont nettement affecté les rendements.

La qualité au rendez-vous

“Le gel d’avril a engendré trois types de phénomènes sur blé : la perte d’épi immédiate, des épis sortis, mais dont la base est restée vide, et enfin un problème de fertilité qui a laissé des épis normaux, mais quasiment vides, ne présentant aucune différence visuelle avec les épis sains. C’était impossible à détecter avant la collecte, c’est pourquoi nombre d’exploitants imaginaient des rendements plus élevés”, détaille Gilles Terres.

Comme l’an dernier, les niveaux qualitatifs des blés sont élevés, avec de belles couleurs, des poids spécifiques et des taux de protéines au rendez-vous. La moucheture et le mitadin sont de plus quasi inexistants dans le département, de même que la germination sur pied.

“à cause d’un excès d’humidité à un stade précis du blé dur au mois de juin, les blés peuvent entrer en germination. C’est ce qui s’est passé dans la plupart des régions françaises, à l’exception du grand quart Sud-Est, dans la zone de production allant de Castelnaudary à Toulon, où nous avons été totalement épargnés par le phénomène”, valide Gilles Terres.

Le décalage qualitatif est donc important sur la zone de production française, mettant en valeur les blés issus de nos zones méridionales.

Ce seront ensuite les acheteurs industriels de blé dur qui fixeront les curseurs des normes d’acceptation de ce blé germé une fois les analyses complètement terminées et les mises en marché lancées. Les exploitants audois voient en tous cas dans ce niveau qualitatif un argument fort pour défendre leur production sur le marché. 

Olivier Bazalge


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